Archives de la catégorie patrimoine

Un obélisque… et deux Fontana

Au centre de la place Saint-Pierre de Rome, se dresse un obélisque dont l’histoire est intéressante à plus d’un titre. Notre fonds ancien possède un volumineux ouvrage – n°2324 – intitulé Templum Vaticanum et ipsius origo rédigé par Carlo Fontana et publié en 1694. On y trouve expliqué en latin et en italien, avec de très nombreuses planches, l’incroyable installation de l’obélisque à son emplacement définitif. L’architecte responsable de cet événement spectaculaire s’appelait Fontana… non pas Carlo, dont nous venons de parler, mais Domenico. À la demande du pape Sixte Quint, Domenico Fontana fit déplacer et ériger place Saint-Pierre l’obélisque que Caligula avait fait venir d’Égypte en 37 pour orner son nouveau cirque. Pline l’ancien, dans le livre XXXVI de son Histoire naturelle, évoque le vaisseau de taille imposante utilisé pour l’acheminement du monolithe :

L’entreprise la plus difficile, ce fut de faire venir des obélisques à Rome. Les vaisseaux qu’on y employa ont eux-mêmes excité l’admiration. […]
Quant à celui que l’empereur Caligula avait employé pour transporter l’autre obélisque, il fut conservé pendant quelques années, c’était le bâtiment le plus merveilleux qu’on ait jamais vu en mer : le dieu Claude le fit venir à Ostie après avoir élevé dessus des tours en terre de Pouzzoles, et le coula dans l’intérêt du port qu’il construisait. Puis il fallut faire d’autres bâtiments pour conduire l’obélisque par le Tibre, ce qui donna lieu de connaître que ce fleuve n’a pas moins d’eau que le Nil.

Le cirque de Caligula sera terminé sous Néron. C’est là, au pied de l’obélisque, que périt Saint Pierre en 64, lors des persécutions ordonnées par Néron. Pour donner un signal fort de son pontificat, Sixte Quint concrétisa le projet de ses prédécesseurs, visant à installer le monolithe au centre de la place Saint Pierre. Il voulait ainsi donner une représentation évidente du lien entre ce monument païen et le martyre des premiers chrétiens, particulièrement Saint Pierre, considéré par l’Église comme le premier pape. Sixte Quint se mit en quête d’un homme capable d’exécuter ce grandiose dessein. Il reçut des propositions de toute l’Europe. Pour finir, le projet de Domenico Fontana fut retenu. Dans son Histoire de Rome, Christopher Hibbert fait revivre l’événement :

L’opération commença à deux heures le 30 avril 1586. Toutes les fenêtres et tous les toits pouvant servir de postes d’observation avaient été pris d’assaut. Les huit cents hommes qui travaillaient sur Saint-Pierre avaient entendu la messe à l’aube. Ils étaient là, près des cordes et des treuils, attendant le signal de Fontana pour sortir l’obélisque de son trou. […]
Malgré la foule, un silence absolu régnait : le pape avait ordonné l’exécution immédiate de toute personne qui, en faisant le moindre bruit, risquerait de faire échouer l’opération.

Ainsi fut érigé l’obélisque du Vatican au centre de la place, mais qui se souvient aujourd’hui de Domenico Fontana, architecte oublié de cette entreprise ? Quant à Carlo Fontana, il nous a laissé les précieuses planches illustrant ce mémorable événement. Si un jour vous vous trouvez à Rome, place Saint-Pierre, ayez une pensée pour tous les hommes et les chevaux qui ont participé à cette entreprise exceptionnelle, au péril de leur vie…

Alya-Dyn

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Masques antiques

Les gravures trouvées dans le fonds ancien de notre bibliothèque ouvrent les portes de l’histoire et obligent les esprits curieux à chercher des éléments de connaissance sur les sujets abordés. Ainsi les masques qui figurent ici – n° 5875 de notre fonds patrimonial – nous éclairent sur une partie de l’histoire du théâtre : l’Antiquité. Remonter le temps à la source de cet art majeur permet de comprendre la façon dont les anciens mettaient en scène la vie ou les mythes fondateurs de leurs sociétés. Dans son Histoire du théâtre publiée dans la collection Que sais-je ?, Alain Viala nous explique :

On dit que se tenaient parfois des processions religieuses, les cômoi, et que le nom de la comédie aurait là son origine. Quant au nom de la tragédie, il viendra de tragos, le bouc : mais est-ce parce que des embryons de telles pièces auraient été joués lors de fêtes où l’on sacrifiait un bouc ? ou bien parce qu’on aurait donné un bouc en récompense à ceux qui offraient de tels spectacles ? […] Ce qui semble établi, c’est que le théâtre grec est né de rituels religieux […] En de telles circonstances, les prêtres, et certains des participants, « figuraient » les divinités et les hommes dans leurs chants et danses, à l’aide de masques et de costumes.

Ainsi, dans le théâtre grec, les interprètes portaient-ils obligatoirement un masque. Cet objet associé aux rituels donnait à celui qui le portait l’anonymat indispensable pour exprimer les sentiments d’un dieu ou d’un défunt. Cette caractéristique religieuse, on la retrouve dans le théâtre romain où les représentations correspondent à une civilisation du spectacle et sont liées à des célébrations collectives : les ludis – les jeux. Tragédies et comédies pouvaient s’inspirer ou non du modèle grec, mais les divertissements qui avaient la faveur du public étaient plutôt ceux de la pantomime ou de l’atellane, pièce bouffonne improvisée dont la Commedia dell’arte est l’héritière. Xavier Darcos, dans son Dictionnaire amoureux de la Rome antique, nous parle de l’importance du rire généré par des satires virulentes :

Il s’agissait de rendre visibles les ridicules d’une personne ou les excès d’une société. […] Un poète aussi raffiné et cultivé que Catulle perd tout contrôle lorsqu’il se lance dans l’épigramme : il devient obscène et acide. Même le doux et bon vivant Horace semble acerbe dans ses Satires : il peint les humains comme des grotesques, des bouffons, des fâcheux, des dissimulés ou des snobs […] Les acteurs portent tous un masque grotesque, en latin persona. […] Figés sous leur grimace, les protagonistes comiques n’évoluent guère. Ils incarnent un comportement répétitif et prévisible […] Maccus est un goinfre sans esprit ; Bucco un jouisseur rusé ; Pappus un vieux libidineux ; Dossenus un bossu intrigant et gêneur, etc.

Ces caricatures de défauts très humains donnaient un théâtre bouffon qui avait un grand succès, tout comme celles d’auteurs plus tardifs dont le grand Molière. Aujourd’hui, les représentations de ces masques antiques nous rappellent cette dérision dont nous manquons beaucoup dans nos sociétés modernes. Le « politiquement correct » est passé par là…

Alya-Dyn

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Animal de légende, la salamandre…

Je rends vrai le Phénix dans l’ardente
Flamme, où en renaissant je me rénove,
Et je prouve la virilité du feu,
Et qu’il est père, et qu’il a descendance.
La froide Salamandre, qui dément
La note docte, j’ose défendre,
Quand dans les incendies, que je bois assoiffé,
Habite mon cœur, et sans les sentir…

Ce poème tiré du Parnasse espagnol de Quevedo, auteur du dix-septième siècle, rapproche les deux animaux légendaires, phénix et salamandre, dans leur affinité avec le feu. La familiarité de ces êtres fabuleux avec les flammes leur donne ainsi une parenté, mais la comparaison s’arrête là, le phénix étant proche des oiseaux, tandis que la salamandre mythique est semblable aux amphibiens, tout en possédant des écailles de lézard. Une autre différence importante sépare ces créatures : aucune espèce animale ne s’apparente au phénix, à l’inverse des salamandres qui regroupent un certain nombre d’espèces bien réelles dont nous avons déjà eu l’occasion de parler dans ce blog. Est-ce la toxicité connue de certains amphibiens qui a alimenté l’idée du pouvoir de la salamandre d’empoisonner les eaux où elle vient boire ? Peut-être, mais en ce qui concerne la singulière relation entre cet animal fantastique et le feu, la légende seule a entretenu ce mythe et, en faisant de la salamandre son emblème, l’alchimie a assuré la réputation de son invulnérabilité au feu et même de sa capacité à l’éteindre.
Ainsi est née la fascination pour un animal d’exception aux propriétés singulières. Le roi François 1er prit la salamandre pour emblème avec la devise Nutrisco et extinguo, ce qui signifie « J’entretiens et j’éteins », excellente symbolique de la puissance royale, dont on peut encore admirer les représentations à Azay-le-Rideau, Chambord, Blois ou Fontainebleau. Ce flamboyant animal se retrouve aussi dans les armes de plusieurs villes comme par exemple Le Havre ou Sarlat-la-Canéda.

De façon plus contemporaine, la symbolique de la salamandre a été utilisée pour des appareils de chauffage, poêles en fonte ou dispositifs de récupération de chaleur qui portaient le nom de l’animal légendaire et dont la représentation évoquait clairement ses origines lointaines. Tout comme pour le dragon, la sirène, la licorne ou le phénix, la force du symbole a traversé les siècles. De Pline l’ancien à Jean-Christophe Rufin en passant par Ray Bradbury qui, dans Fahrenheit 451, utilise la salamandre comme engin de destruction des livres, cette image légendaire a gardé la puissance que les hommes du passé lui attribuaient.

Le Limier robot n’était pas là. Sa niche était vide, la caserne figée dans un silence de plâtre, et la salamandre orange dormait, le ventre plein de pétrole, les lance-flammes en croix sur ses flancs. Montag s’avança, toucha le mât de cuivre et s’éleva dans l’obscurité, jetant un dernier regard vers la niche déserte, le cœur battant, s’arrêtant, repartant.

Pour tous ceux qui aiment les livres, l’identification de la salamandre avec un instrument de dévastation pourrait nous faire abhorrer cet être légendaire. Ce serait oublier que la passion des livres ne va pas sans leur étude et ce que la zoologie nous apprend de l’animal bien réel qu’est la salamandre nous pousse à la curiosité plus qu’à la détestation…

Alya-Dyn

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Qui est l’auteur du texte ?

Luciano Canfora, Le Copiste comme auteur, Anacharsis, 2012.

« Que lit-on, et surtout qui lit-on, quand on a sous les yeux les textes de l’Antiquité classique ? »

C’est à cette question que Luciano Canfora, professeur de philologie à l’université de Bari, répond dans cet essai passionnant.

Depuis l’Antiquité les textes n’ont cessé de parvenir jusqu’à nous, et les grandes bibliothèques patrimoniales dans le monde (la Bibliothèque Apostolique Vaticane, la Bibliothèque Laurent de Médicis, la Bibliothèque de Ravenne et celle de Vienne, …) regorgent de trésors écrits il y a plus de deux mille ans. Mais au fait, quand nous lisons en traduction une pièce de Sophocle ou d’Aristophane, ou bien un recueil de discours de Démosthène, dans une belle édition Guillaume Budé à couverture orange, que lisons-nous vraiment ? A-t-on droit au texte original, pensé puis écrit comme tel par l’auteur de l’époque ? Non, car la notion d’auteur travaillant seul dans son cabinet, sans relâche, sur un manuscrit, avant de le remettre à son éditeur, est une notion moderne (depuis le quattrocento), quand on a décidé d’apparenter l’auteur à l’être singulier qui écrit la seule version légitime du texte, attestée par le manuscrit autographe et les brouillons (mais qu’en est-il alors de Shakespeare ou des pièces de Corneille et de Molière dont aujourd’hui ne subsiste aucun manuscrit ?).

Pendant l’Antiquité les choses n’étaient nullement définies. Certains prônaient un enseignement oral, dans l’enceinte du Portique, de l’Académie ou du Lycée, et les élèves retranscrivaient sur rouleau ce qu’ils entendaient. Et puis surtout, nous rappelle Canfora, on copiait, on recopiait les textes, de différentes manières, avec des variantes, des ajouts, des oublis, des réécritures, sur différents supports (rouleaux, tablettes, parchemins, papyrus, codex, …) et chaque tradition scripturale inventait de nouvelles règles grammaticales et syntaxiques (comme l’Ecole des grammairiens d’Alexandrie par exemple).

Le copiste est celui qui perpétue la mémoire du texte, même si ce dernier est altéré il ne disparaît pas ; il s’enrichit au contact de ceux qui s’escriment à redonner en lecture le corps du texte, puisque la leçon (le texte supporté par un manuscrit) originale, originelle, est souvent perdue, pour toujours.

Mais dans la succession des âges et des transmissions mémorielles le monde du savoir, de la connaissance et de l’enchantement, n’a jamais cessé d’exister. Grâce au travail casuistique, herméneutique, philologique, éreintant mais prodigieux, fourni par les copistes et les érudits, de tout temps et en tous lieux. Ainsi ils réinventèrent ce qui fut éprouvé un jour, puis écrit, sous le soleil d’Athènes, de Cnossos, de Rome ou de Bagdad.

Et c’est à cette aptitude à transmettre que les copistes consacrèrent le meilleur d’eux-mêmes, comme une offrande, en partage, à travers siècles et continents.

Cet essai très agréable à lire de Luciano Canfora est à déguster en salle Etude au deuxième étage, au rayon « Nouveautés ».

Marcellien

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Animal de légende, la licorne…

Au royaume des êtres de légende, la licorne occupe une place de choix. Sans doute cette prépondérance trouve-t-elle son origine dans les divers symbolismes qui lui sont attachés et dans ses représentations nombreuses et constantes des créations artistiques. Peintres, écrivains et poètes ont chanté la licorne fabuleuse, emblème de pureté, associée à la beauté d’une jeune fille. Cette image a perduré au cours des siècles et les réponses iconographiques actuelles à une interrogation sur Internet révèlent à quel point ce mythe a gardé de sa puissance.
Les représentations de cette bête fabuleuse ont parfois de quoi surprendre. Si l’on considère par exemple l’animal dessiné par nos ancêtres Magdaléniens sur une des parois de la grotte de Lascaux, on a du mal à trouver un rapport entre ce quadrupède bovin, doté de deux fines antennes, et une licorne. Ce qui est sûr, malgré tout, c’est que l’on a affaire ici à un être fabuleux. Laissons la parole à André Leroi-Gourhan, grand spécialiste de la Préhistoire :

Cette figure fantastique, traditionnellement dénommée « la licorne » n’a rien de commun avec la représentation d’aucun animal connu, fût-il mythique. Il existe ainsi plusieurs figures qu’on peut classer parmi les « monstres » notamment à Gabillou (Dordogne), à Pech-Merle (Lot) et surtout à Pergouset (Lot) […] La certitude de l’existence d’un animal mythique serait particulièrement propre à liquider cette tradition du folklore scientifique qui représente l’artiste copiant plus ou moins bien les animaux comestibles qu’il comptait sérieusement afficher dans son prochain tableau de chasse. [L'art des cavernes]

La licorne apparaît dans les textes anciens sous la plume de Ctesias au quatrième siècle avant notre ère. Plus tard, d’autres auteurs comme Aristote et Pline l’ancien aborderont également cette thématique. On trouve dans le texte de Ctesias la description classique qui servira aux représentations médiévales de l’animal légendaire :

Il y a dans l’Inde des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front longue d’une coudée. La partie inférieure de cette corne, en partant du front et en remontant jusqu’à deux palmes, est entièrement blanche ; celle du milieu est noire ; la supérieure est pourpre, d’un beau rouge, et se termine en pointe. On en fait des vases à boire. Ceux qui s’en servent ne sont sujets ni aux convulsions, ni à l’épilepsie, ni à être empoisonnés, pourvu qu’avant de prendre du poison, ou qu’après en avoir pris, ils boivent dans ces vases de l’eau, du vin, ou d’une autre liqueur quelconque.

Pour les Grecs et les Romains, la licorne était considérée comme une bête féroce. Au début du Moyen Âge, par suite d’une erreur de traduction, l’animal légendaire prend une autre symbolique, liée au Christ. Sa robe blanche facilite l’interprétation de pureté. Le mythe évolue…
Omniprésente dans l’art, comme par exemple dans la fameuse série des tapisseries connues sous le nom de Dame à la Licorne, cet être de légende est aussi utilisé par les libraires imprimeurs pour distinguer leurs ouvrages. C’est le cas par exemple de Jacques Kerver ou François Huby. Plus étonnante est la présence de la licorne dans des ouvrages scientifiques comme l’Histoire des animaux n° 1916 de notre fonds anciende Conrad Ges(s)ner dont nous avons déjà parlé. Mais le développement des connaissances passe forcément par des interrogations et des suppositions parfois audacieuses. Difficile alors de démêler la réalité et la légende.

[…] les hommes passent près de la licorne sans la reconnaître, même si des signes évidents la leur désignent. Ils marchent enfermés dans leurs soucis futiles comme dans une tour sans fenêtres. Ils ne voient rien autour d’eux ni en eux. […] Foulques se retrouva dans la clairière qu’il n’avait plus traversée depuis l’automne. Son cheval de nouveau s’arrêta. Foulques le sentit trembler entre ses cuisses. Il sut que ce n’était pas de fatigue. Il regarda devant lui, et cette fois vit la licorne. Elle était debout sous le cèdre et le regardait, brillante de toute la blancheur de la lune. Sa longue corne désignait le ciel par-dessus les arbres, et ses yeux bleus regardaient Foulques, comme les yeux d’une femme, d’une biche, et d’un enfant.

Ces quelques lignes tirées du livre de René Barjavel, Les dames à la licorne, correspondent assez bien à l’imaginaire associé à ce mythe lumineux entre tous. D’autres évocations se déclinent en littérature de Roger Zelazny avec Le signe de la licorne – cycle des Prince d’Ambre – à Harry Potter de Joanne Kathleen Rowling en passant par Tintin, héros de Hergé, dans Le secret de la licorne, ou encore l’album Ambre, de Philippe Grémy, magnifiquement illustré par Thierry Chapeau. Sculptures, tapisseries, céramiques, peintures comme par exemple Les licornes de Gustave Moreau, toutes ces œuvres rendent hommage à l’une des plus belles et des plus anciennes créatures de légende…

Alya-Dyn

Nous remercions Hugues Morin de nous avoir autorisés à utiliser une de ses photos réalisée en 2009 à Ottawa. Vous pouvez découvrir son blog L’esprit vagabond.

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Animal de légende, le phénix…

Il y a encore un autre oiseau sacré, appelé le phénix. Je ne l’ai pas vu, sinon en peinture ; aussi bien visite-t-il rarement les Égyptiens, tous les cinq cents ans, à ce que disent les gens d’Héliopolis ; il viendrait, d’après eux, quand son père meurt. S’il est tel qu’on le peint, voici quelles seraient sa grandeur et son apparence : les plumes de ses ailes sont les unes couleur d’or, les autres d’un rouge vif ; pour la silhouette et la taille, il ressemble de très près à l’aigle.

Voici donc le phénix tel que nous le présente Hérodote dans son livre II (73) des Histoires. Pour cet auteur grec, l’oiseau fabuleux de la taille d’un aigle se pare de couleurs flamboyantes. Si l’on se réfère à l’étymologie du mot phénix telle qu’on la trouve dans le Grand Larousse de la langue française, on apprend que l’origine grecque du mot, phoinix, signifie pourpre, teinture de pourpre, oiseau fabuleux d’Égypte, palmier. La description de l’animal par Hérodote est en accord avec ces caractéristiques de couleur ; la taille indiquée suppose un oiseau de grande envergure. Mais qu’en est-il de l’espèce à laquelle il appartient ? En consultant le Dictionnaire de l’Antiquité ainsi que le livre de Jean-Pierre Corteggiani – L’Égypte ancienne et ses dieux – on trouve la réponse : il s’agit du Benou, héron cendré – ardea cinerea – et son cousin le héron pourpre – ardea purpurea. Cet oiseau migrateur est associé à l’image du soleil, au rythme de ses déplacements et à la ville d’Heliopolis. Le Benou, représentation divine de Rê, est ainsi en lien étroit avec le flamboiement de l’astre et sa régénération permanente dans le ciel… tout comme le phénix. Bien que cet oiseau légendaire ait la même capacité de renaissance que le Benou égyptien et trouve donc son origine sur les rives du Nil, il faut cependant reconnaître que la représentation classique du phénix n’a rien à voir avec un héron ! Le Moyen Âge a fait de cet être légendaire une créature fascinante comme nous l’explique Michel Pastoureau dans son ouvrage Bestiaires du Moyen Âge :

[…] il vit très longtemps, cinq cents ans, mille ans, parfois plus. Quand il sent sa mort prochaine, il s’enduit le corps d’aromates, de myrrhe et d’encens, puis il se construit un bûcher, à l’endroit où frappent le plus fortement les rayons du soleil. En battant des ailes, il allume le feu et s’y couche. Il meurt peu à peu, mais au bout de trois jours et trois nuits, il renaît de ses cendres, retrouve sa jeunesse et des ailes encore plus belles. Il s’envole alors vers une nouvelle vie.

Cette faculté de régénération et d’immortalité ont conduit les hommes du Moyen Âge à faire du phénix le symbole de la résurrection du Christ. Les représentations de cet oiseau sont celles d’un aigle et le lointain parent égyptien a peu à peu disparu dans les souterrains de la mythologie collective. La fascination pour cet être légendaire est cependant restée intacte au cours des siècles, comme c’est aussi le cas pour la sirène ou le dragon dont nous avons déjà parlé. Les fabulistes comme La Fontaine ou Jean-Pierre Claris de Florian ont utilisé le phénix comme source d’inspiration. Des écrivains aussi différents que Rabelais, Voltaire, Paul Eluard ou plus récemment J. K. Rowling dans Harry Potter ou des auteurs de mangas comme Osamu Tezuka ont utilisé le pouvoir de fascination du phénix. Un poète enfin ne pourrait être oublié dans cette évocation : Guillaume de Saluste, seigneur du Bartas qui, en 1578, écrivit La sepmaine [Semaine] ou Création du monde. Ce texte fut traduit en de nombreuses langues et assura la réputation de son auteur. Notre bibliothèque est installée sur la place qui porte le nom de cet illustre poète gascon. À ce titre, il est donc cher à nos cœurs de bibliothécaires et nous lui cédons la parole pour évoquer l’oiseau mythique…

Le celeste Phoenix commença son ouvrage
Par le Phoenix terrestre, ornant d’un tel plumage
Ses membres revivans que l’annuel flambeau
De Cairan jusqu’en Fez ne void rien de plus beau.
Il fit briller ses yeux, il luy planta pour creste
Un astre flamboyant au sommet de sa teste :
Il couvrit son col d’or, d’escarlate son dos,
Et sa queue d’azur, puis voulut qu’Atropos
Luy servist de Venus, et qu’une mort feconde
Rendist son aage esgal au long aage du monde.

Alya-Dyn

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