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Les Univers parallèles, de Tobias Hürter et Max Rauner
Posté par redacteur dans Lumière sur..., Un peu, beaucoup... le 7 mai 2013
Un demi-millénaire après Copernic, une nouvelle révolution gronde : l’Univers serait multivers. Il n’existerait pas un, mais une infinité d’Univers. Nous habiterions l’un d’entre eux, une niche dans un cosmos pluralisé. Chaque monde concevable existerait réellement, chaque histoire possible se déroulerait quelque part.
Ces théories à donner le vertige sont présentées dans un ouvrage très sérieux sur les Univers parallèles. Ce qui, au siècle dernier, relevait de la science-fiction est aujourd’hui le terrain de jeux de chercheurs on ne peut plus respectables qui traquent l’essence de notre monde dans des spéculations mathématiques qui échappent au commun des mortels. Pourtant dans l’excellent ouvrage de Tobias Hürter et Max Rauner, on peut sans peine se plonger dans les réflexions les plus étonnantes de la science actuelle. Point n’est besoin de connaître en détail les formules d’Einstein, la théorie des cordes de Léonard Susskind ou l’histoire complète de la physique quantique. Il suffit de se laisser emporter par le texte clair de ces deux journalistes pour découvrir les étonnantes possibilités offertes par ces nouvelles approches. Ce qui est abordé ici a de quoi frapper les esprits et éveiller des doutes sur les théories avancées. Que le professeur de physique Alexandre Vilenkin de l’Université Tufts près de Boston, dans le Massachussets et son collègue russe Andreï Linde puissent évoquer la formation de nouveaux univers en prenant l’image des bulles d’un bain moussant a de quoi susciter des interrogations sur le sérieux de ces théories ! Et pourtant, l’histoire des sciences est parsemée d’idées novatrices incroyables qui eurent du mal à s’imposer. Pour illustrer l’aveuglement des hommes face aux mutations trop rapides, voici un exemple très frappant relaté par Tobias Hürter et Max Rauner :
« Les contemporains ne remarquent souvent rien des révolutions qui ont lieu sous leurs yeux. » [citation de Carrier, philosophe allemand et biographe de Copernic] Cela vaut également pour ceux qui se trouvent au cœur des événements : le 14 juillet 1789, Louis XVI rentre bredouille de la chasse. Il note un seul mot dans son journal : « Rien ».

Pour ces théories des multivers, rien n’est donc à exclure. Le regard de l’observateur peut parfois l’induire en erreur sur la réalité du monde… Ainsi, des étoiles sont peut-être présentes dans le ciel nocturne, là où nos yeux ne voient qu’obscurité et, à l’inverse, d’autres qui semblent être bien réelles ont déjà disparu. Ces illusions s’expliquent par la distance des corps célestes et la vitesse de la lumière, 300 000 kilomètres par seconde. De tels concepts ont de quoi dérouter et la cosmologie est confrontée à une multitude de vertigineuses énigmes comme par exemple celle de l’énergie noire qui constitue environ 70% de l’Univers et dont pourtant on sait bien peu de choses… Toutes les questions auxquelles tentent de répondre les spécialistes de l’Univers les entraînent parfois dans des domaines traités normalement par la philosophie. Ainsi, les mots de John Barrow – cosmologiste, astrophysicien et physicien anglais – ont de quoi surprendre :
Il devrait […] exister dans un Univers infini une infinité de civilisations. Dans celles-ci doivent également se trouver des copies de nous tous à tous les âges. Lorsque quelqu’un meurt, il existe également quelque part dans le vaste Univers de nombreuses copies de lui, qui apportent du passé la même mémoire, les mêmes souvenirs et les mêmes expériences, mais continuent à vivre. Cela continue pour toujours et de ce point de vue, chacun de nous « vit » éternellement.

Comment ne pas être dérouté(e) par de telles affirmations proférées par un scientifique renommé ? Les astrophysiciens auraient-ils perdu la raison ? Ou bien la science est-elle en train de se confronter aux plus fascinants mystères de notre monde ? En refermant ce livre, vous ne pourrez plus regarder de la même façon un ciel étoilé ou des photos de l’Univers saisies par le télescope Hubble. La question des Univers parallèles vous fera envisager autrement votre vie, à moins que vous ne rejetiez ces théories inconcevables pour nos petits esprits humains…
Alya-Dyn
La chute dans le néant, de Marc Wersinger
Posté par redacteur dans Lumière sur..., Un peu, beaucoup... le 29 août 2012
Fin 2010, les éditions de L’arbre vengeur ont remis en lumière La chute dans le néant, de Marc Wersinger. C’est la troisième édition de l’œuvre unique d’un auteur plutôt mystérieux sur lequel on ne peut trouver de renseignements biographiques. Paru la première fois en 1947, ce livre est un véritable bijou de la littérature fantastique, entraînant le lecteur dans une aventure amusante dans les premières pages, surprenantes et terrifiantes ensuite. Le héros, Robert Murier, est un ingénieur assez terne dont la carrière ne correspond guère à ses capacités et dont le physique ingrat n’attire pas les femmes. C’est cet homme solitaire et effacé qui se retrouve du jour au lendemain doté d’une surprenante faculté révélée après une série de malaises inexpliqués. Terrassé en pleine rue, il se retrouve sur un lit d’hôpital, à l’écoute de ce corps qui ne réagit pas d’une façon logique.
Comme il portait machinalement un regard apeuré sur les objets qui l’entouraient, ses yeux s’agrandirent de stupeur : sa main droite, reposant sur la couverture, avait acquis des dimensions extraordinaires. Elle n’était pas seulement enflée, mais agrandie, élargie : une véritable main de géant. Alors qu’il l’examinait, stupéfait, elle revint brusquement à sa taille normale, comme une baudruche qui se dégonfle.
Désireux d’examiner ce phénomène, Murier tenta une fois encore de mouvoir sa dextre : elle reprit aussitôt des dimensions excessives. Il comprit alors que cet étrange phénomène dépendait de sa volonté.
Ainsi s’annonce la nouvelle capacité du corps de Robert Murier. Comme tout scientifique, il cherche à comprendre ce qui se passe et envisage même la possibilité de soumettre son cas au médecin chef, mais il devrait alors renoncer à sa liberté et surtout à la possibilité d’étudier lui-même ce don étonnant. Une fois chez lui, il commence ses expérimentations sur l’élasticité inhabituelle de son corps, repoussant sans cesse les limites de ses atomes et…
Tout à coup la résistance céda. Les digues étaient rompues. Les molécules s’égaillèrent aux quatre vents. La chambre était vide…
Le jeune ingénieur pousse si loin ses recherches qu’il finit par se mettre en danger. Il délaisse alors ses expériences et reprend une vie presque normale jusqu’au jour où une deuxième faculté se révèle à lui par hasard. Cette nouvelle découverte va bouleverser complètement le cours de sa vie et l’emporter dans une spirale effrayante où il ne pourra plus rien étudier, ni contrôler.

À Genève, le Grand collisionneur de hadrons (LHC), accélérateur de particules
Marc Wersinger a réalisé avec ce livre une terrible histoire d’un homme simple pris dans des tourments dépassant la raison et la logique. Ce qui donne à ce texte toute sa force, c’est la base scientifique sur laquelle il s’appuie qui maintient sans cesse l’ambiguïté entre la réalité et le délire vertigineux de théories pourtant très contemporaines de la physique quantique. L’utilisation dans un livre écrit il y a plus de soixante ans de notions aussi modernes fait de cette œuvre un élément majeur de la littérature fantastique scientifique. Si vous affrontez toutes les horribles péripéties de ce texte, jusqu’à la fin vous serez fasciné par l’imagination de l’auteur et plus jamais vous n’oublierez La chute dans le néant…
Alya-Dyn
Axolotl, salamandrine et autre rareté amphibienne
Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 8 août 2012
Un déclin général des populations d’Amphibiens se manifeste dans le monde entier. Par leur mode de vie ces animaux sont exposés aussi bien à la pollution de l’air qu’à la pollution des eaux. Leur déclin est attribué à la destruction de leurs habitats, à l’introduction de prédateurs tels que des poissons ou d’autres Amphibiens dans des régions où ils n’existaient pas, aux pesticides, aux pluies acides, à l’augmentation du rayonnement ultraviolet, à l’élévation de température due à l’effet de serre, ou bien à un effet synergique de toutes ces causes. Ambystoma tigrinum des Montagnes Rocheuses décline en raison de l’acidification des eaux de même que le crapaud Bufo calamita dans les îles Britanniques.
Cette citation extraite d’un ouvrage de Blaustein et Wake sur le déclin des populations d’amphibiens date de 1990 et on la trouve rapportée dans le Précis d’écologie paru chez Dunod en 2003. Certes, les deux espèces citées n’ont pas complètement disparu si l’on se réfère à la Liste rouge des animaux ou végétaux en danger d’extinction. Mais en matière d’écologie, il faut avoir une vision à plus long terme et aussi considérer l’évolution des populations vivantes à l’échelle du globe. Quoi de mieux pour relativiser que de se pencher sur les enseignements du passé en examinant les catalogues biologiques des siècles précédents… L’inventaire de notre fonds ancien m’a fait découvrir récemment une somme importante de fascicules du dix-neuvième siècle, regroupés sous le titre Mission scientifique au Mexique et dans l’Amérique centrale – n°G32 bis de notre fonds ancien – dans lesquels apparaissaient de magnifiques planches d’animaux, dont celles qui illustrent cet article.
Dans la citation donnée plus haut, il est question d’un Ambystoma tigrinum pour lequel les nouvelles sont aujourd’hui meilleures d’après les informations de la Liste rouge des espèces menacées. Mais si l’on cherche dans la même liste Ambystoma mexicanum qui correspond à l’animal représenté sur la première gravure de cet article, on voit que la population de
ces axolotls est très menacée. Étrange nom pour un amphibien étonnant qui est capable de se reproduire alors qu’il est encore sous une forme larvaire. Cette surprenante capacité appelée néoténie n’est pas unique dans le monde animal, mais l’axolotl reste encore l’exemple type de cette propriété biologique. La néoténie n’est pas irréversible et on a pu observer, en élevage, la métamorphose d’axolotls, ce qui rend ce petit amphibien encore plus intéressant…
Dans l’ouvrage Mission scientifique au Mexique et dans l’Amérique centrale, on trouve d’autres « salamandrines » – c’est ainsi qu’on les appelait à l’époque. Pseudoeurycea Bellii, autrefois appelé Spelerpes Bellii – que l’on voit ci-contre – fait aujourd’hui partie des espèces en danger, tout comme la magnifique grenouille multicolore, Agalychnis moreletii, dont l’ancien nom était Hyla moreleti et dont nous donnons ici une illustration tirée de notre ouvrage du fonds ancien. Pour certaines espèces étonnantes, je n’ai pu trouver le nom actuel. Peut-être ces amphibiens ont-ils déjà disparu ? En avril 2000, dans la revue Terre sauvage, Olivier Milhomme soulignait un fait important :
Pour Anne-Marie Olher, du Muséum national d’histoire naturelle, la moitié seulement des espèces d’amphibiens a été décrite. Dans le monde, deux cents espèces connues sont portées disparues depuis quinze ans. Plus grave, d’autres, inconnues, le resteront à jamais. « On les découvre moins vite qu’elles ne disparaissent », regrette cette spécialiste.
Depuis l’écriture de cet article, la situation de ces invertébrés ne s’est guère arrangée. Sur les 6000 espèces d’amphibiens connues une sur trois serait menacée d’extinction pour de multiples raisons. Au milieu de tous les problèmes environnementaux soulevés régulièrement par des sommets internationaux, que représente la disparition annoncée de petits animaux assez lointains des hommes en matière d’évolution ? Et pourtant… Les amphibiens sont des carnivores de niveau 1 dans les pyramides écologiques, avant les reptiles et les rapaces. Mais la suppression d’un seul maillon de cette chaîne peut avoir des conséquences immenses sur l’ensemble des écosystèmes. Imaginez une pyramide de cubes dont on enlève une strate de base… Cette comparaison, bien que simpliste a l’avantage de parler à tous.
Le déclin des amphibiens est inquiétant pour plusieurs raisons. La première, c’est que beaucoup d’espèces […] ont décliné dans des habitats primaires bien protégés. Si les espèces disparaissent dans ces régions, c’est de mauvais augure pour notre capacité à préserver la diversité biologique globale. […] on peut comparer les amphibiens aux canaris, autrefois utilisés dans les mines de charbon pour détecter des problèmes de qualité de l’air : si les canaris mouraient, les mineurs savaient qu’il fallait s’en aller.
Ce texte est extrait d’un ouvrage de référence, Biologie, collectif réédité de nombreuses fois chez De Boecke et dont nous possédons la version de 2007. En juin 2012 s’est tenu à Rio le quatrième « sommet de la Terre », une rencontre importante qui, comme la montagne de la fable, n’a accouché que d’une souris. Que dire alors des amphibiens en particulier ? Ne restera-t-il un jour de certaines espèces que de magnifiques gravures dans des livres anciens ?
Alya-Dyn
Le bestiaire des élèves
Posté par redacteur dans Fenêtre sur Bib, patrimoine le 24 avril 2012
Dans ce blog, il fut déjà question des bestiaires médiévaux aux créatures hautement improbables, hybrides étonnants dont les illustrations se trouvent dans notre fonds ancien. Nous aurons d’ailleurs l’occasion d’en reparler tant le sujet est riche. Pour le moment, je souhaite vous faire découvrir le fantastique travail réalisé par les élèves d’une classe de 5ème du collège Salinis, guidés par leur enseignante. Avec le même entrain qu’ils avaient eu pour aborder une randonnée d’écriture en septembre
2011, ils se sont attaqués à un autre défi : créer leur bestiaire à la manière de ceux du Moyen-Age. Nous les avons donc reçus au cœur de la bibliothèque, pour une visite de nos fonds patrimoniaux. Voici les titres des ouvrages des seizième et dix-septième siècles dont ils ont pu admirer les illustrations ou les marques typographiques :
Guillaume Rondelet : L’histoire entière des poissons. Lyon : M. Bonhome, 1558. Fonds ancien n°1477
Ulisse Aldrovandi : De piscibus libri V et de cetis lib. Unus. Bologne : Bellagamba, 1613. Fonds ancien n°1899
Conrad Gesner : Historiae animalium. [3 vol.] Francfort : [T.1 Cambierian 1603, T.2 Jean Wechel 1585, T.3 1555]. Fonds ancien n°1916
Sante Pagnino : Hoc est, Thesaurus linguae sanctae… Lyon : Sébastien Gryphe, 1529. Fonds ancien n°3953
Giovanni Nanni : Antiquitatum variarum volumina XVII. Paris : Jehan Petit, 1515. Fonds ancien n°3979
Lorenzo Valla : Laurentii Valle de lingua latina… Paris : Jean Barbierri, 1509. Fonds ancien n°3981
Martyrologium sive Sanctorum Martyrum catalogus… Paris : Jacques Kerver, 1573. Fonds ancien n°4400
Barthélémy de Cologne : Dialogus mythologicus… Paris : Jean Laliseau, [1504]. [Troisième œuvre d'un recueil] Fonds ancien n°4407
Denys le Périégète : Dionysii Alexandrini opus de Situ orbis, cum commentariis Eustathii… Paris : Poncet le Preux, 1556. Fonds ancien n°4697
Athanase Kircher : Athanasii Kircheri… Arca Noë in tres libros digesta… Amsterdam : Johannes Janssonius, 1675. Fonds ancien n°4912
Olaus Magnus : Historia de gentibus septentrionalibus… Romae : [sans nom], 1555. Fonds ancien n°5871
Robert Gaguin : La mer des croniques et miroir hystorial de France… Paris : Pierre Gaudoul, [sans date]. Fonds ancien n°5885
De cette rencontre entre des élèves et des livres de notre patrimoine, un bestiaire contemporain a pris forme. Vous pouvez le découvrir et le feuilleter sur notre portail. Nul doute que leur travail unique saura vous conquérir…
Alya-Dyn
Papillons au fil du temps
Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 11 janvier 2012
Au milieu du dix-neuvième siècle, paraissait le Dictionnaire universel d’histoire naturelle, sous la direction de Charles d’Orbigny. Cette œuvre importante – n°2758 de notre fonds ancien – contenait des planches si belles qu’elles furent rassemblées en 2007 pour une série de portraits d’animaux. Parmi ces magnifiques représentations, figurent des papillons que vous avez le plaisir de découvrir en regard de cet article. Si j’ai choisi de vous parler des lépidoptères, groupe d’environ 160 000 sur les 1,7 million d’espèces animales recensées, ce n’est pas pour une évocation lyrique d’insectes parés de splendeur, même si l’un des documents dont il sera question ici – Papillonnages, de Nicolas Witkowski – retrace dans ses pages Une histoire culturelle du papillon, superbement documentée et illustrée. Le sujet qui me préoccupe, c’est l’avenir de ces insectes soumis aux multiples attaques de nos sociétés et particulièrement les modifications climatiques. Bien sûr, objectera-t-on, quelle importance face à la multitude des problèmes environnementaux. Et pourtant…
Les animaux ont compris bien avant nous que le climat n’était plus le même. Depuis un siècle et demi et surtout depuis une trentaine d’années, un grand nombre d’espèces ont modifié leur utilisation de l’espace. […] Les entomologistes ont noté les mêmes mouvements [que pour d'autres espèces]
chez des papillons et des insectes, qui migrent vers le nord (une dizaine de kilomètres par décennie) et éclosent plus tôt (deux ou trois jours de plus tous les dix ans.
Ces précisions sont données dans l’Atlas du réchauffement climatique, de Frédéric Denhez. On voit donc que les hommes ont mis beaucoup trop de temps à réagir à tous ces signes avant-coureurs de désordres majeurs. Les migrations des papillons ou des insectes semblent encore certainement dérisoires pour beaucoup d’entre nous, par rapport à des catastrophes écologiques majeures que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer dans ce blog. Et pourtant…
La niche écologique de chaque espèce est définie par des conditions assez strictes de température, de pluviométrie, de durée des saisons, de végétation ou de nourriture. Quand l’un de ces paramètres évolue, l’espèce s’adapte, si elle en a le temps et les capacités physiologiques. Sinon, elle cherche ailleurs une niche écologique identique et disparaît si sa quête reste vaine. Son créneau est alors libre pour une foule d’espèces peu spécialisées, opportunistes. Or, tout, dans la nature, est interdépendant : quand une espèce modifie son aire de répartition, ajuste son cycle de reproduction ou adapte son éventail de proies, toutes les autres en subissent les conséquences. C’est l’effet domino : des petites modifications entraînent parfois des bouleversements considérables à petite
échelle, qui finiront par se faire sentir à grande échelle.
Cet « effet domino » dont il est question dans l’Atlas du réchauffement climatique est souvent nommé d’une autre façon : l’effet papillon. Cette expression trouve son origine dans les recherches du météorologue américain, Edward Lorenz, dans les années 60. Nicolas Witkowski nous explique la naissance de cette notion lorsque Lorenz, évoquant le graphique obtenu lors de ses travaux sur le comportement de l’atmosphère – « une sorte de huit en trois dimensions où tout le monde vit à l’évidence un superbe papillon » – donna à l’une de ses conférences en 1972 le titre suivant : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? ». Cette expression eut un succès considérable étant donné la force de la métaphore utilisée, mais elle eut surtout des applications nombreuses en météorologie, climatologie et bien sûr, aujourd’hui, en matière d’environnement, elle trouve tout son sens. Nicolas Witkowski résume avec beaucoup de justesse l’image utilisée par Edward Lorenz :
De la quantité négligeable qu’il était, pur symbole immatériel, le papillon est devenu l’image de l’influence déterminante du moindre de nos gestes sur un environnement en péril.
Les dangers que font courir nos sociétés à la Terre qui nous porte sont multiples. Les changements climatiques sont sans doute parmi les plus imprévisibles et ils concerneront tous les groupes vivants, des papillons aux hommes. Au dix-neuvième siècle, les papillons n’étaient pas encore frappés par les évolutions technologiques. Ils payèrent par contre un lourd tribut à l’entomologie et Alcide d’Orbigny – frère de Charles, cité plus haut – contribua, avec d’autres scientifiques à une gigantesque hécatombe chez les lépidoptères. Il faut donc garder un peu de retenue en contemplant les magnifiques illustrations du Dictionnaire universel d’histoire naturelle. La beauté dissimule parfois beaucoup de laideur…
Alya-Dyn
Les fleurs de Redouté
Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 4 mai 2011
Divers articles de ce blog vous ont révélé la richesse iconographique de notre fonds ancien et plus particulièrement les illustrations naturalistes. La botanique, l’horticulture et l’art des jardins sont largement représentés dans nos réserves patrimoniales. La représentation des végétaux dans les livres est aussi ancienne qu’eux. Ornements enluminés des manuscrits, les fleurs ont toujours accompagné les textes comme vous pouvez le découvrir dans les ouvrages numérisés accessibles sur notre portail. Mais il existe aussi des ouvrages scientifiques où les plantes doivent être représentées avec précision pour une identification des espèces. Du seizième au dix-neuvième siècle, nombreux furent les illustrateurs botaniques. Certains sont restés célèbres. C’est le cas de Pierre-Joseph Redouté. La bibliothèque possède dans les réserves de son fonds ancien – n°1888 dans le registre d’inventaire – un ouvrage d’Étienne-Pierre Ventenat illustré par Pierre-Joseph Redouté et intitulé Description des plantes nouvelles et peu connues, cultivées dans le jardin de J. M. Cels. Ce livre paru en l’an VIII (1800) nous révèle les magnifiques représentations florales de Redouté, mais sur un papier de mauvaise qualité et sans couleur. Pourtant, l’art de Redouté est si grand qu’il permet à tous de voir la fleur dans tous ses détails, sans même avoir la facilité de reconnaissance donnée par les couleurs. La moindre épine, sur une tige de rose, le moindre poil sur une feuille de bourrache révélant sa rugosité, la subtile délicatesse de la fleur de Metrosideros, toute cette intimité des plantes, Pierre-Joseph Redouté a su nous la communiquer. Et pourtant, voilà ce que dit de ce peintre La grande encyclopédie du 19e siècle dite de Berthelot :
P
eintre de fleurs au cabinet d’histoire naturelle de Paris, il devint le peintre de l’impératrice Joséphine en 1805. C’est peut-être cette situation qui explique comment, avec des qualités secondaires, un joli arrangement dans ses bouquets, une grande fraîcheur qui s’est un peu éteinte, il a pu garder pendant un demi-siècle une énorme réputation supérieure à son talent.
Cette hauteur des académiciens pour la peinture de fleurs n’est pas unique, comme on peut en juger dans cet extrait de L’empire de Flore :
Les académiciens du dix-septième siècle, sous la houlette de Charles le Brun (1619-1690) n’avaient que dédain pour les « petits » maîtres des « choses inanimées ». Ce mépris se concrétisa par la classification des sujets en peinture selon une hiérarchie esthétique – du sujet noble au sujet vulgaire – où les tableaux de fleurs occupaient le bas de l’échelle, car ils traitaient seulement de la nature inerte, et les tableaux historiques le haut, car ils traitaient de l’homme, créature la plus parfaite de Dieu.
La reconnaissance du talent de Redouté ne fut donc manifeste qu’une centaine d’années plus tard. Bien avant lui, les illustrateurs botaniques étaient restés sur le terrain propre à la science : précision du trait pouvant aisément permettre l’identification. L’art de la peinture, c’était un autre domaine. En se situant au carrefour de la science et de l’art, Redouté a fait tomber les barrières traditionnelles entre ces deux domaines. Il alliait la précision de la représentation à l’esthétique naturelle. Novateur, il choisit l’aquarelle pour peindre les fleurs, là où ses prédécesseurs avaient toujours utilisé la gouache. Dans son livre Pierre-Joseph Redouté, le Prince des fleurs, Claudia Salvi nous rapporte les mots utilisés lors de l’oraison funèbre du peintre :
[...] C’est à cette époque que fatigué de l’épaisseur, de l’opacité de la gouache, dont le coloris mat, épais, terne, s’éteint, s’altère et s’écaille si facilement, il y substitua son aquarelle, si légère, si brillante, si fraîche, et qui rend si bien, sous son pinceau large et flexible, l’éclat, le velouté, la transparence et toute la finesse des fleurs dont il fait réellement le portrait. Cette aquarelle aux tons si solides apparaît pour la première fois dans l’admirable collection des vélins du musée d’Histoire naturelle.
À l’occasion d’un séjour à Londres, Redouté s’initie à la gravure en pointillé avec le graveur florentin Francesco Bartolozzi. Dans L’empire de Flore, on lit :
C’est là, en Angleterre, que Redouté fut initié à la gravure en pointillé, une technique qui consiste à compléter les lignes de contour par de petits points pour varier la tonalité d’une eau-forte ou d’une gravure en taille-douce. De retour à Paris, Redouté perfectionna le procédé et développa l’impression en couleur, achevant souvent ses illustrations par un coloriage à la main.
Les fleurs de Redouté ont traversé le temps et, paradoxe suprême, affichent leur éphémère beauté dans l’instant immobile où les a figées le peintre magicien. À les regarder aussi lumineuses et intactes qu’au jour lointain de leur floraison, on s’approche davantage de l’artiste qui sut les immortaliser.
Alya-Dyn
Un demi-millénaire après Copernic, une nouvelle révolution gronde : l’Univers serait multivers. Il n’existerait pas un, mais une infinité d’Univers. Nous habiterions l’un d’entre eux, une niche dans un cosmos pluralisé. Chaque monde concevable existerait réellement, chaque histoire possible se déroulerait quelque part.
chez des papillons et des insectes, qui migrent vers le nord (une dizaine de kilomètres par décennie) et éclosent plus tôt (deux ou trois jours de plus tous les dix ans.
échelle, qui finiront par se faire sentir à grande échelle.
eintre de fleurs au cabinet d’histoire naturelle de Paris, il devint le peintre de l’impératrice Joséphine en 1805. C’est peut-être cette situation qui explique comment, avec des qualités secondaires, un joli arrangement dans ses bouquets, une grande fraîcheur qui s’est un peu éteinte, il a pu garder pendant un demi-siècle une énorme réputation supérieure à son talent.