Archives de la catégorie Un peu, beaucoup…

« Ob-la-di, ob-la-da » : à l’heure de la British Invasion

Blur, Parklife, EMI, 1994.

Retour en 1994 : l’année musicale incandescente.

Cette année-là c’est au tour du groupe anglais Blur de laisser sa marque sur le tout-venant discographique de cette époque. Avec d’autres groupes de power-pop anglais ou britanniques (Oasis, Pulp, Placebo, Supergrass, Stereophonics, Cast…) les quatre musiciens de ce combo vont être particulièrement aimés des étudiants arty et des rejetons de la classe intermédiaire ; un peu à la manière des Rolling Stones en 1964 finalement, deux ans après les quatre gars de Liverpool qui, eux, touchaient essentiellement les couches populaires d’une société anglaise figée dans les conventions.

En 1994 pourtant, les temps ont changé, et Blur n’est déjà plus un perdreau de l’année : en à peine deux albums (Leisure en 1991, puis Modern Life Is Rubbish en 1993) les quatre garçons redéfinirent la musicalité pop de leur époque et se sont fait une place de choix sous le soleil des turpitudes modern rock. Mais vient Parklife, sorti donc l’an 94, annus mirabilis de la pop music internationale.

Avec ce disque le groupe tutoie les cieux et prend enfin toute son ampleur.

Toutes voiles dehors, cap sur les brisants sur lesquels s’échouent les carrières trop vite négociées, Blur propose une galette en 16 plages magnétiques, ensorcelantes, ensoleillées malgré la persistance de cette brume anglaise tenace qui ne nous lâche plus depuis Rubber Soul en décembre 65.

Dès le 1er morceau du disque Girls & Boys (qui fit danser en son temps tous les night-clubbers de la planète) Damon Albarn (chant et composition), Dave Rowntree (batterie, percussions), Alex James (guitare basse) et Graham Coxon (guitares acoustiques et électriques, parfois co-auteur des morceaux) donnent le ton et évoluent vers des sommets de composition orchestrale rarement atteints depuis. Le disque regorge de chansons fraîches, à l’anglaise, opéras miniatures, symphonies en catimini, à écouter de préférence au cœur de la nuit, au printemps, en pensant à toutes les promesses qu’on peut encore tenir… (Badhead, 6ème plage ; Clover Over Dover, 12ème plage)

Parklife est un disque qui continue de briller vingt ans après d’un éclat particulier, et mérite incontestablement une place de choix dans n’importe quelle collection de disques digne de ce nom.

Marcellien

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Simenon de A à Z : Maigret et l’inspecteur Malgracieux (1947)

Maigret avait toujours aimé cette immense salle, calme et nette comme un laboratoire, inconnue de la plupart des Parisiens, et qui était pourtant le cœur même de Paris.
À tous les carrefours de la ville, il existe des appareils peints en rouge, avec une glace qu’il suffit de briser pour être automatiquement en rapport téléphonique avec le poste de police du quartier en même temps qu’avec le poste central.
Quelqu’un appelle-t-il au secours pour une raison ou pour une autre ? Aussitôt, une des pastilles s’allume sur le plan monumental. Et l’homme de garde entend l’appel au même instant que le brigadier du poste de police le plus proche. […]
Toute la journée, toute la nuit, la vie dramatique de la capitale vient ainsi s’inscrire en petites lumières sur un mur ; aucun car, aucune patrouille ne sort d’un des commissariats sans que la raison de son déplacement soit signalée au centre.

C’est par un appel nocturne sur un des postes de Police-Secours que débute cette nouvelle. Singulier appel d’ailleurs, puisque un juron à l’égard de la police précède une détonation. Le commissaire Maigret qui est à cet instant dans la vaste salle du central téléphonique, en compagnie de son neveu de garde cette nuit-là, fait aussitôt le lien avec une affaire passée débutant de façon similaire. Il se précipite sur les lieux où un homme est mort et où se trouve déjà l’inspecteur Lognon, surnommé l’inspecteur Malgracieux, à cause de son caractère peu commode.
Plus que la résolution de l’énigme policière qui nous apprendra que l’homme abattu était un courtier en diamants, éliminé pour des motifs crapuleux, c’est la confrontation entre l’inspecteur Lognon et le commissaire Maigret qui fait l’intérêt de cette nouvelle.

Comment dire ? C’était une de ces affaires dont l’odeur lui plaisait, qu’il aurait aimé renifler à loisir jusqu’au moment où il en serait si bien imprégné que la vérité lui apparaîtrait d’elle-même.
Et il tombait justement sur le pauvre Lognon, le meilleur des hommes, au fond, le plus consciencieux des inspecteurs, consciencieux au point d’en être imbuvable, Lognon sur qui la malchance s’acharnait avec tant d’insistance qu’il en était arrivé à avoir la hargne d’un chien galeux.

Pour satisfaire sa curiosité tout en ménageant la susceptibilité de l’inspecteur Malgracieux, Maigret agira tout en finesse pour laisser à son collègue le mérite de la victoire finale.

Alya-Dyn

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Un rude hiver, de Raymond Queneau

Que ne faut-il d’enthousiasme pour supporter les frimas de l’hiver, seul et isolé, alors que les crépitements du sentiment amoureux se font annoncer en toutes sortes d’occasion ? Dans Un rude hiver (L’Imaginaire, Gallimard, publié en 1939) de Raymond Queneau un homme de trente-trois ans, veuf inconsolable mais apaisé depuis 13 ans, se morfond beaucoup dans la ville du Havre, où, convalescent de la guerre de 14 et décoré, il va en quelques semaines faire des rencontres décisives : celle d’une jeune femme anglaise travaillant pour la marine de guerre britannique en rade du Havre, celle de deux enfants, un garçonnet et sa sœur, et celle d’un suisse espionnant pour le compte de l’Allemagne. Nous sommes aux premières années du conflit guerrier apocalyptique et notre personnage, hautain, méprisant et l’esprit vif et aiguisé comme une lame de rasoir, balance sa façon de parler à des personnes qu’il méprise gentiment : son frère aîné, un bon bourgeois fier d’avoir une position enviable, sa jolie belle-sœur qu’il désire douloureusement, la tenancière d’une librairie, femme dans le retour d’âge à qui il confie son désarroi existentiel… Par petites touches alertes, avec ce génie de la langue qui lui est propre, à la fois ironique et élégant, Raymond Queneau dresse le portrait au pastel d’un homme, jeune encore mais revenu de toute l’ignominie du monde, de toutes les injures, de tous les coups bas portés à la dignité humaine ; en accompagnant Bernard Lehameau dans ses minuscules pérégrinations dans la ville du Havre l’auteur nous livre un précis de maintien, discourant sur les plaisirs miniatures qui font tout le sel élégiaque d’une existence humaine chamarrée, dont l’unique consolation est la libre expression du sentiment amoureux, à l’aune d’une douce complainte, triste, mélancolique, courte mais fulgurante. Ce texte oublié, très peu étudié par les doctes de l’université française, mérite d’être lu car il apporte un arôme incomparable : celui de la bénédiction du plaisir partagé, offert, accueillant. Un livre d’amour en somme.

Marcellien

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Poème d’un jour… Albert-Paul Granier

Les guerres brisent les hommes, les familles, les pays et aussi des talents. Albert-Paul Granier fait partie de ces artistes dont le génie est resté en suspens. Ses vers effrayants et sublimes auraient pu ne jamais nous parvenir. Raison de plus pour les lire et les relire…

Alya-Dyn

Nocturne
 
La nuit calme adoucit l’espace désolé.
 
Les projecteurs, étirant leur long bras livide,
palpent l’espace vague, énumèrent le vide,
détaillent l’Étendue à gestes calculés.
 
Par les ravins crépus, d’horreur échevelés,
où les obus aigus mordent à crocs avides,
des cadavres blêmis crispent leurs poings rigides
sur le Néant obscur près d’eux agenouillé.
 
Les blessés anxieux arc-boutent leur pensée
vers les là-bas brumeux des choses effacées ;
 
des bourgs incendiés braisillent dans la nuit,
 
et, benoîte, avec un sourire endolori,
la lune, bonne sœur éternellement pâle,
endimanche les morts d’un suaire d’opale.

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Clint Eastwood : une mémoire américaine

Clint Eastwood dans "Pale Rider, le cavalier solitaire" (1985)

À l’heure de la sortie en salles du nouveau long-métrage du réalisateur américain Clint Eastwood, Jersey Boys (le 18 juin 2014), nous vous invitons à un long voyage à travers la filmographie du dernier des géants encore en activité cinématographique.

Ce voyage pourra s’effectuer à partir du livre Clint de Richard Schickel (Flammarion, 2011, consultable en section étude de la bibliothèque) ; qui explore sa filmographie depuis ses débuts au cinéma dans la savoureuse « trilogie du dollar » de Sergio Leone (dans les années 60) jusqu’aux dernières œuvres magistrales de notre nouveau siècle, et plus particulièrement Space Cowboys en 2000, Créance de sang en 2002, Mystic River en 2003, Million Dollar Baby en 2004 et Gran Torino en 2009 qui en quelque sorte clôt de la plus parfaite des manières un parcours filmique hors du commun, devant et derrière la caméra.

Comme l’auteur du livre est un ami du cinéaste les pages fourmillent d’anecdotes sur le travail et la personnalité d’Eastwood ; et en parcourant ce livre magnifiquement illustré avec les photogrammes tirés des films analysés avec soin les uns après les autres, on prend conscience de ce qu’il faut de remises en question permanentes, de recherches, d’accomplissement formel, de collaborateurs loyaux, consciencieux et habiles, pour arriver à offrir aux spectateurs du monde entier ce florilège de films impressionnants qui ont marqué à jamais plusieurs générations de spectateurs et de cinéphiles.

Le livre n’est bien sûr pas totalement objectif mais il dresse quand même le portrait type d’un enfant du cinéma dont les œuvres continuent de nous émerveiller longtemps après leur exploitation en salles.

Pour ma part voici ma liste de films préférés réalisés par le « Director » : L’Homme des hautes plaines (1973), Josey Wales, hors-la-loi (1976), Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), Impitoyable (1992), Un monde parfait (1993) et Gran Torino (2009).

Et vous ? Quels sont les vôtres ?

Marcellien

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Relisez vos classiques : La Bête humaine, d’Emile Zola (1890)

Zola, La Bête HumaineQue de violences dans ce roman ! Viol, crimes, suicide, haine. La Bête humaine avait soulevé de vives critiques lors de sa parution. Le héros est Jacques Lantier, fils de Gervaise, descendant d’une longue lignée d’alcooliques. Lui est sobre, mais il souffre de pulsions criminelles qui le poussent à vouloir tuer les femmes qu’il possède. Il est indissociable de Pecqueux, son chauffeur, et de La Lison, la locomotive qu’il conduit et qu’il aime comme une femme.

Et c’était vrai, il l’aimait d’amour sa machine, depuis quatre ans qu’il la conduisait. Il en avait mené d’autres, des dociles et des rétives, des courageuses et des fainéantes ; il n’ignorait point que chacune avait son caractère, que beaucoup ne valaient pas grand chose, comme on dit des femmes de chair et d’os ; de sorte que, s’il l’aimait celle-là, c’était en vérité qu’elle avait des qualités rares de brave femme. Elle était douce, obéissante, facile au démarrage, d’une marche régulière et continue, grâce à sa bonne vaporisation. On prétendait bien que, si elle démarrait avec tant d’aisance, cela provenait de l’excellent bandage des roues et surtout du réglage parfait des tiroirs [...] Mais lui savait qu’il y avait autre chose car d’autres machines, identiquement constituées, montées avec le même soin, ne montraient aucune de ses qualités. Il y avait l’âme, le mystère de la fabrication, ce quelque chose que le hasard du martelage ajoute au métal, que le tour de main de l’ouvrier monteur donne aux pièces : la personnalité de la machine, la vie.

L’amour de Jacques pour sa machine commence à s’étioler à partir du moment où il tombe amoureux d’une femme.

Thriller, roman policier, roman d’amour, La Bête humaine est tout cela. Mais c’est aussi une description très fouillée de l’univers du chemin de fer et des trains à vapeur. Comme toujours, Zola s’était beaucoup documenté, et pour l’intrigue, il s’était inspiré de faits divers réels. Cela donne un roman prenant, dense, magistral.

Madame Bovary

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