Archives de la catégorie Un peu, beaucoup…

« Ob-la-di, ob-la-da » : Valerie June, une merveille américaine

Valerie June, Pushin’ against a stone, Sunday Best Recordings, 2013.

« To the wonder » sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on écoute les sublimes chansons de la musicienne et chanteuse nord-américaine Valerie June. Dans son disque joliment intitulé Pushin’ against a stone, enregistré en 2013, la jeune femme égrène en musique et en mots de velours tout un florilège de sentiments et de sensations intimes. Cela faisait longtemps qu’un disque d’une telle puissance émotionnelle ne nous était pas parvenu d’outre atlantique. À mille lieux de ces productions manufacturées à la chaîne dans le courant global de la musique mainstream, la jeune musicienne née en 1982 à Jackson, Tennessee, propose des sonorités radicalement différentes d’une plage à l’autre, et chaque morceau s’insère particulièrement bien dans le serpentin harmonique et mélodique du disque. À côté des ballades bouleversantes comme Somebody to love (plage 2) et Twined & Twisted (plage 4, la plus belle chanson folk enregistrée et chantée ces dix dernières années !) la lady marie les tempos, les registres vocaux et les vocalises précieuses comme le mariage du feu et de l’eau.

Il est toujours plaisant d’assister à la révélation d’une vraie nature artistique, loin des attrape-nigauds de la mode, de la tendance, et de la hype mondialisée. À n’en pas douter Valerie June, avec ce disque merveilleux, est en train de s’inscrire, de la plus belle des manières, dans la longue histoire, tumultueuse, escarpée et ensorcelante de la musique américaine, prenant ses origines dans le Deep South et s’envolant d’un bord du continent à l’autre. En s’affranchissant de tutelles trop pesantes (on pense aux reines du blues volcanique et dangereux, Etta James, Billie Holiday…) Valerie donne le tempo et invente la prose musicale des premières décennies du XXIe siècle, sans jamais oublier le blues des origines (Tennessee Time, plage 6).

Un disque idéal à écouter au crépuscule, dans l’embrasement du ciel de ce bel été indien plein de promesses !

Marcellien

Retrouvez les enregistrements de Valerie June à la bibliothèque.

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Une histoire inédite de l’art hollywoodien

Photogramme du film "Lincoln" de Steven Spielberg (2012)

Pierre Berthomieu, Hollywood : Le temps des mutants, éditions Rouge Profond, 2013

Dans Hollywood : Le temps des mutants le cinéphile Pierre Berthomieu (maître de conférences en études cinématographiques à Paris 7) dresse le panorama complet de l’art de faire des films à Hollywood ; dans la longue tradition qui débute au tournant des 19e et 20e siècles sur un bout de terre (le fameux Bois de Houx) du littoral pacifique, à l’extrémité sud-ouest des Etats-Unis d’Amérique.

Depuis plus d’un siècle la ville des prodiges imagés propose aux spectateurs du monde entier une production riche et variée, en même temps qu’elle s’interroge sur les formes mêmes de son art filmique. En parachevant la mise en forme des images des pères fondateurs du cinématographe (muet, en noir et blanc, et parfois elliptique dans le traitement des séquences) Hollywood, à la fois temple de l’art et de l’industrie capitaliste, ne cesse de questionner la manière de réinventer une histoire.

Après la crise structurelle qui a mis à bas la politique autoritaire des studios et des grandes compagnies de production à partir de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80, la cité du cinéma (cette moderne Babylone selon les frères Taviani) n’a pourtant jamais cessé de prospérer et de ré-acclimater toutes les tendances (même minoritaires) des cultures de masse occidentales et orientales. S’il faut toujours un solide scénario et une typologie de personnages fiable, inaliénable, avant d’entreprendre la mise en chantier d’un film à Hollywood, les courants modernistes des différentes disciplines artistiques associées à la création cinématographique influencent profondément l’esthétique de chaque film sortant de l’usine à rêves.

C’est ce phénomène que décrypte le magnifique ouvrage de Pierre Berthomieu, riche de plus de 3000 illustrations et de propos d’artistes à ce jour inédits en France.

Une lecture à la fois ludique et savante pour bien terminer l’été et préparer une nouvelle saison prometteuse dans nos salles obscures préférées.

Marcellien

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Relisez vos classiques : L’Argent, d’Emile Zola (1891)

Ici, c’est la Bourse qui occupe une place centrale dans le roman, telle une insatiable ogresse, de même que la mine dans Germinal, ou bien les Halles dans Le Ventre de Paris.

Un instant, il resta frémissant, au bord du trottoir. C’était l’heure active où la vie de Paris semble affluer sur cette place centrale, entre la rue Montmartre et la rue Richelieu, les deux artères engorgées qui charrient la foule. Des quatre carrefours, ouverts aux quatre angles de la place, des flots ininterrompus de voitures coulaient, sillonnant le pavé, au milieu des remous d’une cohue de piétons. [...] Envahis, les marches et le péristyle étaient noirs d’un fourmillement de redingotes ; et, de la coulisse, installée déjà sous l »horloge et fonctionnant, montait la clameur de l’offre et de la demande, ce bruit de marée de l’agio, victorieux du grondement de la ville. Des passants tournaient la tête, dans le désir et la crainte de ce qui se faisait là, ce mystère des opérations financières où peu de cervelles françaises pénètrent, ces ruines, ces fortunes brusques, qu’on ne s’expliquait pas, parmi cette gesticulation et ces cris barbares. Et lui, au bord du ruisseau, assourdi par les voix lointaines, coudoyé par la bousculade des gens pressés, il rêvait une fois de plus la royauté de l’or, dans ce quartier de toutes les fièvres, où la Bourse, d’une heure à trois, bat comme un cœur énorme, au milieu.

Ah l’argent ! Ceux qui n’en ont pas rêvent d’en avoir, et ceux qui en ont en veulent toujours plus. Tous se laissent attirer par le jeu en bourse, qui fait et défait les fortunes. Aristide Saccard (voir La Curée), lui, est ruiné, après avoir atteint les sommets de la richesse. Mais il ne s’avoue jamais vaincu, et son rêve le plus cher est de dominer le monde à force d’argent. Il crée donc une banque, et, au prix d’opérations boursières aussi compliquées qu’illégales, règne à nouveau sur Paris. Autour de lui gravite le petit peuple des épargnants laborieux qui, à vouloir gagner gros, risquent de tout perdre.

Pour le novice en bourse, certains passages du roman peuvent être un peu obscurs. Mais cela ne gêne pas la compréhension de l’intrigue, et la verve de Zola reste intacte.

Madame Bovary

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Simenon de A à Z : Le témoignage de l’enfant de chœur (1947)

Très tôt le matin, Justin se rend à l’église de sa paroisse où il est enfant de chœur. Ce jeune garçon, le commissaire Maigret veille sur lui à cause d’un cadavre apparu et disparu tout aussi mystérieusement sur le trottoir. Alertée, la police a fait les vérifications d’usage en pareil cas, pour finalement ne rien trouver, ni mort, ni même une simple tache de sang. Alors bien sûr, personne ne croit Justin – il a forcément inventé ! – personne, sauf Maigret évidemment. Il faut dire que le commissaire retrouve, avec cette histoire, des souvenirs de son enfance, quand il était lui-même enfant de chœur…

Et Maigret remarquait de minuscules détails qui lui rappelaient son enfance. D’abord que le gosse ne marchait pas le long des maisons, sans doute parce qu’il avait peur de voir soudain surgir quelqu’un de l’ombre d’un seuil. Puis que, pour traverser la place, il évitait de même les arbres, derrière le tronc desquels un homme aurait pu se cacher.

C’est parce qu’il a gardé en mémoire ses comportements d’enfant que le commissaire est proche de Justin et peut ainsi s’opposer à ceux qui parlent d’affabulation.

Qu’est-ce que le juge au sourire grinçant avait donc dit à ce propos ?
- Vous en êtes encore à vous fier au témoignage des enfants ?…
En tout cas, quelque chose d’approchant. Or c’était le juge qui avait tort. Les enfants sont incapables d’inventer, parce qu’on ne bâtit pas des vérités avec rien du tout. Il faut des matériaux. Les enfants transposent peut-être, mais ils n’inventent pas.

En se rapprochant de la psychologie de Justin, Maigret résoudra l’énigme de ce cadavre voyageur. Derrière le témoignage de l’enfant de chœur, c’est celui de Simenon sur sa propre vie…

Alya-Dyn

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Start ! La grande histoire des jeux vidéo

Start ! La grande histoire des jeux vidéo est un ouvrage qui nous propose de passer en revue les années de créations vidéo-ludiques, de la préhistoire du jeu vidéo avec Tennis for Two créé dans le laboratoire national de Brookhaven (labo spécialisé dans le nucléaire), aux consoles de 8ème génération qui sont sorties ces derniers mois.

Ce livre est un petit bijou pour tous les joueurs qui veulent en apprendre plus, mais aussi pour tous les curieux qui s’interrogent et qui veulent découvrir cette culture.

L’auteur, Erwan Cario, journaliste spécialisé dans les jeux vidéo, aborde le sujet avec une certaine légèreté. On apprend beaucoup sur les évolutions des jeux vidéo et les différents genres, les guerres économiques que se sont livrés les célèbres Nintendo, Sony et autres Sega. De même, aidé de nombreuses images, l’auteur présente un riche panel de jeux ayant marqué l’histoire. Sans réellement les critiquer, il nous donne une certaine envie de les découvrir et d’éprouver les sentiments qu’il a pu connaître durant ses séquences de geek, ces moments forts que sont d’arriver à la fin d’un Final Fantasy, battre Bowser, ou conduire un bolide dans Vice City.

Less’ Klave

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Un beau roman américain

Ron Rash, Une terre d’ombre, Le Seuil, 2014.

Vaste territoire dont l’histoire commence à charrier de nombreux éléments prompts à bâtir l’idée de vieille civilisation, le continent nord-américain n’est pas en reste quand il s’agit de littérature de haut vol. Et ce qui est d’autant surprenant, c’est la gourmandise avec laquelle chaque romancière (Louise Erdrich, Siri Hustvedt, Joyce Carol Oates par exemple) et chaque romancier (Auster, Irving, Easton Ellis, Franzen, Roth…) s’approprie avantageusement le principe inaliénable de l’art romanesque, perdu de vue en France depuis bien longtemps.

C’est à une odyssée sentimentale que nous invite l’écrivain américain Ron Rash dans son sublime troisième roman traduit en France, au beau titre évocateur : Une terre d’ombre. On y fait la connaissance au temps de la première guerre mondiale d’un frère et d’une sœur, Laurel et Hank Shelton, tous deux célibataires, vivant au fond d’un vallon encaissé, que nulle lumière ne pénètre jamais. On dit l’endroit hanté, maudit : Hank est rescapé et mutilé de guerre (il a perdu une main dans les tranchées françaises lors de rudes combats) et sa sœur, une jolie femme pourtant, n’a aucun prétendant dans la vallée à cause d’une tâche de naissance qui oblitère sa beauté, ce qui lui vaut le sobriquet de sorcière de la part des imbéciles habitant le bourg d’à côté. Le seul ami de Laurel et d’Hank est un vieux voisin aussi solide que les robustes arbres qui parsèment les contreforts du vallon obscur.

Sur cette trame, évidente comme les prémisses d’une tragédie annoncée, Ron Rash bâtit un livre époustouflant, qui se lit d’une traite, et dont les personnages solidement campés continuent à faire leur bonhomme de chemin dans notre esprit et dans notre mémoire pendant longtemps, très longtemps.

Une lecture d’été idéale, chaudement recommandée.

Marcellien

(À suivre : Sur les pas de Joseph Boyden)

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