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Juste avant la nuit (1) : Les Dieux ont soif, Anatole France, 1912

À la parution du roman, en 1912, Anatole France a 68 ans.

C’est un homme de lettres du dix-neuvième siècle (il est né le 16 avril 1844). En s’intéressant à la Révolution française, en écrivant ce vaste roman historique Anatole France cherche des réponses.

Comme le souligne Marie-Claire Bancquart dans sa préface à l’édition Folio classique : « Le roman d’Anatole France, paru en 1912, aborde un problème commun à toute histoire, et qui tient à la nature humaine : l’exercice du pouvoir ne risque-t-il pas toujours de conduire à l’abus du pouvoir et à la violence ? Assurément, cette interrogation se pose pour nous d’une manière bien plus angoissante encore qu’à la veille de la Première Guerre mondiale. »

Ce livre nous invite aujourd’hui à une vraie réflexion sur la nature de la légitimité politique, mais aussi sur la casuistique à l’œuvre dans toute révolution, dans tout conflit guerrier dépassant les ambitions personnelles, les carrières envisagées, les positions en haut ou en bas de l’échelle sociale.

Le roman d’Anatole France, bien qu’il apporte des réponses claires (en interrogeant la force de l’amour, celui que la ravissante Elodie porte au jeune peintre révolutionnaire Evariste Gamelin), variées et judicieuses, n’aurait pas pu être publié deux ans plus tard.

Le vieux monde s’interrompait brutalement dans la stupeur du cataclysme guerrier ; les champs de bataille entre 1914 et 1918 signent l’hallali d’une certaine manière de faire de la littérature…

Désormais on n’écrira plus jamais les livres, on n’envisagera plus la structure narrative, les déclinaisons stylistiques, de la même façon.

Pourtant ce beau roman de France, sombre, soyeux, sonore, éclatant de vivacité romanesque, reste d’une parfaite pertinence cent ans plus tard.

Car dans les formes classiques de l’art réside un questionnement perpétuel.

Marcellien

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La Grande Guerre : 1917 : le soldat inconnu, de Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Mr Fab

L’homme de l’année est une série qui démarre très bien. Dans ce premier tome, on se centre sur 1917, la guerre de 14, avec comme personnage principal un certain Boubacar N’dore.

Le récit de Fred Duval et Jean-Pierre Pécau commence en actuelle Côte d’Ivoire. On découvre l’enrôlement contraint de Boubacar dans l’armée coloniale française. Aux côtés du Lieutenant Joseph Sorbier, le héros va combattre sur sa terre natale, puis au Maroc, et se retrouvera ensuite dans l’horreur des tranchées.
On est alors confronté aux généraux incompétents, aux injustices, au racisme, et bien sûr à la boucherie de la der des ders. Mais ce qui à mes yeux est le plus marquant et poignant dans cette bd, c’est surtout cette « histoire d’hommes », la relation entre Joseph et Boubacar. Au début, les rapports sont très hiérarchiques, puis au fil du récit cela va se transformer en une sincère amitié. Les scénaristes ont bien joué la chose, dans le sens où l’on ne tombe pas dans du bien-pensant mielleux.
L’enchaînement des cases est très bien rythmé, les combats sont dynamiques, violents et n’épargnent pas le lecteur. Mr Fab remplit donc très bien son travail au niveau du dessin, mais aussi sur la couleur. Cette dernière, très bonne, est accompagnée d’une sorte de filtre et s’accorde parfaitement avec l’époque abordée.

Une très bonne surprise, j’espère que la suite de la série sera du même niveau.

Vous voyez ce filtre ? Ces traits noirs qui rappellent les vieux journaux. Si non, lisez la bd Wink

Less’ Klave

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La Grande Guerre : Juste avant la nuit

De quelques romans parus en France avant la mobilisation générale de 1914

Avant d’honorer comme il se doit la mémoire de tous les soldats qui ont combattu de 1914 à 1918 sur une multitude de fronts à travers le monde, dans l’incompréhension totale de ce qui leur arrivait une fois la guerre commencée ; et avant de parcourir plus en détail les grands textes qui dressent un panthéon littéraire universel à la mémoire des combattants tués, vilainement blessés (gueules cassées, convalescences sauvages), heurtés, meurtris, hébétés, portant pour toujours, chevillé au corps et à l’âme, le récit immémorial de la sauvagerie des hommes, même sous un ciel placide, même sous un soleil brûlant… Intéressons-nous d’abord à quelques romans qui furent publiés en Occident quelques années avant l’apocalypse de 14. Cent ans plus tard, à leur lecture, peut-on trouver dans ces pages minérales, pleines de sève et formidablement agencées, la préfiguration de ce qui allait se jouer bientôt ? La destruction du vieux monde avant l’invention du vingtième siècle, celui de la mort définitive, inconsolable, de toutes les mythologies. Quand soudain les forêts brûlent, quand la pluie devient noire et empêche le deuil partagé, qui a la force nécessaire pour se révolter ?

Que nous disent ces livres aujourd’hui ? Continuent-ils de parler au cœur de chaque lecteur comme ils le firent en leur temps ? Que nous enseignent-ils ? Etaient-ils un fragile, un dérisoire rempart face au fanatisme patriotique des uns et des autres, face aux nationalismes exacerbés ?

Est-ce que le monde a tellement changé ?

Marcellien

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Un obélisque… et deux Fontana

Au centre de la place Saint-Pierre de Rome, se dresse un obélisque dont l’histoire est intéressante à plus d’un titre. Notre fonds ancien possède un volumineux ouvrage – n°2324 – intitulé Templum Vaticanum et ipsius origo rédigé par Carlo Fontana et publié en 1694. On y trouve expliqué en latin et en italien, avec de très nombreuses planches, l’incroyable installation de l’obélisque à son emplacement définitif. L’architecte responsable de cet événement spectaculaire s’appelait Fontana… non pas Carlo, dont nous venons de parler, mais Domenico. À la demande du pape Sixte Quint, Domenico Fontana fit déplacer et ériger place Saint-Pierre l’obélisque que Caligula avait fait venir d’Égypte en 37 pour orner son nouveau cirque. Pline l’ancien, dans le livre XXXVI de son Histoire naturelle, évoque le vaisseau de taille imposante utilisé pour l’acheminement du monolithe :

L’entreprise la plus difficile, ce fut de faire venir des obélisques à Rome. Les vaisseaux qu’on y employa ont eux-mêmes excité l’admiration. […]
Quant à celui que l’empereur Caligula avait employé pour transporter l’autre obélisque, il fut conservé pendant quelques années, c’était le bâtiment le plus merveilleux qu’on ait jamais vu en mer : le dieu Claude le fit venir à Ostie après avoir élevé dessus des tours en terre de Pouzzoles, et le coula dans l’intérêt du port qu’il construisait. Puis il fallut faire d’autres bâtiments pour conduire l’obélisque par le Tibre, ce qui donna lieu de connaître que ce fleuve n’a pas moins d’eau que le Nil.

Le cirque de Caligula sera terminé sous Néron. C’est là, au pied de l’obélisque, que périt Saint Pierre en 64, lors des persécutions ordonnées par Néron. Pour donner un signal fort de son pontificat, Sixte Quint concrétisa le projet de ses prédécesseurs, visant à installer le monolithe au centre de la place Saint Pierre. Il voulait ainsi donner une représentation évidente du lien entre ce monument païen et le martyre des premiers chrétiens, particulièrement Saint Pierre, considéré par l’Église comme le premier pape. Sixte Quint se mit en quête d’un homme capable d’exécuter ce grandiose dessein. Il reçut des propositions de toute l’Europe. Pour finir, le projet de Domenico Fontana fut retenu. Dans son Histoire de Rome, Christopher Hibbert fait revivre l’événement :

L’opération commença à deux heures le 30 avril 1586. Toutes les fenêtres et tous les toits pouvant servir de postes d’observation avaient été pris d’assaut. Les huit cents hommes qui travaillaient sur Saint-Pierre avaient entendu la messe à l’aube. Ils étaient là, près des cordes et des treuils, attendant le signal de Fontana pour sortir l’obélisque de son trou. […]
Malgré la foule, un silence absolu régnait : le pape avait ordonné l’exécution immédiate de toute personne qui, en faisant le moindre bruit, risquerait de faire échouer l’opération.

Ainsi fut érigé l’obélisque du Vatican au centre de la place, mais qui se souvient aujourd’hui de Domenico Fontana, architecte oublié de cette entreprise ? Quant à Carlo Fontana, il nous a laissé les précieuses planches illustrant ce mémorable événement. Si un jour vous vous trouvez à Rome, place Saint-Pierre, ayez une pensée pour tous les hommes et les chevaux qui ont participé à cette entreprise exceptionnelle, au péril de leur vie…

Alya-Dyn

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Jean Moulin. Profession ? Artiste peintre !

Jean_Moulin_caricaturesAu delà du résistant mythique, peu de personnes savent que Jean Moulin, dès son plus jeune âge, est passionné par l’art.

Au lycée de Béziers, sa ville natale, il aime à dessiner, à caricaturer ses camarades ou professeurs et ses premiers dessins sont plutôt dans le style Poulbot.

Dès 1922, à Chambéry, alors sous-préfet, il expose au salon de la Société Savoisienne des Beaux-Arts, des pastels, des aquarelles et des dessins. En 1930, à Paris, il fréquente le monde artistique des écrivains, des poètes comme Max Jacob. À cette époque, il publie des dessins humoristiques destinés à des revues comme Le Rire, La Baïonnette ou comme ci-dessous Gringoire.

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Jean_Moulin_Colombey

Compte tenu de sa situation dans la préfectorale, il juge utile de se trouver un pseudonyme. Il choisit alors Romanin, du nom d’un château des Alpilles où, enfant, il passait ses vacances. Pour illustrer le recueil de Tristan Corbière, Armor (Ed. Helleu, 1935), Romanin réalise huit gravures dont la plus célèbre est La pastorale de Conlie. Celui qui n’arrivera jamais jusqu’au camp de la mort auquel on le destinait va dessiner un charnier semblable à ceux que l’on découvrira un peu plus tard à Buchenwald. Étrange dessin prémonitoire !

Jean Moulin, galeriste et résistant

Dès les années 30, Jean Moulin a commencé une collection de peintures avec entre autres, des œuvres de Soutine, Chirico, Survage, Goerg, Albert André… et fait la connaissance de marchands comme Pétridés ou Berheim qui lui resteront fidèles.

Jean_Moulin_Galerie_RomaninDès lors que Jean Moulin est pleinement engagé dans la résistance, son activité nécessite de nombreux déplacements. À la recherche d’un alibi, mais aussi par goût, il décide d’ouvrir une galerie d’art. Des achats et ventes d’œuvres justifient ainsi ses nombreux déplacements et contacts. Il choisit Nice ; la ville présente un fort potentiel d’amateurs d’art fortunés et ses activités de résistant ne s’y exercent pas. C’est au 22 rue de France, dans une ancienne librairie, qu’il ouvre en 1942 la galerie Romanin. Le magasin comporte un appartement au premier étage ainsi que plusieurs issues qui servent à abriter les amis de passage. Jean Moulin laisse la direction de la galerie à Colette Pons, personne de confiance qui connait ses activités clandestines. La galerie est rapidement installée, quelques toiles venant de chez Pétridès viennent meubler les cimaises. Des contacts sont pris avec Matisse et Bonnard qui consentent à laisser des œuvres. Quelques tableaux de sa collection personnelle complètent sa première exposition. C’est ainsi que démarre la galerie Romanin.

Le vernissage a lieu le 9 février 1943. C’est un succès. Sont accrochées des peintures de ceux qui vont marquer leur époque : Bonnard, Degas, Dufy, Friesz, Rouault, Matisse, Chirico. Pour l’anecdote, le portrait du maréchal Pétain accroché par obligation, à la hâte, tombe par terre. Le préfet et le tout Nice sont là : collectionneurs et amateurs d’art. La presse locale ne manque pas de relater l’événement. Très vite, la galerie est fréquentée par de nombreux artistes : les frères Prévert, Jacques et Pierre, le peintre Tal-Coat, des musiciens comme Django Reinhardt. Rapidement, des contacts se font avec les marchands de la région, entre autres Katia Granoff et Aimé Maeght.

Jean_Moulin_la-danseuse-espagnole

"La danseuse espagnole", Albert André, 1902

Cependant, Jean Moulin aurait aimé faire des expositions plus avant-gardistes avec Kandinsky ou Picasso. Mais cela était risqué, mieux valait ne pas trop attirer l’attention sur lui ! C’est donc sur des peintres beaucoup moins subversifs qu’il va s’appuyer : Renoir, Chabaud, Valadon, Utrillo, Marie Laurencin et aussi Othon Friesz.

À Lyon d’abord et à Paris ensuite, Jean Moulin est de plus en plus pris par ses activités de résistant, mais reste toujours passionné par son métier de galeriste. Son secrétaire Daniel Cordier raconte qu’à chaque fois qu’il déjeunait avec lui, Jean Moulin ne cessait de lui parler peinture :

Jean Moulin fut mon initiateur à l’art moderne. Avant de le rencontrer, en 1942, j’étais ignorant de cet appendice vivant de l’histoire de l’art. Il m’en révéla la vitalité, l’originalité et le plaisir. Surtout il m’en communiqua le goût et la curiosité.

C’est ainsi que Daniel Cordier allait découvrir l’art moderne et plus tard devenir lui aussi collectionneur et galeriste de renom.

Le 21 juin 1943 à Caluire, Jean Moulin est arrêté par Klaus Barbie. Comme convenu entre eux, Colette Pons est prévenue :  » S’il devait m’arriver quelque chose, vous recevrez un télégramme ainsi rédigé : vendez tout comme convenu ». Dès sa réception, Colette Pons déménage, de nuit et sur une charrette à bras, la précieuse collection de la galerie Romanin.

Torturé, Jean Moulin ne divulgue aucun secret. N’étant plus en état de parler, son tortionnaire lui tend un papier et un crayon. En guise de réponse, Jean Moulin fera, alors, la caricature de son bourreau. Ce sera là son dernier dessin. Jean Moulin décède des suites de ses interrogatoires, dans le train qui l’amène en Allemagne le 8 juillet 1943.

 
 
 
 
 
 
 
 
Si vous souhaitez découvrir ou approfondir le sujet traité, n’hésitez pas à emprunter ces livres qui sont présentés à la bibliothèque. Ils seront notamment évoqués par leurs auteurs lors des événements suivants à Auch :
- Exposition des œuvres de Jean Moulin au musée des Jacobins du 22 novembre au 31 décembre 2013, avec une conférence de Nicole Riche sur « Jean Moulin artiste et homme de culture » le 7 décembre à 15h ;
- Conférence sur « Jean Moulin homme de la résistance » par Dominique Lormier, salle des Cordeliers, le 19 novembre à 20h30 ;
- Le 23 novembre, « Auch pendant la seconde guerre mondiale », visite guidée à 15h30 ;
- Le 28 novembre : « Le jazz pendant la guerre » dialogue musical avec Raphaël Imbert et les Jazzmaniacs au théâtre d’Auch à 20h30.

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Petites chroniques du français comme on l’aime !

Petites_chroniques_du_francais_comme_on_l_aime_Bernard_Cerquiglini

Dans ce livre (Ed. Larousse, 2012), l’auteur Bernard Cerquiglini, grand linguiste et pédagogue, nous entraîne dans une surprenante découverte de notre langue. Grâce à son expérience et son humour, il apporte clarté et amusement dans un domaine souvent rigoriste ou austère.

Si ! Si ! La langue française est vivante, facétieuse, nourrie de mystères et d’intrigues ! Nous sommes tous concernés par son usage mais nous ne mesurons jamais assez son histoire, ses anecdotes. Chaque page de ce livre crée autant de jeux, de connaissances qu’il existe de subtilités. Bernard Cerquiglini analyse ainsi sur une page un phénomène de langue. Cela va de l’origine d’une expression comme « en odeur de sainteté » ou « payer rubis sur l’ongle ».

Il poursuit avec quelques trésors de notre langue, par exemple d’où viennent les termes « briscard, guet-apens, placebo » ? Il évoque, bien sûr, quelques pièges de l’orthographe ainsi que les exigences de la prononciation pour terminer avec les subtilités de la grammaire et du bon usage de la langue française. Ainsi comment ne plus confondre « conjecture » et « conjoncture » ou différencier l’usage de « acquis » et « acquit » !

Un libre traité d’amour profane.

[...] Vulgarisation, donc, sans vulgarité ni pédantisme nous avons adopté la disposition classique de l’aimable entretien qui entend instruire en plaisant et s’adresse au plus grand nombre. Car chacun est concerné par la langue, dans son rapport intime au sens, dans sa relation à autrui. Il convient donc de « semer à tout vent » un savoir linguistique qui éclaire et rassure, qui fonde et réunit. Cette attitude assez républicaine et laïque ne devrait pas déplaire aux mânes de Pierre Larousse et de ses successeurs.

L’auteur de ce délicieux ouvrage anime une chronique sur TV5 monde : Merci Professeur. Il explique avec un sens affûté de la pédagogie et des « chutes », diverses curiosités de notre belle langue. Il nous parle ainsi de la nécessaire évolution de celle-ci, adoptant une attitude pragmatique face aux querelles des puristes. Pour lui c’est toujours l’usage qui a raison à long terme. Enfin, l’ouvrage est agrémenté de citations d’auteurs, d’encadrés relatifs au thème abordé mais surtout de titres délectables tels que « Ce n’est pas parce qu’on est prêt à partir qu’on est près de partir ! », pour aborder par exemple la distinction entre l’adjectif et l’adverbe.

Un voyage éclairant dans les méandres de notre histoire, de notre bien commun : le français.

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