Articles contenant le tag religion

À la recherche de Dieu

Thomas Römer, L’invention de Dieu, Seuil (Les livres du nouveau monde), 2014.

Comment Dieu est devenu Dieu ? Fut-il le premier d’entre tous à régner « seul de toute éternité sur le ciel et la terre », et a-t-il toujours été unique ? C’est à toutes ces questions que répond Thomas Römer, spécialiste mondialement reconnu de l’Ancien Testament, occupant la chaire « Milieux bibliques » au Collège de France, dans son livre L’invention de Dieu.

En tenant compte des toutes nouvelles découvertes de l’archéologie biblique et des recherches les plus pointues en matière d’histoire des religions, Thomas Römer nous plonge dans le monde de l’Antiquité biblique, sur les traces de ceux qui firent l’histoire d’Israël et de Juda, nous invitant à découvrir les reliefs majestueux du Levant, correspondant aujourd’hui aux paysages blessés d’Israël/Palestine, de la Jordanie, du Liban, et de la Syrie.

En mêlant haute érudition et plaisirs vifs de la narration le bibliste nous invite à comprendre, et à aimer, toutes les péripéties qui amènent un peuple du Levant à se choisir un dieu unique (il accède au statut de dieu tutélaire des Royaumes d’Israël et de Juda) et universel : car, de fait, le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob « auquel se réfèrent, chacune à sa manière, les trois religions du Livre », fut au départ dieu parmi les autres, enfoui parmi différentes croyances polythéistes ; mais il devient par la suite le Dieu unique, universel et transcendant, à la source même des trois monothéismes qui ont toujours cours aujourd’hui.

En enquêtant rigoureusement et passionnément, avec l’aide des plus récentes découvertes de l’archéologie et de l’épigraphie, Thomas Römer fait l’inventaire méticuleux des différents visages de Dieu. Il commence par les différentes variantes de son nom, puis cherche à situer son origine géographique (Egypte ? Judée ? Sinaï ? Désert du Néguev ?). À partir de là commence une histoire tumultueuse, millénaire (de la fin du deuxième millénaire avant J.-C. jusqu’à l’époque hellénistique), qui charrie avec elle sont lot de guerres, de conquêtes, de joies, de peines, de sacrifices… Une épopée vertigineuse en somme. Qui résonne en chacun de nous. À lire absolument.

Marcellien

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L’Histoire de la Grande Chartreuse en BD, de Laurent Bidot

Quelles que soient les convictions religieuses de chacun, l’histoire de l’ordre des Chartreux ne laisse pas indifférent. Ces moines et moniales ont choisi de vivre dans la solitude de la prière et de la méditation, comme les moines fondateurs de l’ordre. Retranchés dans le silence du couvent, ils n’en sortent que le dimanche, pour quelques heures de promenade. Ils n’ont que de très rares contacts avec leur famille.

Séparés de tous, nous sommes unis à tous car c’est au nom de tous que nous nous tenons en présence du dieu vivant. (Statuts 34.2)

La Grande Chartreuse (Isère)

Dans L’Histoire de la Grande Chartreuse en BD, Laurent Bidot retrace l’histoire de cet ordre depuis sa fondation en l’an 1084 jusqu’à nos jours. Très bien documenté, cet ouvrage aborde également la question de la difficulté pour les proches à accepter et à comprendre la nécessité d’une séparation aussi complète. Bien que publié en 2001, le dessin, très détaillé, s’apparente plutôt au style des années 80.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le site internet des Moines Chartreux et des Moniales Chartreuses. Vous y trouverez l’histoire de l’ordre, la présentation des différentes maisons, le déroulement d’une journée type, ainsi que de nombreuses photos.

Madame Bovary

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Petit traité de vie intérieure, de Frédéric Lenoir

Petit traité de vie intérieurePour Daniel Pennac, la lecture est « objet de partage » (Comme un roman). Il est pourtant des livres dont la lecture relève de l’intime, tant ils éveillent d’échos profonds en nous. C’est le cas de ce Petit traité de vie intérieure, de Frédéric Lenoir. Philosophe et écrivain, l’auteur part de son expérience pour amener son lecteur à s’interroger sur le sens de la vie et les moyens d’être heureux. Encore un énième livre sur le sujet, me direz-vous. Mais ici, point de philosophie de comptoir, point de verbiage jargonnant. Une pensée claire, apaisante, qui nous amène à réfléchir sur différents aspects de la vie : la liberté, le partage, la connaissance de soi, la mort, l’amitié… Chacun y puisera ce dont il a besoin. L’auteur agrémente ses réflexions de références aux différentes religions et aux philosophes de toutes les époques. De quoi, aussi, consolider sa culture religieuse et philosophique…

Madame Bovary

 

 Exister est un fait, vivre est un art.

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Paul Veyne, Constantin et le christianisme

Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin Michel (Bibliothèque Idées), 2007

Au IVe siècle de notre ère, avec la conversion de l’empereur romain Constantin au christianisme (en 312), on change de paradigme, et, partant, une nouvelle civilisation supplante l’ancienne. Le paganisme était la religion qui supportait le mieux la longue et disciplinée conquête des Césars. Calqué sur le modèle grec jalousé, le polythéisme romain permet à chaque habitant de l’empire, qu’il soit citoyen, esclave, affranchi ou apatride, de se faire son propre récit, sa petite musique personnelle. Si Sol Invictus, incarné en majesté par la figure officielle, hiératique, sacrificielle de l’empereur, l’Auguste, a par certains côtés les traits du dieu des chrétiens, il n’est cependant pas miséricordieux. C’est pour cela qu’existent tous les petits dieux, les idoles votives familières, dont se souvinrent les évangélistes, à travers l’exemple des Rois Mages notamment.

Au IVe siècle Rome n’a pas la même configuration qu’en 52 av. J.-C. ou pendant les Ides de Mars. Investi d’un pouvoir total, dépassant les catégories philosophiques et morales du bien et du mal, l’Empereur de Rome représente l’éclat de la civilisation la plus époustouflante de son temps. C’est pourquoi, nous dit Paul Veyne dans son essai, à ce grand empereur qu’était devenu Constantin « il fallait une grande religion » ; il lui fallait le christianisme qui en face du vieux paganisme hérité des siècles passés « était la religion d’avant-garde qui ne ressemblait à rien de commun ».

« Le christianisme offrait quelque chose de différent et de neuf ». Il est loin le temps où les initiés, les tous premiers fidèles de cette nouvelle église devaient se cacher pour échapper aux mesures de rétorsion des prétoriens. Mais c’est aussi grâce à ce sentiment d’appartenance, forgé dans la clandestinité, que l’unité sacrificielle du dogme investit la sphère privée. Ce n’était pas anodin d’aimer un seul dieu, fût-il miséricordieux, quand tout le monde autour de vous craignait Jupiter Capitolin ou Mars, le puissant dieu belliqueux. Il fallait plus que du courage, une abnégation dans la pratique quotidienne, intériorisée, d’une liturgie qui n’appartenait qu’à soi et aux personnes qu’on chérissait le plus (famille, amis proches). La fidélité à l’enseignement du Christ était à ce prix, entre le Ier et le IIIe siècle. [cf. Georg Simmel, La Religion, Circé, 1998]

Le christianisme se distingue du paganisme par la qualité de communion des fidèles. À Rome, les citoyens ne se rassemblent pas en communauté pour fêter Vénus ou Jupiter ; seuls des groupes épars se constituent pour une quête programmatique. En outre les fidèles chrétiens vivent dans la communauté du Christ, ils mettent en place une liturgie, ils célèbrent la messe et mettent en œuvre la charité et l’amour de leur prochain chaque jour de leur vie. Tout cela fait sens, et au IVe siècle Constantin éprouve le besoin impérial de rejoindre cette communauté neuve, novatrice, à nulle autre pareille. De plus les fidèles ont quelque chose que les païens n’ont pas : une église, vaste construction symbolique mais aussi tangible, chef-d’œuvre d’organisation du spirituel et du temporel permettant l’adhésion à un sens commun, plein, jamais mis en défaut depuis le règne d’Octave (les chrétiens ont depuis la dynastie des julio-claudiens leurs martyres, ce qui permet un fort sentiment d’appartenance, élevé, et d’implication solennelle).

En décrivant par le menu le christianisme et le paganisme au sein de l’Empire Romain de l’Antiquité tardive, Paul Veyne nous aide à comprendre dans quel état d’esprit pouvait être Constantin lorsqu’il se convertit au christianisme. Ce saut dans le temps (le IVe siècle de notre ère), dans les rues de Rome, mais aussi dans ses palais et dans ses temples païens, nous permet de voir s’édifier devant nos yeux un vaste ensemble qui donnera naissance par la suite à la Chrétienté ; laquelle s’épanouira à travers tout le bassin méditerranéen. Mais c’est déjà une autre histoire qui commence…

Marcellien

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L’Islam en majesté

Hans Küng est un théologien allemand de haut rang qui a participé au mouvement réformateur de l’Eglise apostolique romaine lors du Concile Vatican II en 1965. Universitaire de renom dont l’exemplarité de l’éxègèse chrétienne n’a d’égale que la rectitude morale accomplie mais sans cesse remise à l’épreuve, cet homme partage une longue intimité avec les trois grandes religions abrahamiques depuis près de quarante ans. Après avoir consacré un volume chacun au Judaïsme et au Christianisme (qui sont devenus des références indiscutables pour l’étude scrupuleuse des religions afférentes) c’est au tour de l’Islam d’être expliqué par la plume alerte et vigoureuse de Hans Küng.

Cette somme érudite de plus de 900 pages, sobrement intitulée L’Islam, publiée pour la première fois en France cette année aux Editions du Cerf, représente un enjeu considérable : celui de présenter cette religion monothéiste âgée de 17 siècles qui irrigue le cœur et l’esprit de deux milliards de personnes sur la planète. Dès lors le théologien allemand étudie en profondeur le paradigme propre à l’Islam, ce qui lui permet une exploration des structures sociales, historiques et culturelles qui ont permis à l’Islam de proposer une alternative à l’écroulement des empires. Ainsi, sur les décombres des vieilles cités, engluées dans de sombres querelles théologiques arides, la simplicité stupéfiante du message de l’Islam, incarné dans son livre sacré, Le Coran, offre aux peuplades arabes du Golfe Persique et du Proche-Orient la cohésion et l’unité qui leur manquaient jusqu’à présent pour participer activement à l’histoire en mouvement.

Alors naissent une civilisation et un idéal spirituel prodigieux, qui continuent de résonner, que l’on soit musulman ou non-musulman, croyant ou non-croyant, en chacun d’entre nous, à la jonction entre élévation de l’âme et dignité dans chaque instant.

Loin de tout dogmatisme, débarrassé des scories habituelles de la béatitude niaise ou de l’antipathie à peine masquée qui accompagnent ce genre d’ouvrages généralement, Hans Küng livre l’étude la plus scrupuleuse qu’il nous ait été donné de lire sur un sujet dont la compréhension nécessite autre chose que du bon sens ou de l’application : un respect jamais exempt d’orgueilleuses critiques.

Marcellien.

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