Articles contenant le tag écologie

Grrreeny, vert un jour vert toujours.

Le fameux tigre Grrreeny

L’écologie c’est sacrément à la mode, assez logique donc qu’on retrouve ce sujet en BD.

Mais voilà, dans Grrreeny c’est Midam qui évoque l’écologie. Midam, créateur de Kid Paddle, personnage tout de même assez décalé.

Grrreeny a lui aussi un grain (et tant mieux)… Tigre dont le pelage est devenu vert suite à un bain dans un lac radioactif, il va alors se sentir très concerné par la cause écologique. Déjà, le principe est assez intéressant, le héros agit seulement parce qu’il est directement touché. Le principe critique de la BD est alors lancé, avec ici notre capacité de citoyen à rester inactif.

On voit donc qu’en prenant comme sujet principal la cause écologique, Midam met aussi l’accent sur plusieurs points, comme les comportements et rapports humains, la logique industrielle et économique actuelle, les principes de communication et marketing absurdes qui nous entourent etc.

Mais heureusement, l’auteur ne délivre pas un discours bienveillant, une ode à l’écologie. En effet, la radicalité des écologistes est elle aussi remise en cause. Le but n’est pas de nous faire culpabiliser, mais peut-être plus de prendre du recul et de voir toutes ces absurdités, et tout ça en rigolant.

Au niveau des dessins on n’est pas surpris, on retrouve un style très proche du héros phare de Midam aussi bien dans le trait que dans le découpage des planches. Mais que demander de plus vu que cela fonctionne.

Grrreeny est donc une BD très actuelle de part son sujet mais qui délivre de vrais messages, avec un ton humoristique juste. On ne rit pas aux larmes, mais l’auteur arrive à nous faire sourire avec une certaine habileté. Puis en plus, il y a des blagues sur le caca et ça c’est chouette !

Less’ Klave

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Axolotl, salamandrine et autre rareté amphibienne

Un déclin général des populations d’Amphibiens se manifeste dans le monde entier. Par leur mode de vie ces animaux sont exposés aussi bien à la pollution de l’air qu’à la pollution des eaux. Leur déclin est attribué à la destruction de leurs habitats, à l’introduction de prédateurs tels que des poissons ou d’autres Amphibiens dans des régions où ils n’existaient pas, aux pesticides, aux pluies acides, à l’augmentation du rayonnement ultraviolet, à l’élévation de température due à l’effet de serre, ou bien à un effet synergique de toutes ces causes. Ambystoma tigrinum des Montagnes Rocheuses décline en raison de l’acidification des eaux de même que le crapaud Bufo calamita dans les îles Britanniques.

Cette citation extraite d’un ouvrage de Blaustein et Wake sur le déclin des populations d’amphibiens date de 1990 et on la trouve rapportée dans le Précis d’écologie paru chez Dunod en 2003. Certes, les deux espèces citées n’ont pas complètement disparu si l’on se réfère à la Liste rouge des animaux ou végétaux en danger d’extinction. Mais en matière d’écologie, il faut avoir une vision à plus long terme et aussi considérer l’évolution des populations vivantes à l’échelle du globe. Quoi de mieux pour relativiser que de se pencher sur les enseignements du passé en examinant les catalogues biologiques des siècles précédents… L’inventaire de notre fonds ancien m’a fait découvrir récemment une somme importante de fascicules du dix-neuvième siècle, regroupés sous le titre Mission scientifique au Mexique et dans l’Amérique centralen°G32 bis de notre fonds ancien – dans lesquels apparaissaient de magnifiques planches d’animaux, dont celles qui illustrent cet article.

Dans la citation donnée plus haut, il est question d’un Ambystoma tigrinum pour lequel les nouvelles sont aujourd’hui meilleures d’après les informations de la Liste rouge des espèces menacées. Mais si l’on cherche dans la même liste Ambystoma mexicanum qui correspond à l’animal représenté sur la première gravure de cet article, on voit que la population de ces axolotls est très menacée. Étrange nom pour un amphibien étonnant qui est capable de se reproduire alors qu’il est encore sous une forme larvaire. Cette surprenante capacité appelée néoténie n’est pas unique dans le monde animal, mais l’axolotl reste encore l’exemple type de cette propriété biologique. La néoténie n’est pas irréversible et on a pu observer, en élevage, la métamorphose d’axolotls, ce qui rend ce petit amphibien encore plus intéressant…

Dans l’ouvrage Mission scientifique au Mexique et dans l’Amérique centrale, on trouve d’autres « salamandrines » – c’est ainsi qu’on les appelait à l’époque. Pseudoeurycea Bellii, autrefois appelé Spelerpes Bellii – que l’on voit ci-contre – fait aujourd’hui partie des espèces en danger, tout comme la magnifique grenouille multicolore, Agalychnis moreletii, dont l’ancien nom était Hyla moreleti et dont nous donnons ici une illustration tirée de notre ouvrage du fonds ancien. Pour certaines espèces étonnantes, je n’ai pu trouver le nom actuel. Peut-être ces amphibiens ont-ils déjà disparu ? En avril 2000, dans la revue Terre sauvage, Olivier Milhomme soulignait un fait important :

Pour Anne-Marie Olher, du Muséum national d’histoire naturelle, la moitié seulement des espèces d’amphibiens a été décrite. Dans le monde, deux cents espèces connues sont portées disparues depuis quinze ans. Plus grave, d’autres, inconnues, le resteront à jamais. « On les découvre moins vite qu’elles ne disparaissent », regrette cette spécialiste.

Depuis l’écriture de cet article, la situation de ces invertébrés ne s’est guère arrangée. Sur les 6000 espèces d’amphibiens connues une sur trois serait menacée d’extinction pour de multiples raisons. Au milieu de tous les problèmes environnementaux soulevés régulièrement par des sommets internationaux, que représente la disparition annoncée de petits animaux assez lointains des hommes en matière d’évolution ? Et pourtant… Les amphibiens sont des carnivores de niveau 1 dans les pyramides écologiques, avant les reptiles et les rapaces. Mais la suppression d’un seul maillon de cette chaîne peut avoir des conséquences immenses sur l’ensemble des écosystèmes. Imaginez une pyramide de cubes dont on enlève une strate de base… Cette comparaison, bien que simpliste a l’avantage de parler à tous.

Le déclin des amphibiens est inquiétant pour plusieurs raisons. La première, c’est que beaucoup d’espèces […] ont décliné dans des habitats primaires bien protégés. Si les espèces disparaissent dans ces régions, c’est de mauvais augure pour notre capacité à préserver la diversité biologique globale. […] on peut comparer les amphibiens aux canaris, autrefois utilisés dans les mines de charbon pour détecter des problèmes de qualité de l’air : si les canaris mouraient, les mineurs savaient qu’il fallait s’en aller.

Ce texte est extrait d’un ouvrage de référence, Biologie, collectif réédité de nombreuses fois chez De Boecke et dont nous possédons la version de 2007. En juin 2012 s’est tenu à Rio le quatrième « sommet de la Terre », une rencontre importante qui, comme la montagne de la fable, n’a accouché que d’une souris. Que dire alors des amphibiens en particulier ? Ne restera-t-il un jour de certaines espèces que de magnifiques gravures dans des livres anciens ?

Alya-Dyn

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Papillons au fil du temps

Au milieu du dix-neuvième siècle, paraissait le Dictionnaire universel d’histoire naturelle, sous la direction de Charles d’Orbigny. Cette œuvre importante – n°2758 de notre fonds ancien – contenait des planches si belles qu’elles furent rassemblées en 2007 pour une série de portraits d’animaux. Parmi ces magnifiques représentations, figurent des papillons que vous avez le plaisir de découvrir en regard de cet article. Si j’ai choisi de vous parler des lépidoptères, groupe d’environ 160 000 sur les 1,7 million d’espèces animales recensées, ce n’est pas pour une évocation lyrique d’insectes parés de splendeur, même si l’un des documents dont il sera question ici – Papillonnages, de Nicolas Witkowski – retrace dans ses pages Une histoire culturelle du papillon, superbement documentée et illustrée. Le sujet qui me préoccupe, c’est l’avenir de ces insectes soumis aux multiples attaques de nos sociétés et particulièrement les modifications climatiques. Bien sûr, objectera-t-on, quelle importance face à la multitude des problèmes environnementaux. Et pourtant…

Les animaux ont compris bien avant nous que le climat n’était plus le même. Depuis un siècle et demi et surtout depuis une trentaine d’années, un grand nombre d’espèces ont modifié leur utilisation de l’espace. […] Les entomologistes ont noté les mêmes mouvements [que pour d'autres espèces] chez des papillons et des insectes, qui migrent vers le nord (une dizaine de kilomètres par décennie) et éclosent plus tôt (deux ou trois jours de plus tous les dix ans.

Ces précisions sont données dans l’Atlas du réchauffement climatique, de Frédéric Denhez. On voit donc que les hommes ont mis beaucoup trop de temps à réagir à tous ces signes avant-coureurs de désordres majeurs. Les migrations des papillons ou des insectes semblent encore certainement dérisoires pour beaucoup d’entre nous, par rapport à des catastrophes écologiques majeures que nous avons déjà eu l’occasion d’évoquer dans ce blog. Et pourtant…

La niche écologique de chaque espèce est définie par des conditions assez strictes de température, de pluviométrie, de durée des saisons, de végétation ou de nourriture. Quand l’un de ces paramètres évolue, l’espèce s’adapte, si elle en a le temps et les capacités physiologiques. Sinon, elle cherche ailleurs une niche écologique identique et disparaît si sa quête reste vaine. Son créneau est alors libre pour une foule d’espèces peu spécialisées, opportunistes. Or, tout, dans la nature, est interdépendant : quand une espèce modifie son aire de répartition, ajuste son cycle de reproduction ou adapte son éventail de proies, toutes les autres en subissent les conséquences. C’est l’effet domino : des petites modifications entraînent parfois des bouleversements considérables à petite échelle, qui finiront par se faire sentir à grande échelle.

Cet « effet domino » dont il est question dans l’Atlas du réchauffement climatique est souvent nommé d’une autre façon : l’effet papillon. Cette expression trouve son origine dans les recherches du météorologue américain, Edward Lorenz, dans les années 60. Nicolas Witkowski nous explique la naissance de cette notion lorsque Lorenz, évoquant le graphique obtenu lors de ses travaux sur le comportement de l’atmosphère – « une sorte de huit en trois dimensions où tout le monde vit à l’évidence un superbe papillon » – donna  à l’une de ses conférences en 1972 le titre suivant : « Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? ». Cette expression eut un succès considérable étant donné la force de la métaphore utilisée, mais elle eut surtout des applications nombreuses en météorologie, climatologie et bien sûr, aujourd’hui, en matière d’environnement, elle trouve tout son sens. Nicolas Witkowski résume avec beaucoup de justesse l’image utilisée par Edward Lorenz :

De la quantité négligeable qu’il était, pur symbole immatériel, le papillon est devenu l’image de l’influence déterminante du moindre de nos gestes sur un environnement en péril.

Les dangers que font courir nos sociétés à la Terre qui nous porte sont multiples. Les changements climatiques sont sans doute parmi les plus imprévisibles et ils concerneront tous les groupes vivants, des papillons aux hommes. Au dix-neuvième siècle, les papillons n’étaient pas encore frappés par les évolutions technologiques. Ils payèrent par contre un lourd tribut à l’entomologie et Alcide d’Orbigny – frère de Charles, cité plus haut – contribua, avec d’autres scientifiques à une gigantesque hécatombe chez les lépidoptères. Il faut donc garder un peu de retenue en contemplant les magnifiques illustrations du Dictionnaire universel d’histoire naturelle. La beauté dissimule parfois beaucoup de laideur…

Alya-Dyn

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2011, une année pour les forêts

Dans la profondeur de la forêt résonnait un appel, et chaque fois qu’il l’entendait, mystérieusement excitant et attirant, il se sentait forcé de tourner le dos au feu et à la terre battue qui l’entourait, et de plonger au cœur de cette forêt toujours plus avant, il ne savait où ni pourquoi ; il ne se posait pas la question mais l’appel résonnait impérieusement dans la profondeur des bois.

Ces mots tirés du célèbre roman de Jack London, L’appel de la forêt, prennent un relief particulier en cette année internationale des forêts 2011. Depuis 1916, date de la disparition du célèbre auteur américain, le décor de son roman, dans le Yukon, est encore une région préservée dans son intégrité. Ce n’est pas hélas le cas de toutes les forêts du monde. Ainsi, dans le livre Aux origines de l’environnement, on peut lire :

Depuis la première installation des Britanniques à Singapour, en 1819, plus de 95% des 540 kilomètres carrés de végétation primitive poussant sur cette île de 618 kilomètres carrés situés à la pointe de la péninsule malaise ont été totalement défrichés. La forêt primaire ne concerne aujourd’hui que 10% des 24 kilomètres carrés de couvert forestier qui subsistent encore.

Cette déforestation massive concerne de nombreuses régions de la Terre, la plus emblématique étant certainement l’Amazonie, immense réservoir naturel de plantes, d’animaux et d’oxygène. Bien au-delà des frontières des états concernés, la dégradation inexorable de ces biotopes a un impact considérable sur le devenir de notre planète. La destruction de la forêt conduit à celle des espèces qui y vivent et s’en nourrissent, engendrant ainsi des extinctions massives. Ce phénomène, ajouté à d’autres graves atteintes à l’environnement et au climat par le biais des activités humaines, constitue un aspect inquiétant du développement de nos sociétés. Il s’agit d’ores et déjà de repenser notre rapport aux évolutions technologiques, à la nature et à tous les êtres vivants qui peuplent la Terre, animaux, végétaux et êtres humains. C’est à ce prix que nous pourrons continuer de vivre en harmonie avec notre environnement. Ces idées commencent à faire leur chemin dans les esprits et l’espoir de solutions globales par le biais d’un développement durable en atteste. Toujours dans le livre Aux origines de l’environnement, on lit :

La déforestation, la concentration des biens et des ressources entre les mains de quelques-uns rejettent les pauvres dans les zones périphériques, sur des terres marginales, avec des droits d’usage précaires : pauvreté, perte de biodiversité, impacts du changement global et développement durable sont en relation étroite.

La grande question que l’on peut se poser, c’est de savoir si tous les projets d’un autre type de société peuvent encore être mis en place et dans quelle mesure ils peuvent inverser la tendance. Sans tomber dans le catastrophisme, on ne peut que constater certaines évolutions négatives irréversibles. À trop solliciter la Terre qui nous porte, on a fini par épuiser certaines de ses capacités à se régénérer. Dans L’atlas du développement durable et responsable, de nombreuses façons nouvelles d’appréhender notre environnement et nos activités sont envisagées. C’est un ouvrage idéal pour prendre conscience des problèmes et des solutions qui s’imposent. En ce qui concerne l’extinction des espèces, le constat est parfois très inquiétant :

En Guadeloupe et à La Réunion, l’arrivée des premiers Européens, au XVIIe siècle, s’est accompagnée de défrichements et d’introductions d’animaux domestiques pour assurer la subsistance des navigateurs de passage et l’installation des premiers colons, mais aussi de rats, souris, chiens et chats qui ont conduit à la disparition de nombreuses espèces locales et menacent aujourd’hui deux espèces de pétrels et le Tuit-tuit, endémiques de La Réunion. […] De nombreuses introductions volontaires ou accidentelles ont multiplié les invasions biologiques. […] en contribuant à la disparition d’un certain nombre d’espèces, l’homme a initié des trajectoires irréversibles : même en l’absence de changement climatique, on ne pourra plus revenir à la nature d’avant.

Il s’agit donc désormais de préserver la biodiversité existante et de poser des bases nouvelles de développement, comme on le voit de plus en plus dans nos villes, nos pays et nos sociétés, mais les obstacles économiques et financiers sont énormes… À quoi bon une prise de conscience individuelle si rien n’est mis en œuvre au niveau des états ? À nous de veiller à ce que les idées soient suivies d’effets.

Pour ne pas finir sur une note pessimiste, je vous invite à vous replonger dans les romans fondateurs de l’écologie, où la nature est le personnage principal. De Jack London à Jean Giono, les grands espaces sont remplis de rêves, d’aventures et de poésie. Si vous souhaitez des histoires plus actuelles et écologiques, rien ne vous empêche d’aborder des textes plus sombres. Vous trouverez, sur le site de la bibliothèque, une sélection de livres pour petits et grands. Si, pour cette année de la forêt, vous vous sentez appelé comme le raconte Jack London, alors cet article n’aura pas été écrit en vain…

Alya-Dyn

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Vous avez dit nuisibles ?

LiseronEn 2010, année internationale de la biodiversité, divers articles de ce blog ont été consacrés à cette question délicate pour les décennies à venir. Ce fut l’occasion de vous présenter les riches illustrations présentes dans notre fonds ancien, mais notre volonté de parler de biodiversité et des attaques permanentes contre notre environnement ne s’arrêtera pas avec l’année 2010… La variété et la qualité de l’iconographie végétale et animale de notre patrimoine écrit nous permettent et nous imposent de continuer à sensibiliser tous nos lecteurs à la préservation des espèces.
Ces bonnes résolutions étant prises pour les années qui viennent, nous pouvons aborder la question dérangeante des nuisibles, malfaisants, indésirables, plantes adventices, mauvaises herbes et autres sobriquets charmants utilisés pour désigner animaux et végétaux inutiles à nos yeux. Le principal reproche à faire à ces espèces nous est donné par une définition du Larousse pour adventice : « Qui croît sur un terrain cultivé sans avoir été semé. (Le chiendent, l’ivraie, la cuscute sont des plantes adventices.) ».  En un mot, ces végétaux sont indésirables dans les cultures. La cuscute, dont il est question ici, appartient à la famille des Convolvulacées, à laquelle appartient également une petite plante très commune : le liseron. Quel jardinier n’a pas pesté contre les lianes envahissantes de cette espèce dite volubile – il est amusant de constater que le même Coquelicotmot désigne à la fois les êtres bavards et les plantes trop expansives – mais un amateur de fleurs connaît également les variétés ornementales du liseron. En regardant la magnifique illustration du Dictionnaire universel d’Histoire naturelle de Charles d’Orbigny – n° 2758 de notre fonds ancien – on ne peut que relativiser l’inutilité reconnue de cette plante. Certes, il est difficile pour un agriculteur d’avoir d’aussi poétiques sentiments face à ces indésirables, quand on doit s’inquiéter des rendements. Cette préoccupation n’est pas nouvelle comme nous le révèle cet extrait de la Flore médicale de Chaumeton, Poiret et Chamberet – n° M2066 de notre fonds ancien – au sujet du coquelicot :

Répandu partout avec profusion, il n’est point de bouquets champêtres dont le coquelicot ne fasse l’ornement ; il s’allie dans notre esprit à la richesse des moissons, à la beauté des prairies ; poursuivi par l’agriculteur comme plante inutile, et même nuisible aux céréales, il se sauve dans nos jardins, où, quittant les simples ornements de la nature champêtre, il étale un luxe imposant en doublant ses belles fleurs.

Pour lutter contre ces plantes invasives, on a mis au point une panoplie chimique et génétique dont on voit aujourd’hui chaque jour davantage les méfaits. Les techniques anciennes de rotation des cultures permettaient aux agriculteurs des siècles passés d’augmenter le rendement de leurs terres. De Colibri madèrenos jours, la gravité des problèmes environnementaux oblige à repenser nos façons de cultiver, mais ce qui importe le plus c’est d’envisager notre rapport à la nature d’une façon neuve et respectueuse, condition indispensable à notre survie. Les herbicides, pesticides et autres substances toxiques sont très efficaces contre les nuisibles, mais les effets mortifères de ces produits s’exercent bien au-delà des seules espèces à détruire. Insectes et oiseaux en paient le prix fort… Mais nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet ultérieurement.
Dans d’autres contrées plus exotiques, les risques que l’homme fait courir à l’environnement sont d’une autre nature. La déforestation massive de certaines régions du globe a déjà provoqué la disparition ou la raréfaction de nombreuses espèces. Privés de leur habitat naturel ou de leur nourriture, les animaux sont menacés. Parfois ils ne le sont pas encore comme le colibri madère qui, d’après la liste rouge de l’IUCN (International Union for Conservation of Nature), ne fait pas partie des espèces en danger, mais lorsque l’on sait que cet oiseau mouche vit uniquement dans les Antilles, on peut comprendre aisément à quel point la moindre modification de sa niche écologique peut Maki rougerapidement le faire disparaître. Beaucoup plus critique est la situation des lémuriens de Madagascar dont l’un d’entre eux le maki rouge est délicatement représenté dans le Dictionnaire universel d’Histoire naturelle de Charles d’Orbigny. Ce Varecia Rubra est reconnu comme une espèce en danger par suite de la déforestation.
De ces plantes qui croissent sans autorisation dans les champs cultivés, de ces oiseaux mouches cantonnés à une petite région du globe, de ces lémuriens de Madagascar, vestiges pathétiques de l’évolution ou de l’homme en recherche permanente de progrès, qui est nuisible ? Il est temps de réfléchir…

Alya-Dyn

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Biodiversité à l’ancienne

Le terme de biodiversité est un mot récent de notre vocabulaire – vers 1985, d’après Le grand Robert de la langue française* – qui désigne la « Diversité des espèces (micro-organismes, espèces végétales et animales) présentes dans un milieu ». Mais si le mot est apparu au 20e siècle, la notion est très ancienne. Dans l’Antiquité, la description des espèces dans un milieu était déjà une des préoccupations de Pline l’ancien dans son Histoire naturelle*. Recenser la totalité des espèces vivantes était également l’objectif d’un autre grand naturaliste du 16e siècle : Conrad Ges(s)ner. Son Histoire des animauxn° 1916 de notre fonds ancien – est une œuvre remarquable répertoriant dans trois volumes les animaux terrestres, aquatiques et aériens. La répartition de ces espèces dans trois milieux différents est déjà une reconnaissance de ce que nous appelons aujourd’hui la biodiversité.

À la Renaissance Conrad Ges(s)ner est un savant de renom au savoir encyclopédique dans des domaines très variés : médecine, sciences naturelles, philologie, langues anciennes. Il étudie dans de nombreuses villes d’Europe : Zurich, sa ville natale, Bourges, Paris, Strasbourg, Lausanne où il enseigne les lettres grecques à l’académie, Montpellier dont  l’université de médecine est la plus ancienne d’Europe. Dans La science moderne de 1450 à 1800*, Jacques Roger nous livre quelques éléments pour comprendre la Renaissance et ses érudits :

Les universités européennes sont jeunes encore, pour la plupart ; beaucoup n’ont pas cent ans d’existence à l’aube du XVIe siècle [...]. C’est de la tradition médiévale que les étudiants du XVIe siècle tiennent l’habitude de parcourir l’Europe pour aller écouter les maîtres célèbres : Gesner à Montpellier, Paracelse à Ferrare, Vésale à Paris, Copernic à Bologne, et combien d’autres [...]

Ainsi Conrad Ges(s)ner est un érudit reconnu, comme nous le confirme également l’article rédigé au 19e siècle par L. Hahn dans La grande encyclopédie*  (ouvrage encore cité dans les références bibliographiques) :

[...] son Histoire des animaux, dont il commença la publication en 1551, qu’il continua jusqu’à sa mort, pour laquelle il exécuta lui-même la plupart des planches, peut être considérée, selon l’expression de Cuvier, comme la première base de toute la zoologie moderne.

C’est pourtant dans cette célèbre Histoire des animaux que l’on trouve les étonnantes illustrations qui jalonnent cet article. Si ces représentations d’animaux improbables nous font sourire aujourd’hui, nous ne devons pas imaginer que ces scientifiques lointains étaient incompétents. Loin de là, comme nous l’expliquent Paul Delaunay et Jean Théodoridès dans La science moderne de 1450 à 1800* :

Dans le domaine de la zoologie, la Renaissance recueille l’héritage des croyances, observations et pratiques accumulées au cours des âges par l’expérience des nécessités vitales. [...] Il ne faut rien de moins que la verve gouailleuse de Rabelais pour reléguer au « Pays de Satin » les unicornes, harpyes, oiseaux Séleucides et Stymphalides et satyres, mais en y mêlant malencontreusement quelques êtres plus réels.

Ce bestiaire fantastique tel qu’il perdure dans l’Histoire des animaux de Conrad Ges(s)ner éveille encore de nos jours des émotions très variées : peur, déplaisir, étonnement, incrédulité, sourire… La licorne, le basilic, et toutes sortes de monstres marins ou aériens ont rejoint la mythologie complexe de nos sociétés. La science a éclairé nos esprits sur l’absurdité de telles créatures et pourtant ces images, peut-être continuons-nous à les associer à d’autres peurs plus réelles.

Alya-Dyn

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