Archives de la catégorie Lumière sur…

Blockbusters et philosophie peuvent-ils faire bon ménage ?

"Man of Steel" de Zack Snyder (2013)

C’est à cette question que répond l’ouvrage Blockbuster. Philosophie et cinéma (Les Prairies ordinaires, collection essais, 2013) sous la direction de la philosophe Laura Odello.

En nous rappelant l’origine du mot (une bombe utilisée pendant la seconde guerre mondiale) Laura Odello et plusieurs contributeurs nous aident à comprendre pourquoi la débauche de moyens pyrotechniques ponctuant bon nombre de séquences dans ces films, aident à penser. Car derrière un nombre incalculable de scènes à couper le souffle, plusieurs idées entrent en jeu, parfois en conflit. Et au cœur même de la machinerie hollywoodienne, c’est de la matière à penser et à ordonner qui revitalise le mode d’appréciation des films, auprès de tous les publics.

Ainsi le phénomène Matrix (une trilogie de films de S.-F., réalisée par Lana et Andy Wachowski) suscita l’enthousiasme de plusieurs philosophes et s’accompagna d’une pléthore d’ouvrages théoriques tentant de décortiquer ce corpus de films à l’aide des outils analytiques du moment. De même la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan suscita une flopée de commentaires sur la pertinence (ou non) de faire de tels films face à la violence du monde réel. Où s’arrête la réalité, où commence la fiction, et avec elle ses multiples avatars virtuels ?

Tout cela est abordé dans cet ouvrage agréable à lire, qu’on pourra compléter avec profit en consultant Hollywood, cinéma et idéologie (Sulliver, collection Le Cinéma, 2008) de Régis Dubois, qui analyse, à travers aussi des exemples concrets, « les complicités du vieux couple cinéma-idéologie », cheval de bataille de l’auteur, professeur de cinéma à Marseille, dont les ouvrages sont bien accueillis par la critique, et très agréables à lire également.

Et puis ensuite on revoit les films analysés, parbleu !

Marcellien

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Relisez vos classiques : Double assassinat dans la rue Morgue, d’Edgar Allan Poe (1841)

Illustration de Double Assassinat dans la rue Morgue par Byam Shaw

Voici une nouvelle très courte mais qui a son importance dans l’histoire du roman policier puisqu’elle annonce le personnage de Sherlock Holmes, créé par Conan Doyle en 1887.

Deux femmes sauvagement assassinées ont été retrouvées dans un immeuble de la rue Morgue. L’enquête piétine. Le chevalier Dupin découvre le coupable grâce à son sens aigu de l’observation et de la réflexion. Car, pour lui, nul problème ne peut résister à une analyse bien menée.

Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autres choses, c’est qu’elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives. De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, […] de même l’analyste prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel.

Une nouvelle percutante, qui donne envie de se replonger dans les Sherlock Holmes et dans Le Mystère de la chambre jaune.

Madame Bovary

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Le livre d’artiste, qu’es aquò ?

Ni biographie d’artiste, ni livre d’art, le livre d’artiste est une œuvre d’art à part entière. Il s’agit d’une création mi-artistique, mi-littéraire qui aboutit à un objet d’art. Ses formes sont multiples et en constante évolution.

Descendant des « livres illustrés » du 18e siècle, c’est surtout au cours du 19e siècle, sous l’appellation « livres de peintres » que les livres d’artistes se développent. En effet de grands artistes tels Picasso ou Dali illustrent des textes de grands auteurs comme Edouard Manet pour Le corbeau sur un texte d’Edgar Allan Poe traduit par Stéphane Mallarmé chez R. Lesclide en 1875. On parle également de livres de dialogues. Néanmoins rapidement encouragés par des éditeurs d’art et des galeristes, certains artistes réalisent seuls un livre d’artiste, tel Matisse qui crée Jazz chez Tériade en 1947, sur les thématiques du cirque et de la musique.

Une autre étape fondamentale du livre d’artiste se situe à partir de 1960 avec le courant américain et les « artists’ books » ou « concept–books ». Notamment illustré par la parution de Twentysix gazoline stations d’Edward Ruscha en 1962, qui par la succession de photos de stations-services, sans texte, marque la volonté de simplification et de modernité hors les institutions. Marquant le décalage avec les traditions bibliophiles classiques, ces œuvres plus décalées, plus éphémères et surtout moins onéreuses veulent déterminer la bibliophilie contemporaine. Elles participent aux mouvements avant-gardistes tels Fluxus ou l’Art minimal qui permettent une démocratisation de l’art. Dans ce courant apparaît le livre-objet : œuvre à trois dimensions qui valorise l’aspect matériel de l’objet-livre.

En évolution constante, la création intègre aujourd’hui des livres d’artistes numériques, des livres sculptés qui accentuent leur classement hors-norme.

Grâce à une politique d’acquisition régulière et attentive, la bibliophilie contemporaine se développe à la bibliothèque-musicothèque du Grand Auch. Nous comptons actuellement 246 livres d’artistes. Cette collection comprend des ouvrages des 20e et 21e siècles. Rares et précieux ils sont autant de livres de peintres, de gravures que de livres-objets. Ceux-ci présentent notamment des textes de Léopold Sédar Senghor, Umberto Eco, Marcel Aymé, Federico Garcia Lorca, Oscar Wilde, Michel Butor… Ils sont illustrés par des œuvres originales aussi prestigieuses que celles de Fernando Arrabal, Pierre Alechinsky, Pierre Tal-Coat, Philippe Garouste…

Tous les champs thématiques sont représentés dans cette collection, ainsi que divers courants artistiques. Leur intégration au catalogue de la bibliothèque, la mise en ligne prochaine de ce même catalogue, la participation de ce fonds de livre d’artiste à maintes expositions, salons et ateliers pédagogiques sont autant d’affichages dynamiques envers tous publics.

Pour mieux les découvrir, rendez-vous à la bibliothèque le vendredi 26 septembre à 18h et le dimanche 28 septembre puisque nous participerons au salon du livre d’artiste à la Maison de Gascogne à Auch. Dans le cadre du mois du patrimoine écrit, des livres d’artistes seront exposés en continu à la bibliothèque du 16 septembre au 16 octobre. Vous trouverez les détails sur le portail de la bibliothèque.

À bientôt.

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Une histoire inédite de l’art hollywoodien

Photogramme du film "Lincoln" de Steven Spielberg (2012)

Pierre Berthomieu, Hollywood : Le temps des mutants, éditions Rouge Profond, 2013

Dans Hollywood : Le temps des mutants le cinéphile Pierre Berthomieu (maître de conférences en études cinématographiques à Paris 7) dresse le panorama complet de l’art de faire des films à Hollywood ; dans la longue tradition qui débute au tournant des 19e et 20e siècles sur un bout de terre (le fameux Bois de Houx) du littoral pacifique, à l’extrémité sud-ouest des Etats-Unis d’Amérique.

Depuis plus d’un siècle la ville des prodiges imagés propose aux spectateurs du monde entier une production riche et variée, en même temps qu’elle s’interroge sur les formes mêmes de son art filmique. En parachevant la mise en forme des images des pères fondateurs du cinématographe (muet, en noir et blanc, et parfois elliptique dans le traitement des séquences) Hollywood, à la fois temple de l’art et de l’industrie capitaliste, ne cesse de questionner la manière de réinventer une histoire.

Après la crise structurelle qui a mis à bas la politique autoritaire des studios et des grandes compagnies de production à partir de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80, la cité du cinéma (cette moderne Babylone selon les frères Taviani) n’a pourtant jamais cessé de prospérer et de ré-acclimater toutes les tendances (même minoritaires) des cultures de masse occidentales et orientales. S’il faut toujours un solide scénario et une typologie de personnages fiable, inaliénable, avant d’entreprendre la mise en chantier d’un film à Hollywood, les courants modernistes des différentes disciplines artistiques associées à la création cinématographique influencent profondément l’esthétique de chaque film sortant de l’usine à rêves.

C’est ce phénomène que décrypte le magnifique ouvrage de Pierre Berthomieu, riche de plus de 3000 illustrations et de propos d’artistes à ce jour inédits en France.

Une lecture à la fois ludique et savante pour bien terminer l’été et préparer une nouvelle saison prometteuse dans nos salles obscures préférées.

Marcellien

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Relisez vos classiques : L’Argent, d’Emile Zola (1891)

Ici, c’est la Bourse qui occupe une place centrale dans le roman, telle une insatiable ogresse, de même que la mine dans Germinal, ou bien les Halles dans Le Ventre de Paris.

Un instant, il resta frémissant, au bord du trottoir. C’était l’heure active où la vie de Paris semble affluer sur cette place centrale, entre la rue Montmartre et la rue Richelieu, les deux artères engorgées qui charrient la foule. Des quatre carrefours, ouverts aux quatre angles de la place, des flots ininterrompus de voitures coulaient, sillonnant le pavé, au milieu des remous d’une cohue de piétons. [...] Envahis, les marches et le péristyle étaient noirs d’un fourmillement de redingotes ; et, de la coulisse, installée déjà sous l »horloge et fonctionnant, montait la clameur de l’offre et de la demande, ce bruit de marée de l’agio, victorieux du grondement de la ville. Des passants tournaient la tête, dans le désir et la crainte de ce qui se faisait là, ce mystère des opérations financières où peu de cervelles françaises pénètrent, ces ruines, ces fortunes brusques, qu’on ne s’expliquait pas, parmi cette gesticulation et ces cris barbares. Et lui, au bord du ruisseau, assourdi par les voix lointaines, coudoyé par la bousculade des gens pressés, il rêvait une fois de plus la royauté de l’or, dans ce quartier de toutes les fièvres, où la Bourse, d’une heure à trois, bat comme un cœur énorme, au milieu.

Ah l’argent ! Ceux qui n’en ont pas rêvent d’en avoir, et ceux qui en ont en veulent toujours plus. Tous se laissent attirer par le jeu en bourse, qui fait et défait les fortunes. Aristide Saccard (voir La Curée), lui, est ruiné, après avoir atteint les sommets de la richesse. Mais il ne s’avoue jamais vaincu, et son rêve le plus cher est de dominer le monde à force d’argent. Il crée donc une banque, et, au prix d’opérations boursières aussi compliquées qu’illégales, règne à nouveau sur Paris. Autour de lui gravite le petit peuple des épargnants laborieux qui, à vouloir gagner gros, risquent de tout perdre.

Pour le novice en bourse, certains passages du roman peuvent être un peu obscurs. Mais cela ne gêne pas la compréhension de l’intrigue, et la verve de Zola reste intacte.

Madame Bovary

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Simenon de A à Z : Le témoignage de l’enfant de chœur (1947)

Très tôt le matin, Justin se rend à l’église de sa paroisse où il est enfant de chœur. Ce jeune garçon, le commissaire Maigret veille sur lui à cause d’un cadavre apparu et disparu tout aussi mystérieusement sur le trottoir. Alertée, la police a fait les vérifications d’usage en pareil cas, pour finalement ne rien trouver, ni mort, ni même une simple tache de sang. Alors bien sûr, personne ne croit Justin – il a forcément inventé ! – personne, sauf Maigret évidemment. Il faut dire que le commissaire retrouve, avec cette histoire, des souvenirs de son enfance, quand il était lui-même enfant de chœur…

Et Maigret remarquait de minuscules détails qui lui rappelaient son enfance. D’abord que le gosse ne marchait pas le long des maisons, sans doute parce qu’il avait peur de voir soudain surgir quelqu’un de l’ombre d’un seuil. Puis que, pour traverser la place, il évitait de même les arbres, derrière le tronc desquels un homme aurait pu se cacher.

C’est parce qu’il a gardé en mémoire ses comportements d’enfant que le commissaire est proche de Justin et peut ainsi s’opposer à ceux qui parlent d’affabulation.

Qu’est-ce que le juge au sourire grinçant avait donc dit à ce propos ?
- Vous en êtes encore à vous fier au témoignage des enfants ?…
En tout cas, quelque chose d’approchant. Or c’était le juge qui avait tort. Les enfants sont incapables d’inventer, parce qu’on ne bâtit pas des vérités avec rien du tout. Il faut des matériaux. Les enfants transposent peut-être, mais ils n’inventent pas.

En se rapprochant de la psychologie de Justin, Maigret résoudra l’énigme de ce cadavre voyageur. Derrière le témoignage de l’enfant de chœur, c’est celui de Simenon sur sa propre vie…

Alya-Dyn

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