Archives de la catégorie Lumière sur…

Une histoire inédite de l’art hollywoodien

Photogramme du film "Lincoln" de Steven Spielberg (2012)

Pierre Berthomieu, Hollywood : Le temps des mutants, éditions Rouge Profond, 2013

Dans Hollywood : Le temps des mutants le cinéphile Pierre Berthomieu (maître de conférences en études cinématographiques à Paris 7) dresse le panorama complet de l’art de faire des films à Hollywood ; dans la longue tradition qui débute au tournant des 19e et 20e siècles sur un bout de terre (le fameux Bois de Houx) du littoral pacifique, à l’extrémité sud-ouest des Etats-Unis d’Amérique.

Depuis plus d’un siècle la ville des prodiges imagés propose aux spectateurs du monde entier une production riche et variée, en même temps qu’elle s’interroge sur les formes mêmes de son art filmique. En parachevant la mise en forme des images des pères fondateurs du cinématographe (muet, en noir et blanc, et parfois elliptique dans le traitement des séquences) Hollywood, à la fois temple de l’art et de l’industrie capitaliste, ne cesse de questionner la manière de réinventer une histoire.

Après la crise structurelle qui a mis à bas la politique autoritaire des studios et des grandes compagnies de production à partir de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80, la cité du cinéma (cette moderne Babylone selon les frères Taviani) n’a pourtant jamais cessé de prospérer et de ré-acclimater toutes les tendances (même minoritaires) des cultures de masse occidentales et orientales. S’il faut toujours un solide scénario et une typologie de personnages fiable, inaliénable, avant d’entreprendre la mise en chantier d’un film à Hollywood, les courants modernistes des différentes disciplines artistiques associées à la création cinématographique influencent profondément l’esthétique de chaque film sortant de l’usine à rêves.

C’est ce phénomène que décrypte le magnifique ouvrage de Pierre Berthomieu, riche de plus de 3000 illustrations et de propos d’artistes à ce jour inédits en France.

Une lecture à la fois ludique et savante pour bien terminer l’été et préparer une nouvelle saison prometteuse dans nos salles obscures préférées.

Marcellien

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Relisez vos classiques : L’Argent, d’Emile Zola (1891)

Ici, c’est la Bourse qui occupe une place centrale dans le roman, telle une insatiable ogresse, de même que la mine dans Germinal, ou bien les Halles dans Le Ventre de Paris.

Un instant, il resta frémissant, au bord du trottoir. C’était l’heure active où la vie de Paris semble affluer sur cette place centrale, entre la rue Montmartre et la rue Richelieu, les deux artères engorgées qui charrient la foule. Des quatre carrefours, ouverts aux quatre angles de la place, des flots ininterrompus de voitures coulaient, sillonnant le pavé, au milieu des remous d’une cohue de piétons. [...] Envahis, les marches et le péristyle étaient noirs d’un fourmillement de redingotes ; et, de la coulisse, installée déjà sous l »horloge et fonctionnant, montait la clameur de l’offre et de la demande, ce bruit de marée de l’agio, victorieux du grondement de la ville. Des passants tournaient la tête, dans le désir et la crainte de ce qui se faisait là, ce mystère des opérations financières où peu de cervelles françaises pénètrent, ces ruines, ces fortunes brusques, qu’on ne s’expliquait pas, parmi cette gesticulation et ces cris barbares. Et lui, au bord du ruisseau, assourdi par les voix lointaines, coudoyé par la bousculade des gens pressés, il rêvait une fois de plus la royauté de l’or, dans ce quartier de toutes les fièvres, où la Bourse, d’une heure à trois, bat comme un cœur énorme, au milieu.

Ah l’argent ! Ceux qui n’en ont pas rêvent d’en avoir, et ceux qui en ont en veulent toujours plus. Tous se laissent attirer par le jeu en bourse, qui fait et défait les fortunes. Aristide Saccard (voir La Curée), lui, est ruiné, après avoir atteint les sommets de la richesse. Mais il ne s’avoue jamais vaincu, et son rêve le plus cher est de dominer le monde à force d’argent. Il crée donc une banque, et, au prix d’opérations boursières aussi compliquées qu’illégales, règne à nouveau sur Paris. Autour de lui gravite le petit peuple des épargnants laborieux qui, à vouloir gagner gros, risquent de tout perdre.

Pour le novice en bourse, certains passages du roman peuvent être un peu obscurs. Mais cela ne gêne pas la compréhension de l’intrigue, et la verve de Zola reste intacte.

Madame Bovary

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Simenon de A à Z : Le témoignage de l’enfant de chœur (1947)

Très tôt le matin, Justin se rend à l’église de sa paroisse où il est enfant de chœur. Ce jeune garçon, le commissaire Maigret veille sur lui à cause d’un cadavre apparu et disparu tout aussi mystérieusement sur le trottoir. Alertée, la police a fait les vérifications d’usage en pareil cas, pour finalement ne rien trouver, ni mort, ni même une simple tache de sang. Alors bien sûr, personne ne croit Justin – il a forcément inventé ! – personne, sauf Maigret évidemment. Il faut dire que le commissaire retrouve, avec cette histoire, des souvenirs de son enfance, quand il était lui-même enfant de chœur…

Et Maigret remarquait de minuscules détails qui lui rappelaient son enfance. D’abord que le gosse ne marchait pas le long des maisons, sans doute parce qu’il avait peur de voir soudain surgir quelqu’un de l’ombre d’un seuil. Puis que, pour traverser la place, il évitait de même les arbres, derrière le tronc desquels un homme aurait pu se cacher.

C’est parce qu’il a gardé en mémoire ses comportements d’enfant que le commissaire est proche de Justin et peut ainsi s’opposer à ceux qui parlent d’affabulation.

Qu’est-ce que le juge au sourire grinçant avait donc dit à ce propos ?
- Vous en êtes encore à vous fier au témoignage des enfants ?…
En tout cas, quelque chose d’approchant. Or c’était le juge qui avait tort. Les enfants sont incapables d’inventer, parce qu’on ne bâtit pas des vérités avec rien du tout. Il faut des matériaux. Les enfants transposent peut-être, mais ils n’inventent pas.

En se rapprochant de la psychologie de Justin, Maigret résoudra l’énigme de ce cadavre voyageur. Derrière le témoignage de l’enfant de chœur, c’est celui de Simenon sur sa propre vie…

Alya-Dyn

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Un beau roman américain

Ron Rash, Une terre d’ombre, Le Seuil, 2014.

Vaste territoire dont l’histoire commence à charrier de nombreux éléments prompts à bâtir l’idée de vieille civilisation, le continent nord-américain n’est pas en reste quand il s’agit de littérature de haut vol. Et ce qui est d’autant surprenant, c’est la gourmandise avec laquelle chaque romancière (Louise Erdrich, Siri Hustvedt, Joyce Carol Oates par exemple) et chaque romancier (Auster, Irving, Easton Ellis, Franzen, Roth…) s’approprie avantageusement le principe inaliénable de l’art romanesque, perdu de vue en France depuis bien longtemps.

C’est à une odyssée sentimentale que nous invite l’écrivain américain Ron Rash dans son sublime troisième roman traduit en France, au beau titre évocateur : Une terre d’ombre. On y fait la connaissance au temps de la première guerre mondiale d’un frère et d’une sœur, Laurel et Hank Shelton, tous deux célibataires, vivant au fond d’un vallon encaissé, que nulle lumière ne pénètre jamais. On dit l’endroit hanté, maudit : Hank est rescapé et mutilé de guerre (il a perdu une main dans les tranchées françaises lors de rudes combats) et sa sœur, une jolie femme pourtant, n’a aucun prétendant dans la vallée à cause d’une tâche de naissance qui oblitère sa beauté, ce qui lui vaut le sobriquet de sorcière de la part des imbéciles habitant le bourg d’à côté. Le seul ami de Laurel et d’Hank est un vieux voisin aussi solide que les robustes arbres qui parsèment les contreforts du vallon obscur.

Sur cette trame, évidente comme les prémisses d’une tragédie annoncée, Ron Rash bâtit un livre époustouflant, qui se lit d’une traite, et dont les personnages solidement campés continuent à faire leur bonhomme de chemin dans notre esprit et dans notre mémoire pendant longtemps, très longtemps.

Une lecture d’été idéale, chaudement recommandée.

Marcellien

(À suivre : Sur les pas de Joseph Boyden)

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Relisez vos classiques : L’Appel de la forêt, de Jack London (1903)

Vers la fin du XIX° siècle, alors que des prospecteurs ont trouvé de l’or dans le Grand Nord canadien, les chiens robustes deviennent très recherchés. Buck est de ceux-là. Arraché à la vie tranquille qui était la sienne chez le juge Miller, il est vendu par le jardinier comme chien de traîneau. Très vite, il va devoir apprendre à résister à un monde hostile, où les faibles n’ont pas de place. Sa survie dépend de sa capacité à s’imposer aux autres chiens de la meute, à supporter les mauvais traitements, et à comprendre rapidement ce qu’on lui demande. Buck, ou comment l’instinct sauvage reprend le dessus si les circonstances l’exigent.

L’Appel de la forêt est le roman qui apporta le succès à Jack London. Il l’écrivit à son retour du Klondide, après avoir été rapatrié pour cause de scorbut. Cette œuvre est souvent considérée comme un roman pour la jeunesse. Pourtant, certaines scènes sont très violentes, et même si le héros est un animal, l’intrigue est suffisamment dense pour qu’un lecteur adulte y trouve satisfaction.

Madame Bovary

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« Ob-la-di, ob-la-da » : à l’heure de la British Invasion

Blur, Parklife, EMI, 1994.

Retour en 1994 : l’année musicale incandescente.

Cette année-là c’est au tour du groupe anglais Blur de laisser sa marque sur le tout-venant discographique de cette époque. Avec d’autres groupes de power-pop anglais ou britanniques (Oasis, Pulp, Placebo, Supergrass, Stereophonics, Cast…) les quatre musiciens de ce combo vont être particulièrement aimés des étudiants arty et des rejetons de la classe intermédiaire ; un peu à la manière des Rolling Stones en 1964 finalement, deux ans après les quatre gars de Liverpool qui, eux, touchaient essentiellement les couches populaires d’une société anglaise figée dans les conventions.

En 1994 pourtant, les temps ont changé, et Blur n’est déjà plus un perdreau de l’année : en à peine deux albums (Leisure en 1991, puis Modern Life Is Rubbish en 1993) les quatre garçons redéfinirent la musicalité pop de leur époque et se sont fait une place de choix sous le soleil des turpitudes modern rock. Mais vient Parklife, sorti donc l’an 94, annus mirabilis de la pop music internationale.

Avec ce disque le groupe tutoie les cieux et prend enfin toute son ampleur.

Toutes voiles dehors, cap sur les brisants sur lesquels s’échouent les carrières trop vite négociées, Blur propose une galette en 16 plages magnétiques, ensorcelantes, ensoleillées malgré la persistance de cette brume anglaise tenace qui ne nous lâche plus depuis Rubber Soul en décembre 65.

Dès le 1er morceau du disque Girls & Boys (qui fit danser en son temps tous les night-clubbers de la planète) Damon Albarn (chant et composition), Dave Rowntree (batterie, percussions), Alex James (guitare basse) et Graham Coxon (guitares acoustiques et électriques, parfois co-auteur des morceaux) donnent le ton et évoluent vers des sommets de composition orchestrale rarement atteints depuis. Le disque regorge de chansons fraîches, à l’anglaise, opéras miniatures, symphonies en catimini, à écouter de préférence au cœur de la nuit, au printemps, en pensant à toutes les promesses qu’on peut encore tenir… (Badhead, 6ème plage ; Clover Over Dover, 12ème plage)

Parklife est un disque qui continue de briller vingt ans après d’un éclat particulier, et mérite incontestablement une place de choix dans n’importe quelle collection de disques digne de ce nom.

Marcellien

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