Relisez vos classiques : La dame pâle, d’Alexandre Dumas (1849)

En 1825, la guerre fait rage entre la Russie et la Pologne. À la demande de son père, la belle Hedwige part se réfugier au monastère de Sahastru, dans les monts Carpathes. En chemin, elle est attaquée, ainsi que ses guides, par une bande de brigands. Conduite au château des Brancovan, elle est l’objet d’une lutte acharnée entre deux frères qui se disputent son amour. Mais, vous le savez, qui dit Carpathes dit bien souvent vampire, et l’un des deux frères revient chaque nuit mordre la belle, qui devient de plus en plus pâle et faible.

Rien de bien original dans cette nouvelle, mais Dumas a une belle plume et excelle à créer des atmosphères.

En ce moment, un rayon de lune glissa par la fenêtre à travers les rideaux, et, venant se jouer sur le canapé où elle était couchée, l’enveloppa d’une lumière bleuâtre qui semblait faire d’elle une statue de marbre noir couchée sur un tombeau.

Pas une voix n’accueillit la proposition, mais le silence profond qui régna dans le salon annonça que chacun attendait avec anxiété.

Une lecture agréable donc, que je vous conseille.

Madame Bovary

Vous souhaitez réserver ce document ?

Pas de commentaire

Relisez vos classiques : La Rabouilleuse, Honoré de Balzac

Rabouiller, c’est agiter l’eau d’un ruisseau pour faire remonter les écrevisses vers la surface et les capturer. La Rabouilleuse est recueillie très jeune par le docteur Rouget, ému par sa beauté enfantine.

Un jour, en revenant de sa tournée, ce malicieux et vicieux vieillard aperçut une petite fille ravissante au bord des prairies dans l’avenue de Tivoli. [...] Semblable à une naïade, la petite montra soudain au docteur une des plus belles têtes de vierge que jamais un peintre ait pu rêver. Le vieux Rouget, qui connaissait tout le pays, ne connaissait pas ce miracle de beauté. La fille, quasi nue, portait une méchante jupe courte trouée et déchiquetée, en mauvaise étoffe de laine alternativement rayée de bistre et de blanc. Une feuille de gros papier attachée par un brin d’osier lui servait de coiffure. Dessous ce papier plein de bâtons et d’O, qui justifiait bien son nom de papier-écolier, était tordue et rattachée, par un peigne à peigner la queue des chevaux, la plus belle chevelure blonde qu’ait pu souhaiter une fille d’Eve. Sa jolie poitrine hâlée [...] montrait des places blanches au-dessous du hâle. La jupe [...] faisait assez l’effet d’un caleçon de nageur. Les pieds, les jambes, que l’eau claire permettait d’apercevoir, se recommandaient par une délicatesse digne de la statuaire au Moyen Age. Ce charmant corps exposé au soleil avait un ton rougeâtre qui ne manquait pas de grâce. [...] Enfin cette nymphe avait des yeux bleus garnis de cils dont le regard eût fait tomber à genoux un peintre et un poète. Le médecin, assez anatomiste pour reconnaître une taille délicieuse, comprit tout ce que les arts perdraient si ce charmant modèle se détruisait au travail des champs.

Cette enfant si angélique devient au fil du roman un personnage avide et calculateur. Balzac entraîne son lecteur dans une sombre histoire de captation d’héritage et d’amour maternel bien mal récompensé. Passionnant, malgré la noirceur du thème.

Madame Bovary

Vous souhaitez réserver ce document ?

 

,

Pas de commentaire

Dans les pas de Sebald : à la découverte de la littérature autrichienne

L'écrivain Arthur Schnitzler

W. G. Sebald, La Description du malheur. À propos de la littérature autrichienne, Actes Sud, 2014.

L’écrivain allemand Winfried Georg Maximilian Sebald nous invite à découvrir la littérature autrichienne dans La Description du malheur. Regroupant plusieurs textes, réunis en 1985, sur des auteurs majeurs autrichiens, le livre est une manière cordiale de déambuler dans la forêt touffue et mystérieuse de cette littérature prodigieuse en langue allemande.

Délivrant des analyses audacieuses sur des écrivains mal connus en France, comme par exemple Adalbert Stifter (1805-1868) dont vous pouvez emprunter le superbe recueil de nouvelles Cristal de roche (Editions Jacqueline Chambon, 1988) à la bibliothèque, ou encore le poète Ernst Herbeck (1920-1991), Sebald, lui-même extraordinaire écrivain, malheureusement disparu le 14 décembre 2001, tisse son panorama de la littérature autrichienne qu’il aime avec un sens exemplaire du détail ; si bien qu’une fois un chapitre consacré à un auteur terminé, nous n’avons qu’une envie, irrépressible, c’est celle de se jeter sur le livre analysé, afin de mieux comprendre et d’investir à son tour les ressorts mis en œuvre par l’auteur pour donner une figuration tangible à un monde parfois idéalisé, parfois rejeté avec force (ex. Sifter, Bernhard).

L’analyse, par exemple, de La Nouvelle rêvée d’Arthur Schnitzler (1861-1931), librement adaptée pour le cinéma en 1999 par Stanley Kubrick et Frédéric Raphaël, est un modèle d’analyse littéraire et philosophique revigorante, et clairement compréhensible par tout un chacun.

En découvrant l’œuvre d’auteurs aussi différents que Kafka, Schnitzler, Hoffmannstahl, Thomas Bernhard, … Sebald nous sensibilise à la liberté de ton de ces écrivains autrichiens parfois injustement oubliés. Une sensibilité qui a permis l’éclosion d’une littérature vivante, puissante, orgueilleuse, parmi les meilleures de son temps.

La Description du malheur est un livre essentiel pour comprendre d’où vient notre modernité littéraire, à la jonction du dix-neuvième et du vingtième siècle.

Marcellien

Vous souhaitez réserver ces documents ?

, , ,

Pas de commentaire

Steampunk : Etienne Barillier, l’interview !

The B.T.C : Bonjour, pour ceux qui ne vous connaissent pas encore pourriez-vous vous présenter ?

Étienne Barillier : Bonjour, je suis Étienne Barillier, enseignant à Limoges. J’ai écrit à ce jour plusieurs essais, principalement sur les romans populaires, qu’ils soient du début du siècle (Fantômas), de science-fiction (Philip K. Dick) ou d’une esthétique émergente (le steampunk) ! Je m’occupe d’un site d’actualité consacré à Philip K. Dick, www.dickien.fr et co-anime avec Laurent Queyssi un podcast, Le Palais des déviants, où nous nous amusons à parler de tout et de n’importe quoi.

The B.T.C :  Comment avez-vous rencontré le steampunk et qu’est-ce qui vous plaît dans cette esthétique ?

ÉB : Comme tout le monde, ma foi, j’ai toujours connu le steampunk… sans savoir que son nom était steampunk ! Jeune j’adorais déjà Les Brigades du tigre, Le Mystérieux Dr. Cornélius ou Les Mystères de l’ouest. J’ai toujours lu énormément de science-fiction. Il me manquait juste le point de jonction entre les deux. Ma découverte du steampunk a eu lieu avec la lecture des Voies d’Anubis de Tim Powers. Je suis tombé définitivement amoureux du genre quand Johan Heliot a publié son premier roman, La Lune seule le sait. Ma génération a découvert le steampunk par le biais de la littérature. Aujourd’hui on le découvre aussi par l’image et son esthétique très forte.

The B.T.C :  Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la French Steampunk ?

ÉB : Il s’agit d’une bande de joyeux vaporistes — c’est ainsi que se nomment joliment les amateurs de steampunk francophones — qui anime un site communautaire visant à réunir les compétences et les envies autour de projets aussi divers que des rencontres, des manifestations artistiques, etc. J’ai collaboré à la rédaction du site, mais mes activités m’en éloignent depuis quelque temps.

The B.T.C :  Pouvez-vous nous parler des ouvrages que vous avez écrits sur le sujet ?

ÉB : En 2010, Steampunk ! (éditions Les Moutons électriques) a été le premier essai proposant une histoire du genre et de son esthétique. Puis en 2012, j’ai écrit avec Arthur Morgan un Guide Steampunk (éditions actuSF) qui se voulait être un précis simple et accessible, un guide pour la personne qui cherchent à découvrir le genre. En 2014 est paru Tout le steampunk ! (éditions Les Moutons électriques), co-écrit avec Raphaël Colson. Il ne s’agit pas vraiment d’une réédition de Steampunk !, qui est aujourd’hui épuisé, mais un élargissement de son propos pour raconter cette fois une histoire du rétrofuturisme, dont le steampunk est le fer de lance actuel.

The B.T.C :  Quelles œuvres de ce courant préférez-vous (littérature, BD, cinéma, série TV…) ?

ÉB : La Lune seule le sait de Johan Heliot constitue toujours une très belle introduction au steampunk francophone. J’aime toujours les classiques : Les Voies d’Anubis de Tim Powers, Homunculus de James Blaylock ou encore Machines infernales de K. W. Jeter… sans oublier L’Âge des Lumières de Ian R. McLeod ou La Machine à différence de William Gibson et Bruce Sterling. Je ne saurais trop recommander les romans de la série du Protectorat de l’ombrelle de Gail Carriger ou encore L’Étrange affaire de Spring Heeled Jack de Mark Hodder.
En bandes dessinées, la production franco-belge est assez importante. Citons seulement des titres comme Les Arcanes du Midi-minuit, City Hall, Hauteville House. Il ne faut bien sûr pas que j’oublie le monument qu’est La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mais mon coup de cœur de l’année est certainement Le Château des étoiles d’Alex Alice.
Au cinéma, on trouve beaucoup de films qui ont une sensibilité steampunk, mais seul Steamboy de Katsuhiro Ôtomo appartient sans restriction au genre.

The B.T.C.
Si The Biblio Take Care ne prend pas soin de vous, qui le fera ?

Étienne Barillier sera présent à la bibliothèque samedi 20 décembre 2014 à 17h pour une conférence sur le steampunk.
Cette conférence sera suivie d’un apéritif qui clôturera ce voyage rétro-futuriste.

Vous souhaitez réserver ces documents ?

Pas de commentaire

Steampunk : Anno Dracula, de Kim Newman

Anno Dracula est un roman qui part du postulat que le Comte vampire de Bram Stoker a battu le professeur Van Helsing puis s’est marié avec la reine Victoria.

L’auteur Kim Newman nous plonge dans une Angleterre glauque où les personnages réels se mêlent aux personnages de fiction. En effet, Newman a créé son univers à partir d’un panel impressionnant de la culture « vampirique », gothique et victorienne. Quelques exemples pour vous permettre d’imaginer l’ambiance : un étrange assassin éventre les vampires, la veuve Stoker dirige un salon ou encore le vampire Lord Ruthven de John William Polidori est premier ministre d’Angleterre.

Durant le récit, le lecteur va être transporté à travers les actions de différents personnages dont les objectifs tournent autour de la recherche de ce criminel qui éventre les prostituées vampires. L’auteur arrive admirablement bien à nous plonger dans cette enquête et c’est un plaisir de découvrir cette société victorienne dystopique, son fonctionnement, les relations entre vampires et humains, les ruelles inquiétantes de Whitechapel.

Cependant, ce que l’on pourrait reprocher à ce roman, c’est la culture sur le sujet du vampire qu’il faut posséder pour réussir à capter toutes les facettes du roman. Si l’on n’a pas lu Dracula ou qu’on ne se rappelle plus du film de Coppola, on a le sentiment frustrant de passer à côté de quelque chose de génial. Néanmoins, cette récente réédition d’Anno Dracula est chargée d’annexes qui sont une sorte de consolation et qui nous permettent de mieux estimer la richesse de cette œuvre.

Vous souhaitez réserver ce document ?

Less’ Klave

Pas de commentaire

Steampunk : Yves Szywala, l’interview !

The B.T.C : Bonjour, pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous vous présenter ?

Yves Szywala : Pfffffff ! C’est cruel de poser par écrit des questions pareilles à un bavard comme moi ! Et bien… Je m’appelle Yves Szywala, c’est mon vrai nom ! Wink J’ai 44 ans et me suis plongé à corps perdu dans la sculpture en mai 2013. Je suis autodidacte et toutes les techniques que j’emploie pour mes créations sont le fruit de ma curiosité, petits trucs glanés de ci, de là, expérimentations, détournements… Bref, j’ai toujours été un peu alchimiste et pour d’obscures raisons j’ai toujours ressenti le besoin compulsif de modifier la matière, la tordre, la fondre, la souder, la former. J’adore découvrir de nouvelles matières nobles, jouer avec la haute tension (bobines de Tesla, échelles de Jacob, Coilguns HHO et autres expériences électriques). On me traite souvent de savant fou et j’avoue que je trouve cela plutôt flatteur ! Ce n’est que l’année dernière que, suite à de nombreux encouragements, je me suis lancé dans la création pure, la sculpture ! Je suis moi-même surpris du succès que j’ai rencontré dès mon premier salon d’art, me sentant peu à ma place avec mon étrange quincaillerie ! Pourtant le public a tout de suite adhéré et j’ai eu la joie de remporter de nombreux prix pour mon travail. J’ai également participé à Geekopolis aux côtés de la très regrettée Steam Rocket. J’ai exposé récemment à la Popartiserie à Strasbourg dans le cadre du Festival européen du film fantastique. Je continue à parcourir les salons artistiques suite à des invitations de plus en plus prestigieuses… Que du bonheur !

The B.T.C : Comment avez-vous rencontré le steampunk et qu’est-ce qui vous plaît dans cette esthétique ?

YS : Comment j’ai rencontré le steampunk ? Impossible à dire. Il y a quelques années j’ai découvert qu’il y avait un nom qui désignait mon monde imaginaire ! Tout petit j’ai vibré en découvrant le majestueux Nautilus dans 20 000 lieues sous les mers, la lecture de Verne a rapidement suivi. Nous sommes nombreux à rêver dans cette gamme depuis l’apparition de la machine à vapeur ! K.W Jeter a donné un nom à nos rêves communs, c’est tout ! Bien que je comprenne le processus de formation du mot en opposition avec le cyberpunk, je regrette tout de même un peu l’emploi de « punk ». Le Steam est trop élégant pour mériter l’appellation de « voyous ». Du coup il m’est également impossible de vous dire pourquoi j’ai été attiré par l’esthétique steampunk, c’était il y a si longtemps ! lol Je me souviens surtout avoir été fasciné par les premiers scaphandres de plongé avec leur casques énorme et rutilants. Il fallait également me cacher les réveils matin car je devait impérativement les démonter pour que les rouages deviennent des toupies !!! J’ai toujours ressenti une vie dans les objets anciens. Je suis nostalgique de cette époque où l’on prenait la peine de décorer un objet d’usage courant ! Voyez les vieilles machines à coudre ! Elles étaient gravées, leur conception tenait compte d’un aspect décoratif ! Les objets avaient encore une âme même s’il étaient déjà issus d’une industrie de masse ! Ah si ! je sais ce qui m’a attiré dans l’esthétique steampunk ! Le look !!!! On a vraiment la classe en costumes !!!! Wink

The B.T.C : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur votre travail ?

YS : Mon travail comporte plusieurs facettes. La création pure où je pars de rien, juste d’une idée, d’une image qui m’a traversé l’esprit. Après une étude de la structure générale je me lance et laisse parler la matière ! C’est alors un moment de pure méditation où le temps se dilate. C’est un peu le secret de mon travail, ne pas chercher à en voir le bout, vivre chaque pièce de la sculpture comme une création en soi puis l’assembler soit mécaniquement soit en utilisant la technique de brasure à l’argent. Mes créations n’étant jamais mono-matière je passe d’un chantier tôlerie à un chantier cuir voire bois ce qui implique des temps de fabrication assez longs. Leur côté steam est totalement assumé mais j’essaie de conserver une abstraction à l’ensemble. Vient ensuite mon côté wundekammer ou cabinet de curiosité. J’utilise alors des cranes d’animaux que je présente de manière clinique sur des supports en laiton travaillés. Les crânes sont eux-mêmes modifiés tels des cyborgs victoriens dotés d’yeux de métal et de verre, de prothèses dentaires en argent et laiton, de trépanation bourrées de mécaniques d’horlogerie… Je commence également une série de luminaires très steampunk, les premières photos ne devraient pas tarder.

The B.T.C : Quelles œuvres de ce courant préférez-vous (littérature, BD, cinéma, série TV…) ?

YS : Mes œuvres préférées :
Littérature, je dirais bien sûr Jules Verne, HG Wells, Lovecraft, plus récemment Cherie Priest mais je suis également très amateur de SF.
Cinéma : sans hésiter je commencerais par La Cité Des Enfants perdus ! Un chef d’œuvre ! Ensuite dans le désordre 20 000 lieues sous les mers, Dune, Steamboy, WW West (pour les images plus que pour le scénar Wink ), et bien entendu La machine à explorer le temps (avec une nette préférence pour la version de 1960). J’ai également été très heureux de croiser Nicolas Tesla dans Le prestige.
Comme série évidement Les mystères de l’Ouest !

The B.T.C.
Si The Biblio Take Care ne prend pas soin de vous, qui le fera ?

Retrouvez une reproduction photographique des œuvres de Yves Szywala à la bibliothèque jusqu’au 20 décembre 2014.

Pas de commentaire