Steampunk : Johan Héliot, l’interview !

The B.T.C : Bonjour Johan Héliot, pour ceux qui ne vous connaissent pas pourriez-vous vous présenter ?

Johan Héliot : Je publie de la science-fiction et de la fantasy, autant pour adultes que pour la jeunesse, depuis une quinzaine d’années, chez des éditeurs aussi variés que J’ai Lu, Rageot, l’Atalante, Gulf Stream, Le Seuil, etc. J’ai suivi des études d’histoire, enseigné quelques années l’histoire-géo et le français dans un lycée professionnel, et je me consacre entièrement à l’écriture depuis une douzaine d’années.

The B.T.C : Parlez-nous de La Lune seule le sait, premier roman steampunk remarqué en France.

JH : Je crois qu’avant moi, il y a eu le roman cosigné Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, Les confessions d’un automate mangeur d’opium, aussi chez Mnémos, et aussi La fête électrique de Hervé Jubert. Mais je suis effectivement arrivé parmi les premiers auteurs de steampunk… sans le savoir ! J’ignorais alors l’existence du terme. Simplement, lorsque Mnémos m’a offert l’opportunité de publier un premier roman, j’y ai mis beaucoup de choses qui me tenaient à cœur : la tour Eiffel, Jules Verne, Louise Michel, l’ambiance du roman feuilleton de la fin XIX° et des extra-terrestres ! Mes principales influences étaient surtout Maurice Leblanc, Gaston Leroux, Jules Verne et HG Wells et l’esprit de la Commune de Paris. Les ingrédients du steampunk, en somme !

The B.T.C :  Comment avez vous rencontré ce courant ?

JH : J’avais lu quelques uchronies affiliées à ce courant quelques années plus tôt (Les Voies d’Anubis, Homunculus, …) et l’anthologie de Daniel Riche, Futurs Antérieurs, parue au Fleuve Noir. J’avais été frappé par le fait que lorsque des auteurs français écrivaient sur cette époque en SF, ils déployaient un univers victorien plutôt que de puiser dans notre propre histoire. Quelque part, j’ai souhaité corriger le tir…

The B.T.C :  Qu’est-ce qui vous a attiré en lui ?

JH : Principalement le jeu avec les références historiques et littéraires de l’époque, la mise au goût du jour du roman feuilleton.

The B.T.C : Pourriez-vous nous citer une ou plusieurs œuvres de cette esthétique qui vous tiennent particulièrement à cœur (œuvres au sens large, littérature, cinéma, série, musique…) ?

JH : Voir les titres cités plus haut pour la littérature. Rajoutons La machine à différences de Gibson et Sterling et La machine à explorer l’espace de Priest. Pour le cinéma, Captain Sky. Le reste, je ne sais pas !

The B.T.C.
Si The Biblio Take Care ne prend pas soin de vous, qui le fera ?

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Monster Club, de Jean-Luc Masbou et Thierry Leprévost

Dès le premier coup d’œil vers Monster Club on capte assez bien l’ambiance de la BD. Le dessin et la composition de la couverture nous indiquent que ce sera une aventure steampunk avec une touche d’humour comme on les aime. Bref une bd qui s’annonce divertissante.

En ce qui concerne le dessin, ce dernier est très bon, très vivant et vraiment adapté à l’atmosphère de la BD. De plus, tous ces costumes, ces machineries, ces décors, c’est vraiment un appel à l’aventure. Mais voilà, il y a toujours un petit je ne sais quoi qui vous empêche de vous plonger complètement dans cette première mission du Monster Club. Dommage. Et c’est le cas, des personnages loufoques, des méchants balafrés un peu clichés (mais il en faut), des situations cocasses, des jeux de mots, une course poursuite haletante etc etc. Les ingrédients sont là et bien choisis.

Mais, oui il y a un mais, j’ai eu la sensation que la mayonnaise ne prenait qu’à moitié. Déjà, dès les premières planches on nous présente plusieurs personnages, sans doute trop, et cela m’a un petit peu perdu. Qui est avec qui ? Qui fait quoi ? Du coup, à ne plus trop savoir qui est qui, on peine un petit peu à s’attacher aux personnages et aux buts de chacun.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas apprécié. Mais en voyant ces auteurs aux commandes, je m’attendais peut-être à quelque chose de très bon, et l’on se retrouve avec quelque chose de sympa mais sans plus.
Néanmoins, Masbou et Leprévost ont eu le mérite de piquer ma curiosité. Il y a une bonne base à exploiter, j’attends donc un tome 2 avec plaisir pour essayer d’en découvrir un peu plus sur les membres du Monster Club et sur les missions qu’ils vont devoir remplir.

Less’ Klave

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À la recherche de Dieu

Thomas Römer, L’invention de Dieu, Seuil (Les livres du nouveau monde), 2014.

Comment Dieu est devenu Dieu ? Fut-il le premier d’entre tous à régner « seul de toute éternité sur le ciel et la terre », et a-t-il toujours été unique ? C’est à toutes ces questions que répond Thomas Römer, spécialiste mondialement reconnu de l’Ancien Testament, occupant la chaire « Milieux bibliques » au Collège de France, dans son livre L’invention de Dieu.

En tenant compte des toutes nouvelles découvertes de l’archéologie biblique et des recherches les plus pointues en matière d’histoire des religions, Thomas Römer nous plonge dans le monde de l’Antiquité biblique, sur les traces de ceux qui firent l’histoire d’Israël et de Juda, nous invitant à découvrir les reliefs majestueux du Levant, correspondant aujourd’hui aux paysages blessés d’Israël/Palestine, de la Jordanie, du Liban, et de la Syrie.

En mêlant haute érudition et plaisirs vifs de la narration le bibliste nous invite à comprendre, et à aimer, toutes les péripéties qui amènent un peuple du Levant à se choisir un dieu unique (il accède au statut de dieu tutélaire des Royaumes d’Israël et de Juda) et universel : car, de fait, le dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob « auquel se réfèrent, chacune à sa manière, les trois religions du Livre », fut au départ dieu parmi les autres, enfoui parmi différentes croyances polythéistes ; mais il devient par la suite le Dieu unique, universel et transcendant, à la source même des trois monothéismes qui ont toujours cours aujourd’hui.

En enquêtant rigoureusement et passionnément, avec l’aide des plus récentes découvertes de l’archéologie et de l’épigraphie, Thomas Römer fait l’inventaire méticuleux des différents visages de Dieu. Il commence par les différentes variantes de son nom, puis cherche à situer son origine géographique (Egypte ? Judée ? Sinaï ? Désert du Néguev ?). À partir de là commence une histoire tumultueuse, millénaire (de la fin du deuxième millénaire avant J.-C. jusqu’à l’époque hellénistique), qui charrie avec elle sont lot de guerres, de conquêtes, de joies, de peines, de sacrifices… Une épopée vertigineuse en somme. Qui résonne en chacun de nous. À lire absolument.

Marcellien

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La Grande Guerre : Place Monge, de Yves Laurichesse, un roman touchant à découvrir d’urgence

Ils sont peu nombreux les romans qui m’ont touchée à ce point. Dès les premières lignes, l’auteur sait créer une ambiance. La nuit, le froid, la pluie, le silence de cet appartement déserté depuis des mois, les bribes de vie qui ont filtré à travers les volets clos.

La lune éclaire d’une lumière blême la place déserte, les branches figées des platanes, la monumentale caserne de la Garde Républicaine. [...] L’homme reste là un moment, puis il traverse la rue et se dirige vers la haute porte de bois verni, à croisillons de fer forgé, qu’il pousse. Il disparaît dans l’obscurité et la porte se referme sur lui.
Dans l’appartement désert les jours et les nuits sont passés, les mois, les années. C’était un appartement confortable, dans le goût de la Belle Epoque. Depuis que l’époque a changé, il s’est replié sur lui-même dans l’attente. La poussière s’est déposée en couche d’abord fine, puis de plus en plus épaisse sur les meubles, les cheminées, les lampes, les bibelots, les pendules. la lumière par les volets clos n’a plus été que celle, variable et diffuse, des saisons, des jours de soleil et de pluie, des jours de neige. Du dehors parvenaient affaiblis les bruits de la rue, les sabots du cheval au passage d’un fiacre, les cris des marchands sur la place, des enfants sur le chemin de l’école. Parfois, une alerte aérienne déchirait la nuit et allumait aux miroirs des éclairs furtifs. Puis l’obscurité et le silence s’établissaient de nouveau. L’appartement retombait dans son enchantement léthargique. Les pendules arrêtées marquaient des heures différentes.

Puis un semblant d’animation, pour quelques heures, le temps de la permission de ce soldat de retour chez lui, seul. Seul mais en pensée auprès de sa femme et de ses enfants qui l’attendent en province. Il espère les rejoindre à la fin de la guerre, mais la mort guette… Car plus que l’histoire d’un retour, c’est le récit de vies brisées, du temps qui passe, de la transmission entre générations, et des traces que laissent les disparus.

Madame Bovary

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À noter : Jean-Yves Laurichesse sera présent à la bibliothèque le samedi 8 novembre à 16 heures pour une rencontre autour de son roman Place Monge.

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La nouvelle scène française et francophone de qualité existe. Je l’ai rencontrée !

Très peu de personnes écoutent la nouvelle scène francophone, comme si les « grands anciens » avaient le monopole du génie. C’était mieux avant, croyez-vous ? Allons donc, je peux citer une vingtaine de chanteurs ou chanteuses dont vous n’avez jamais entendu parler. Et pourtant, ce sont la plupart du temps des auteurs-compositeurs-interprètes de très grande qualité. Je vais commencer par en présenter deux, un homme, une femme, deux coups de cœur.

Le premier, Cyril Mokaiesh, même pas 30 ans, vient de sortir un second album magnifique, L’amour qui s’invente. Le premier, Du rouge et des passions avait fait dire dans la chronique accordée à l’album dans Les Inrocks que Cyril Mokaiesh avait réussi à faire dialoguer Jacques Brel et Léo Ferré avec un album rempli de « culot » et qualifié de « gonflé ». Didier Varrod, chroniqueur musical à la matinale de France Inter, considérait que cet album faisait souffler un vent de révolte et de passion dans la chanson française.

Dans L’amour qui s’invente, Cyril Mokaiesh est plus introspectif, parle d’amour et de révolte dans l’amour. Il place son chant fougueux au milieu d’un champ de bataille amoureux. Pas de place pour de la demi-mesure : tumultes nocturnes (La nuit), portrait touchant d’un homme désœuvré (Toi), l’engagement du mariage (La demande), rupture terrassante (T’étais belle), bien-être euphorique (Besame), saine révolte (Ô Jeunesse). Jusqu’à l’apaisé et apaisant final (Le cèdre du Liban), difficile de reprendre sa respiration tant la flamme des chansons semble soufflée par un avis de tempête.

Je n’ai plus de place. Je parlerai donc de l’album Le cri, d’une jeune femme, la prochaine fois.

Claude

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Quelques CD de la nouvelle scène francophone à la bibliothèque.

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Blockbusters et philosophie peuvent-ils faire bon ménage ?

"Man of Steel" de Zack Snyder (2013)

C’est à cette question que répond l’ouvrage Blockbuster. Philosophie et cinéma (Les Prairies ordinaires, collection essais, 2013) sous la direction de la philosophe Laura Odello.

En nous rappelant l’origine du mot (une bombe utilisée pendant la seconde guerre mondiale) Laura Odello et plusieurs contributeurs nous aident à comprendre pourquoi la débauche de moyens pyrotechniques ponctuant bon nombre de séquences dans ces films, aident à penser. Car derrière un nombre incalculable de scènes à couper le souffle, plusieurs idées entrent en jeu, parfois en conflit. Et au cœur même de la machinerie hollywoodienne, c’est de la matière à penser et à ordonner qui revitalise le mode d’appréciation des films, auprès de tous les publics.

Ainsi le phénomène Matrix (une trilogie de films de S.-F., réalisée par Lana et Andy Wachowski) suscita l’enthousiasme de plusieurs philosophes et s’accompagna d’une pléthore d’ouvrages théoriques tentant de décortiquer ce corpus de films à l’aide des outils analytiques du moment. De même la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan suscita une flopée de commentaires sur la pertinence (ou non) de faire de tels films face à la violence du monde réel. Où s’arrête la réalité, où commence la fiction, et avec elle ses multiples avatars virtuels ?

Tout cela est abordé dans cet ouvrage agréable à lire, qu’on pourra compléter avec profit en consultant Hollywood, cinéma et idéologie (Sulliver, collection Le Cinéma, 2008) de Régis Dubois, qui analyse, à travers aussi des exemples concrets, « les complicités du vieux couple cinéma-idéologie », cheval de bataille de l’auteur, professeur de cinéma à Marseille, dont les ouvrages sont bien accueillis par la critique, et très agréables à lire également.

Et puis ensuite on revoit les films analysés, parbleu !

Marcellien

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