Tout sur le cinéma

Nastassja Kinski dans "Tess" de Roman Polanski (1979)

Tout sur le cinéma. Panorama des chefs-d’oeuvre et des techniques, sous la direction de Philip Kemp, Flammarion, 2014.

Les éditions Flammarion ont publié en 2014 un ouvrage magnifique couvrant toute l’histoire du cinéma, des origines (avec Le Voyage dans la lune de Georges Méliès en 1902, par ex.) jusqu’à 2009 (avec l’analyse d’Un Prophète de Jacques Audiard).

Richement illustré de nombreux photogrammes le livre condense en 575 pages les principaux événements esthétiques qui ont permis au cinéma (une attraction foraine au départ, à la fin du dix-neuvième siècle) de devenir l’art le plus populaire mais aussi parfois le plus raffiné du vingtième siècle. Car dès la période du muet l’art filmique met en place ses outils, ses machineries et ses techniques pour raconter une histoire avec des images mouvantes. Sur ces bases narratives le cinéma ne va jamais cesser de s’affirmer, et va vite devenir le médium le plus efficace, le plus universel, pour subjuguer n’importe quel public, aux quatre coins de la planète. En outre le cinéma continue d’innover au fil de son histoire : apparition du parlant le 23 octobre 1927 (jour où Le Chanteur de jazz d’Alan Crosland sort à New-York), invention du Technicolor, du Scope, de la 3D… Si bien qu’il pousse ses créateurs à toujours plus d’originalité et de fantaisie.

De plus le cinéma est le seul art capable de concilier tous les publics, il ne demande aucune compétence particulière pour éprouver du plaisir à la vision d’un film (a contrario de la peinture sur chevalet, de la danse ou de l’opéra par exemple, qui demandent une certaine éducation de l’œil et de l’oreille). Toutes les classes sociales, toutes les couches socio-culturelles sont touchées en même temps, au même endroit, par ce qui se passe sur le grand écran lors d’une projection d’Alexandre Nevsky de Sergueï Eisenstein en 1938 ou de Pulp Fiction de Quentin Tarantino en 1994.

L’ouvrage utilise un système décimal (de 1900 à 1929, de 1930 à 1939, etc.) qui permet d’explorer chaque décennie et d’en avoir une vue synthétique, avant de se pencher sur un ou plusieurs films en particulier, œuvres phares symbolisant parfaitement la période étudiée : ainsi La Ruée vers l’or de Charlie Chaplin (1925) et Le Mécano de la Général de Buster Keaton (1926) illustrent à merveille l’âge d’or des comiques du muet aux Etats-Unis dans les années 1920.

Véritable encyclopédie portative très agréable à lire et commode à consulter Tout sur le cinéma comblera à la fois l’amoureux occasionnel des films comme le cinéphile le plus pointilleux.

Un vrai bonheur de lecture.

Marcellien

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Relisez vos classiques : Les jumeaux de Black Hill, de Bruce Chatwin (1982)

Né en 1940, Bruce Chatwin est surtout connu pour ses récits de voyage. Très jeune, à treize ans, il part seul pour la Suède. Plus tard, il séjournera au Soudan puis, quelques années après, à la pointe de l’Amérique du Sud. Ce voyage sera le sujet de son livre En Patagonie, paru en 1977. Les jumeaux de Black Hill lui vaudra une notoriété internationale.

Depuis leur plus tendre enfance, les jumeaux Lewis et Benjamin vivent à la Vision, la ferme de leurs parents. Leur mère, Mary, était la fille d’un pasteur, et avait vécu aux Indes pendant son enfance. Elle garda de cette époque un carnet de croquis, et transmit à Lewis l’amour des contrées lointaines. Amos, leur père, l’épousa après un premier mariage malheureux. Très amoureux au départ, le jeune couple connut des moments difficiles du fait de l’hostilité manifeste de la mère d’Amos. Ce dernier, très proche d’elle, prit trop souvent sa défense contre son épouse. La naissance d’une fille jeta le trouble dans la famille : tandis que Mary délaissa sa fille au profit des jumeaux, et en particulier de Benjamin, plus chétif que son frère, Amos accomplit le mouvement inverse. Pourtant, il la jeta dehors à l’adolescence, lorsque Rebecca avoua être enceinte. Dès lors, il ne fut plus jamais le même, et à sa mort, Mary et les jumeaux vécurent tous trois dans la ferme familiale. Malgré quelques divergences sur la façon d’administrer la ferme, aucun des jumeaux ne voulut partir, fonder une famille, et mener sa vie ailleurs. Chronique de deux vies étroitement liées, vues au travers du 20e siècle, de ses guerres, et de ses innovations techniques.

Madame Bovary

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À lire absolument : Le météorologue, d’Olivier Rolin

À l’occasion d’un voyage aux îles Solovki pour les besoins d’un film, Olivier Rolin découvre dans la bibliothèque du monastère un album d’herbiers, de dessins et de lettres adressées à sa fille par Alexeï Féodossiévitch Vangengheim, météorologue, déporté en 1934. Victime de la terreur stalinienne parmi tant d’autres, il occupe les rares instants qu’il peut voler au travail à composer pour Eléonora, trois ans et demi, des planches éducatives reproduites en fin d’ouvrage. Touché par cette histoire, Olivier Rolin a mené des recherches approfondies et reconstitue pour le lecteur l’histoire de cet homme moyen, ni lâche, ni héroïque, qui se raccroche, pour ne pas sombrer, à l’amour qu’il porte à sa famille et aussi, malgré tout, à sa « confiance dans le Parti et le pouvoir soviétique ».

Pendant mes promenades, (…) je parle à la lune et je lui demande de transmettre mon salut à mes chéries. Elle vous envoie sa lumière en même temps qu’à moi.

Un récit très touchant, que je vous recommande vivement.

Madame Bovary

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The Wolf Among Us – 1ère partie

Actuellement, je découvre le jeu-vidéo The wolf among us. Ayant de nombreuses choses à dire sur ce jeu, je vous propose deux articles. Cela me permet de donner un avis avec plus de précision, mais aussi de faire un article avec une première impression puis, de faire un bilan sur l’oeuvre.

The wolf among us est une histoire tirée de l’univers du comics Fables (souvenez-vous). Ici, on incarne, Bigby, alias le grand méchant loup, dont la fonction est celle de shérif de Fableville. On est donc chargé de toutes les affaires criminelles, problèmes de voisinage etc.

Très rapidement le jeu nous happe comme un bon film, le déroulement des premières scènes se passe avec des plans très cinématographiques. Notre héros est appelé pour une affaire tout à fait commune, mais cette dernière va vite dériver en enquête plus glauque. L’ambiance qui se dégage est excellente, ces couleurs de la nuit, le rose et le violet des néons, le bleu des ruelles sombres. BAM ! On est projeté dans Fableville. Les graphismes au style comics sont très agréables et font honneur au support originel. Personnellement, même le design du menu du jeu m’avait plu… Smile

Cela faisait longtemps que je n’avais pas connu une expérience vidéo-ludique si forte. De plus, les non-joueurs peuvent être facilement touchés.

Le base créative du studio Telltale Games est liée à notre marge de manœuvre dans le jeu, aux rapports entretenus avec les personnages etc. Chacune de nos actions ont une incidence, du moins c’est l’impression que l’on a. Mais ça je vous propose de l’aborder prochainement dans un second article.

Less’ Klave

Vous pouvez découvrir ce jeu-vidéo en salle numérique

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Relisez vos classiques : La dame pâle, d’Alexandre Dumas (1849)

En 1825, la guerre fait rage entre la Russie et la Pologne. À la demande de son père, la belle Hedwige part se réfugier au monastère de Sahastru, dans les monts Carpathes. En chemin, elle est attaquée, ainsi que ses guides, par une bande de brigands. Conduite au château des Brancovan, elle est l’objet d’une lutte acharnée entre deux frères qui se disputent son amour. Mais, vous le savez, qui dit Carpathes dit bien souvent vampire, et l’un des deux frères revient chaque nuit mordre la belle, qui devient de plus en plus pâle et faible.

Rien de bien original dans cette nouvelle, mais Dumas a une belle plume et excelle à créer des atmosphères.

En ce moment, un rayon de lune glissa par la fenêtre à travers les rideaux, et, venant se jouer sur le canapé où elle était couchée, l’enveloppa d’une lumière bleuâtre qui semblait faire d’elle une statue de marbre noir couchée sur un tombeau.

Pas une voix n’accueillit la proposition, mais le silence profond qui régna dans le salon annonça que chacun attendait avec anxiété.

Une lecture agréable donc, que je vous conseille.

Madame Bovary

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Relisez vos classiques : La Rabouilleuse, Honoré de Balzac

Rabouiller, c’est agiter l’eau d’un ruisseau pour faire remonter les écrevisses vers la surface et les capturer. La Rabouilleuse est recueillie très jeune par le docteur Rouget, ému par sa beauté enfantine.

Un jour, en revenant de sa tournée, ce malicieux et vicieux vieillard aperçut une petite fille ravissante au bord des prairies dans l’avenue de Tivoli. [...] Semblable à une naïade, la petite montra soudain au docteur une des plus belles têtes de vierge que jamais un peintre ait pu rêver. Le vieux Rouget, qui connaissait tout le pays, ne connaissait pas ce miracle de beauté. La fille, quasi nue, portait une méchante jupe courte trouée et déchiquetée, en mauvaise étoffe de laine alternativement rayée de bistre et de blanc. Une feuille de gros papier attachée par un brin d’osier lui servait de coiffure. Dessous ce papier plein de bâtons et d’O, qui justifiait bien son nom de papier-écolier, était tordue et rattachée, par un peigne à peigner la queue des chevaux, la plus belle chevelure blonde qu’ait pu souhaiter une fille d’Eve. Sa jolie poitrine hâlée [...] montrait des places blanches au-dessous du hâle. La jupe [...] faisait assez l’effet d’un caleçon de nageur. Les pieds, les jambes, que l’eau claire permettait d’apercevoir, se recommandaient par une délicatesse digne de la statuaire au Moyen Age. Ce charmant corps exposé au soleil avait un ton rougeâtre qui ne manquait pas de grâce. [...] Enfin cette nymphe avait des yeux bleus garnis de cils dont le regard eût fait tomber à genoux un peintre et un poète. Le médecin, assez anatomiste pour reconnaître une taille délicieuse, comprit tout ce que les arts perdraient si ce charmant modèle se détruisait au travail des champs.

Cette enfant si angélique devient au fil du roman un personnage avide et calculateur. Balzac entraîne son lecteur dans une sombre histoire de captation d’héritage et d’amour maternel bien mal récompensé. Passionnant, malgré la noirceur du thème.

Madame Bovary

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