Articles contenant le tag Espagne

Poème d’un jour… Federico Garcia Lorca

Federico Garcia Lorca… Ce seul nom emporte l’esprit vers les sommets poétiques que cet immense auteur a créés. C’était un artiste complet que le franquisme a assassiné dès le début de la guerre civile. Cette mort prématurée a définitivement installé le créateur dans une gloire posthume. En trente-huit années de vie, Garcia Lorca nous a laissé les plus belles pages de la poésie que nous pouvons lire et relire sans compter…

Alya-Dyn

Retour de promenade
 
Assassiné par le ciel,
entre les formes qui vont vers le serpent
et les formes qui cherchent le cristal,
je laisserai mes cheveux pousser.
 
Avec l’arbre à moignons qui ne chante pas
et l’enfant au blanc visage d’œuf.
 
Avec les bestioles à la tête brisée
et l’eau haillonneuse aux pieds secs.
 
Avec tout ce qui est fatigue sourde-muette
et papillon noyé dans l’encrier.
 
Me heurtant à mon visage différent de chaque jour.
Assassiné par le ciel !

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Les exercices de survie de Jorge Semprun

L'écrivain humaniste Jorge Semprun

Jorge Semprun, Exercices de survie, Gallimard, 2012

Le dernier texte publié de Jorge Semprun est un texte posthume, le tout premier d’une série de volumes qui, malheureusement, ne verront jamais le jour ; la maladie en ayant décidé autrement.

Une fois la lecture du livre terminée, on reste un temps en apesanteur, ému par la limpidité de la prose, sa beauté caressante mais aussi sa parcimonie, qui confronte plusieurs strates de temps (les dimanche à Buchenwald, les journées à Paris ou à Auxerre pendant l’occupation, la clandestinité à Madrid, de 1952 à 1962…), de remémoration (la torture subie, la souffrance insupportable, insondable, mais aussi la résistance de l’esprit, qui empêche de parler à ses bourreaux de la Gestapo française) ; tout cela, et bien plus encore, à l’aune des cheminements d’une vie humaine épousant les méandres de l’histoire cataclysmique du vingtième siècle.

Mais le récit de la geste est bouleversant.

Evidemment, on ne naît pas homme de plume, on le devient. Mais Jorge Semprun fut plus que cela, une sorte de « héros officiel dans l’Union Européenne » selon la belle terminaison d’Imre Kertész. Il y en eut d’autres : Stéphane Hessel, les époux Aubrac, François Jacob… Et il est bon de se plonger dans les textes de ces vivifiants passeurs, pour comprendre d’où nous venons, et à qui nous devrions dire merci. Car c’est une chose de boire un café en terrasse, en fumant une cigarette et en conversant avec un ami, avenue Kléber, par une journée ensoleillée de printemps ; c’en est une autre d’accomplir ce même geste en mai ou juin 42 par exemple, au même endroit, pas très loin de l’Hôtel Majestic. Il est des gestes simples, parfois, en des circonstances particulières, qui demandent davantage que de la volonté et du courage : une abnégation dans l’idée même qu’on risque de se faire prendre, de chanceler sous la torture, et de n’avoir pas assez d’une vie pour le regretter.

Ce récit alerte de Jorge Semprun bourdonne longtemps en nous une fois sa lecture terminée, comme une lumière qui ne s’éteint jamais, dans le brouillard dérisoire de nos vies sibyllines.

Cet ultime livre de Jorge Semprun est celui de la réconciliation, avant l’extinction complète des derniers feux de bruyère.

Marcellien

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Dans le tourbillon, de José Antonio Labordeta

Dans un village espagnol, des rumeurs de guerre civile ravivent les vieilles rancœurs, tout bascule, les rôles s’inversent. Qui traquait devient chassé, et tout acte prend des proportions démesurées.

Ici, le paysage est aride, les gens taiseux, on cause à soi-même ou à sa mule, aux morts ou aux absents plutôt qu’aux autres.

Et s’il n’est question que de violence et de petites bassesses, l’écriture est simple et poétique.

Nabil

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L’ombre du vent… à Barcelone

Carlos Ruiz ZafónVoici venu le temps des vacances, du temps libre, des départs proches ou lointains, des flâneries, du repos, de la lecture et de tous les plaisirs sans cesse reportés par la course effrénée de la vie et de ses contraintes. On peut enfin se poser dans un endroit choisi de longue date ou dans l’instant, installé dans une chaise longue ou un hamac, les pieds en éventail, au bord de l’eau ou sous un arbre, avec une orangeade et un bon livre. Ceux d’entre vous qui fréquentent régulièrement notre bibliothèque ne manqueront pas de relier cette évocation estivale à la table d’ouvrages présents à l’accueil, au milieu d’objets de vacances : bouée, lunettes de soleil, serviette de plage, chaise longue, galets et coquillages… Quelques mots vous incitent au dépaysement de l’esprit : « Lisez, c’est l’été ! ». Pour nous, les bibliothécaires, vient se rajouter une date anniversaire : les deux années d’existence de ce blog. C’est dans cet esprit que je vous propose un voyage à Barcelone, avec Carlos Ruiz Zafón. L’ombre du vent est un titre magique, oxymore poétique suscitant l’évasion. Attirée par ces mots et retrouvant sans cesse ce livre parmi ceux qui rentrent et sortent de notre bibliothèque, j’ai fini par me plonger dans cette histoire L'ombre du ventd’un auteur que je ne connaissais pas encore. Ce fut une vraie rencontre dès les premières pages… 

Je me souviens qu’en cette aube de juin je m’étais réveillé en criant. Mon cœur battait dans ma poitrine comme si mon âme voulait s’y frayer un chemin et dévaler l’escalier. Mon père effrayé était accouru dans ma chambre et m’avait pris dans ses bras pour me calmer.
− Je n’arrive pas à me rappeler son visage. Je n’arrive pas à me rappeler le visage de maman, murmurais-je, le souffle coupé.
Mon père me serrait avec force.
− Ne t’inquiète pas, Daniel. Je me rappellerai pour deux.

Ce père qui doit protéger son fils de ses terreurs nocturnes d’enfant dépossédé d’une mère, ce père va entraîner Daniel dans la grande aventure de sa vie grâce à un livre découvert dans un lieu envoûtant de Barcelone : le Cimetière des Livres Oubliés.

− Ce lieu est un mystère, Daniel, un sanctuaire. Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de mains, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Quand mon père m’a amené ici pour la première fois, il y a de cela bien des années, ce lieu existait déjà depuis longtemps. Aussi longtemps, peut-être, que la ville elle-même. […] Quand une bibliothèque disparaît, quand un livre se perd dans l’oubli, nous qui connaissons cet endroit et en sommes les gardiens, nous faisons en sorte qu’il arrive ici.

Comment une bibliothécaire pourrait ne pas être touchée par ces mots qui sonnent si juste dans notre époque de dématérialisation des livres ? Mais, rassurez-vous, L’ombre du vent n’est pas un traité sur la lecture : c’est une véritable aventure et un voyage au cœur de Barcelone et de son histoire. Les sites touristiques l’ont bien compris puisque l’on peut, sur Internet, se promener dans les lieux du roman grâce à la visualisation des rues de cette cité. Ainsi on peut préparer son voyage à Barcelone d’une façon insolite et vraiment romanesque… Toutefois, il ne faut pas réduire l’œuvre de Carlos Ruiz Zafón à une visite guidée de sa ville natale. Si L’ombre du vent a rencontré un si grand succès, c’est pour de multiples raisons : l’épaisseur des personnages, les histoires imbriquées les unes dans les autres, la guerre civile en toile de fond évoquée avec toute la souffrance d’un peuple.

Les guerres sont sans mémoire, et nul n’a le courage de les dénoncer, jusqu’au jour où il ne reste plus de voix pour dire la vérité, jusqu’au moment où l’on s’aperçoit qu’elles sont de retour, avec un autre visage et sous un autre nom, pour dévorer ceux qu’elles avaient laissé derrière elles.

Ces mots coupants et si justes, Carlos Ruiz Zafón les a puisés dans la mémoire collective espagnole et spécialement dans la douloureuse expérience catalane. La guerre civile hante ces pages sans pourtant faire sombrer le lecteur dans un vain désespoir. Les jours terribles deviennent parfois peinture sous la plume de Zafón.

L’après-midi même, une fusillade avait éclaté à une rue de là, et les flaques de sang étaient encore visibles sur le boulevard San Antonio où un cadavre de cheval gisait sur la chaussée, à la merci des chiens errants qui lui ouvraient le ventre à coups de crocs pendant que, tout près, quelques gamins les regardaient faire en leur lançant des pierres.

GuernicaEn lisant cette terrible phrase, a surgi sous mes paupières l’image du célèbre tableau de Picasso, Guernica. Carlos Ruiz Zafón est un peintre des mots, des situations, de l’histoire et du romanesque, attentif à l’acte créateur qu’il accomplit, mais aussi à celui du lecteur, comme nous le révèlent ces mots dans la bouche d’une de ses héroïnes :

Béa prétend que l’art de la lecture meurt de mort lente, que c’est un rituel intime, qu’un livre est un miroir où nous trouvons seulement ce que nous portons déjà en nous, que lire est engager son esprit et son âme, des biens qui se font de plus en plus rares.

Rien à ajouter, n’est-ce pas ?

Alya-Dyn

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