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Blockbusters et philosophie peuvent-ils faire bon ménage ?

"Man of Steel" de Zack Snyder (2013)

C’est à cette question que répond l’ouvrage Blockbuster. Philosophie et cinéma (Les Prairies ordinaires, collection essais, 2013) sous la direction de la philosophe Laura Odello.

En nous rappelant l’origine du mot (une bombe utilisée pendant la seconde guerre mondiale) Laura Odello et plusieurs contributeurs nous aident à comprendre pourquoi la débauche de moyens pyrotechniques ponctuant bon nombre de séquences dans ces films, aident à penser. Car derrière un nombre incalculable de scènes à couper le souffle, plusieurs idées entrent en jeu, parfois en conflit. Et au cœur même de la machinerie hollywoodienne, c’est de la matière à penser et à ordonner qui revitalise le mode d’appréciation des films, auprès de tous les publics.

Ainsi le phénomène Matrix (une trilogie de films de S.-F., réalisée par Lana et Andy Wachowski) suscita l’enthousiasme de plusieurs philosophes et s’accompagna d’une pléthore d’ouvrages théoriques tentant de décortiquer ce corpus de films à l’aide des outils analytiques du moment. De même la trilogie Dark Knight de Christopher Nolan suscita une flopée de commentaires sur la pertinence (ou non) de faire de tels films face à la violence du monde réel. Où s’arrête la réalité, où commence la fiction, et avec elle ses multiples avatars virtuels ?

Tout cela est abordé dans cet ouvrage agréable à lire, qu’on pourra compléter avec profit en consultant Hollywood, cinéma et idéologie (Sulliver, collection Le Cinéma, 2008) de Régis Dubois, qui analyse, à travers aussi des exemples concrets, « les complicités du vieux couple cinéma-idéologie », cheval de bataille de l’auteur, professeur de cinéma à Marseille, dont les ouvrages sont bien accueillis par la critique, et très agréables à lire également.

Et puis ensuite on revoit les films analysés, parbleu !

Marcellien

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« Ob-la-di, ob-la-da » : Valerie June, une merveille américaine

Valerie June, Pushin’ against a stone, Sunday Best Recordings, 2013.

« To the wonder » sont les premiers mots qui viennent à l’esprit quand on écoute les sublimes chansons de la musicienne et chanteuse nord-américaine Valerie June. Dans son disque joliment intitulé Pushin’ against a stone, enregistré en 2013, la jeune femme égrène en musique et en mots de velours tout un florilège de sentiments et de sensations intimes. Cela faisait longtemps qu’un disque d’une telle puissance émotionnelle ne nous était pas parvenu d’outre atlantique. À mille lieux de ces productions manufacturées à la chaîne dans le courant global de la musique mainstream, la jeune musicienne née en 1982 à Jackson, Tennessee, propose des sonorités radicalement différentes d’une plage à l’autre, et chaque morceau s’insère particulièrement bien dans le serpentin harmonique et mélodique du disque. À côté des ballades bouleversantes comme Somebody to love (plage 2) et Twined & Twisted (plage 4, la plus belle chanson folk enregistrée et chantée ces dix dernières années !) la lady marie les tempos, les registres vocaux et les vocalises précieuses comme le mariage du feu et de l’eau.

Il est toujours plaisant d’assister à la révélation d’une vraie nature artistique, loin des attrape-nigauds de la mode, de la tendance, et de la hype mondialisée. À n’en pas douter Valerie June, avec ce disque merveilleux, est en train de s’inscrire, de la plus belle des manières, dans la longue histoire, tumultueuse, escarpée et ensorcelante de la musique américaine, prenant ses origines dans le Deep South et s’envolant d’un bord du continent à l’autre. En s’affranchissant de tutelles trop pesantes (on pense aux reines du blues volcanique et dangereux, Etta James, Billie Holiday…) Valerie donne le tempo et invente la prose musicale des premières décennies du XXIe siècle, sans jamais oublier le blues des origines (Tennessee Time, plage 6).

Un disque idéal à écouter au crépuscule, dans l’embrasement du ciel de ce bel été indien plein de promesses !

Marcellien

Retrouvez les enregistrements de Valerie June à la bibliothèque.

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Une histoire inédite de l’art hollywoodien

Photogramme du film "Lincoln" de Steven Spielberg (2012)

Pierre Berthomieu, Hollywood : Le temps des mutants, éditions Rouge Profond, 2013

Dans Hollywood : Le temps des mutants le cinéphile Pierre Berthomieu (maître de conférences en études cinématographiques à Paris 7) dresse le panorama complet de l’art de faire des films à Hollywood ; dans la longue tradition qui débute au tournant des 19e et 20e siècles sur un bout de terre (le fameux Bois de Houx) du littoral pacifique, à l’extrémité sud-ouest des Etats-Unis d’Amérique.

Depuis plus d’un siècle la ville des prodiges imagés propose aux spectateurs du monde entier une production riche et variée, en même temps qu’elle s’interroge sur les formes mêmes de son art filmique. En parachevant la mise en forme des images des pères fondateurs du cinématographe (muet, en noir et blanc, et parfois elliptique dans le traitement des séquences) Hollywood, à la fois temple de l’art et de l’industrie capitaliste, ne cesse de questionner la manière de réinventer une histoire.

Après la crise structurelle qui a mis à bas la politique autoritaire des studios et des grandes compagnies de production à partir de la fin des années 60 jusqu’au début des années 80, la cité du cinéma (cette moderne Babylone selon les frères Taviani) n’a pourtant jamais cessé de prospérer et de ré-acclimater toutes les tendances (même minoritaires) des cultures de masse occidentales et orientales. S’il faut toujours un solide scénario et une typologie de personnages fiable, inaliénable, avant d’entreprendre la mise en chantier d’un film à Hollywood, les courants modernistes des différentes disciplines artistiques associées à la création cinématographique influencent profondément l’esthétique de chaque film sortant de l’usine à rêves.

C’est ce phénomène que décrypte le magnifique ouvrage de Pierre Berthomieu, riche de plus de 3000 illustrations et de propos d’artistes à ce jour inédits en France.

Une lecture à la fois ludique et savante pour bien terminer l’été et préparer une nouvelle saison prometteuse dans nos salles obscures préférées.

Marcellien

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Un beau roman américain

Ron Rash, Une terre d’ombre, Le Seuil, 2014.

Vaste territoire dont l’histoire commence à charrier de nombreux éléments prompts à bâtir l’idée de vieille civilisation, le continent nord-américain n’est pas en reste quand il s’agit de littérature de haut vol. Et ce qui est d’autant surprenant, c’est la gourmandise avec laquelle chaque romancière (Louise Erdrich, Siri Hustvedt, Joyce Carol Oates par exemple) et chaque romancier (Auster, Irving, Easton Ellis, Franzen, Roth…) s’approprie avantageusement le principe inaliénable de l’art romanesque, perdu de vue en France depuis bien longtemps.

C’est à une odyssée sentimentale que nous invite l’écrivain américain Ron Rash dans son sublime troisième roman traduit en France, au beau titre évocateur : Une terre d’ombre. On y fait la connaissance au temps de la première guerre mondiale d’un frère et d’une sœur, Laurel et Hank Shelton, tous deux célibataires, vivant au fond d’un vallon encaissé, que nulle lumière ne pénètre jamais. On dit l’endroit hanté, maudit : Hank est rescapé et mutilé de guerre (il a perdu une main dans les tranchées françaises lors de rudes combats) et sa sœur, une jolie femme pourtant, n’a aucun prétendant dans la vallée à cause d’une tâche de naissance qui oblitère sa beauté, ce qui lui vaut le sobriquet de sorcière de la part des imbéciles habitant le bourg d’à côté. Le seul ami de Laurel et d’Hank est un vieux voisin aussi solide que les robustes arbres qui parsèment les contreforts du vallon obscur.

Sur cette trame, évidente comme les prémisses d’une tragédie annoncée, Ron Rash bâtit un livre époustouflant, qui se lit d’une traite, et dont les personnages solidement campés continuent à faire leur bonhomme de chemin dans notre esprit et dans notre mémoire pendant longtemps, très longtemps.

Une lecture d’été idéale, chaudement recommandée.

Marcellien

(À suivre : Sur les pas de Joseph Boyden)

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Clint Eastwood : une mémoire américaine

Clint Eastwood dans "Pale Rider, le cavalier solitaire" (1985)

À l’heure de la sortie en salles du nouveau long-métrage du réalisateur américain Clint Eastwood, Jersey Boys (le 18 juin 2014), nous vous invitons à un long voyage à travers la filmographie du dernier des géants encore en activité cinématographique.

Ce voyage pourra s’effectuer à partir du livre Clint de Richard Schickel (Flammarion, 2011, consultable en section étude de la bibliothèque) ; qui explore sa filmographie depuis ses débuts au cinéma dans la savoureuse « trilogie du dollar » de Sergio Leone (dans les années 60) jusqu’aux dernières œuvres magistrales de notre nouveau siècle, et plus particulièrement Space Cowboys en 2000, Créance de sang en 2002, Mystic River en 2003, Million Dollar Baby en 2004 et Gran Torino en 2009 qui en quelque sorte clôt de la plus parfaite des manières un parcours filmique hors du commun, devant et derrière la caméra.

Comme l’auteur du livre est un ami du cinéaste les pages fourmillent d’anecdotes sur le travail et la personnalité d’Eastwood ; et en parcourant ce livre magnifiquement illustré avec les photogrammes tirés des films analysés avec soin les uns après les autres, on prend conscience de ce qu’il faut de remises en question permanentes, de recherches, d’accomplissement formel, de collaborateurs loyaux, consciencieux et habiles, pour arriver à offrir aux spectateurs du monde entier ce florilège de films impressionnants qui ont marqué à jamais plusieurs générations de spectateurs et de cinéphiles.

Le livre n’est bien sûr pas totalement objectif mais il dresse quand même le portrait type d’un enfant du cinéma dont les œuvres continuent de nous émerveiller longtemps après leur exploitation en salles.

Pour ma part voici ma liste de films préférés réalisés par le « Director » : L’Homme des hautes plaines (1973), Josey Wales, hors-la-loi (1976), Pale Rider, le cavalier solitaire (1985), Impitoyable (1992), Un monde parfait (1993) et Gran Torino (2009).

Et vous ? Quels sont les vôtres ?

Marcellien

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Autopsie d’un film mythique

Sam Wasson, 5e Avenue, 5 heures du matin : Audrey Hepburn, Diamants sur canapé et la genèse d’un film culte, Sonatine, 2012.

Qu’est-ce que c’est une comédie romantique ?

Et à quoi ressemble une icône absolue du cinéma ? Un type de femme, par exemple, qui fut le modèle parfait à imiter pour une bonne partie de la population féminine occidentale.

Mais qui était vraiment Audrey Hepburn, l’interprète inoubliable de la comédie romantique marquante des années 60, Diamants sur canapé, devenu une œuvre culte par la suite ?

Qui était-elle par-delà sa sophistication pourtant naturelle, aisée, revigorante, fraîche, par-delà ce regard et ces sourires qui la firent pénétrer dans le firmament de notre culture, celle d’un monde réconcilié ? Prêt à suivre sur grand écran les méandres du cœur humain, les troubles de la passion, les délices de la combustion des sens.

C’est à toutes ces questions que répond le livre de Sam Wasson, qui ausculte la réunion de talents hétéroclites (les vrais, ceux qui ont fait le cinéma américain de qualité et dont on ne parle jamais), comme le scénariste George Axelrod, le réalisateur Blake Edwards, la chef costumière Edith Head (aux 35 oscars), le musicien Henry Mancini, etc., œuvrant dans le même sens.

Ce livre fascinant leur rend à tous un hommage plus que mérité ; et donne une furieuse envie de croiser à nouveau la route de la divine Holly Golightly un de ces jours chez Tiffany.

Marcellien

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