Articles contenant le tag musée

Le sens caché…

Le sens caché : art et histoire, de l’Antiquité au 11 septembre de Flavio Febbraro et Burkhard Schwetje (Ed. Ludion, 2010) permet de relier histoire de l’art et histoire mondiale. Chronologiquement, par l’étude d’œuvres artistiques, ce livre montre surtout la subjectivité de ces représentations par rapport à la réalité historique. En effet, longtemps, le pouvoir et les artistes sont inextricablement liés. Le premier utilisant les seconds pour mieux se valoriser, s’imposer, voire même réécrire l’histoire. Les artistes ne sont que des sujets qui permettent donc de ré-interpréter le réel imposé par les puissants.

Jusqu’au 18ème siècle, cette vision perdure mais, avec les révolutions française et américaine, débute une période d’histoire de l’Art plus « militante ». La démarche artistique emportée par les temps nouveaux ose exalter la victoire idéologique de divers courants historiques. Au 19ème siècle toutes les révolutions sont ainsi représentées. On voit même apparaître un art soucieux de dénoncer les violences et atrocités de certaines facettes de l’histoire, par exemple la guerre à travers sa transposition picturale :

Depuis La bataille de San Romano par Paolo Uccello en 1432.

La bataille est ici très « esthétisante ». L’atmosphère agitée de la bataille et du corps à corps [...] comme suspendue dans une atmosphère irréelle qui sublime le combat et l’idéalise dans une représentation exemplaire et des couleurs féeriques… comme le bleu des montures au sol.

Plus loin dans l’ouvrage nous trouvons : Le Trois mai 1808 à Madrid. Les exécutions sur la colline Principe Pio de Francisco de Goya en 1814.

Au centre de la scène, l’homme en blanc est le « christ populaire ». Il évoque l’image du martyr. À genoux devant les fusils il a une taille de géant. Les cadavres des fusillés sont montrés dans leur atrocité, le sang recouvre le sol. Le peloton d’exécution n’a pas de visage, ce qui souligne l’inhumanité de l’action que les soldats accomplissent…

Ainsi au 20ème siècle, il est quasi-impossible de trouver un artiste qui glorifie les victoires militaires sauf dans la propagande d’un régime totalitaire. Au contraire certains artistes impliqués dans la guerre, comme le peintre Otto Dix qui enthousiaste s’engage dans la 1ère guerre mondiale, en réchappe bouleversé, pacifiste et utilise son art pour dénoncer le traumatisme généré dans : La guerre, Otto Dix, 1929-1932.

Un paysage déshumanisé [...] terrible avec au centre, le seul être vivant est un homme qui n’a plus grand chose d’humain, le visage couvert par un masque à gaz. Autour de lui cadavres, ruines, décombres sont un condensé horrible de l’expérience vécue. Pendu à un pylône, un squelette pointe du doigt le gouffre : c’est la macabre désacralisation des nombreuses figures angéliques qui montrent la voie des cieux dans les retables. Ici ne subsiste que l’enfer !

En consultant cet ouvrage, le lecteur se rendra compte que chaque évènement historique est relaté généralement par une double page, comportant une œuvre d’art et des commentaires s’y référant. Parfois le même évènement est illustré par plusieurs œuvres pour accentuer les différents regards possibles pour un même fait historique. En histoire, les périodes antérieures entraînent souvent des glissements sémantiques face au réel, néanmoins au fil des temps, l’Art, par sa liberté d’expression, contribue indéniablement à la formation d’une conscience historique indépendante.

Vous souhaitez consulter ce document ?

, , ,

Un commentaire

Confidences sur papier

Avec pour thème : la correspondance privée des plus grands peintres, le Musée des lettres et manuscrits (Paris) vient de présenter du 29 avril au 18 septembre, une exposition intitulée : « Des lettres et des peintres ». La lecture du livre-catalogue, que nous venons d’acquérir (Collectif, Ed. MLM et Beaux-arts, 2011) nous permet une approche originale et un autre regard porté sur le courrier échangé par une quarantaine de peintres. La petite histoire y côtoie la grande, mêlant intimité et création. Grâce à Manet, Gauguin, Matisse et d’autres c’est une visite du 19e au 20e siècle sous des couleurs très personnelles qui nous est proposée. En effet c’est une incursion sensible dans la gamme des émotions exprimées dans ces lettres : de l’amour à l’amitié, de l’humour à la colère, de la frustration aux espoirs qui se dévoile à nos yeux. Mais, nonobstant les anecdotes, cette correspondance se fait chronique face aux évènements historiques.
Parcourons ensemble un extrait de la préface de Gérard Lhéritier, Président-fondateur du musée :

Parfois au hasard d’une lettre, le nom d’une œuvre est mentionné. La magie fait alors que la toile même commence à apparaître sous les mots. Les relations entre les peintres surgissent (Monet, Manet), leurs amours se révèlent (Géricault et Mme Trouillard), Manet évoque Vélasquez [...] Kandinsky et Delaunay livrent leurs théories sur l’art alors que Chagall raconte librement son parcours et ses inspirations. Voilà bien l’intérêt ultime de ces lettres : montrer tel un manuel d’histoire de l’art aux feuillets épars, que ceux qui furent à l’aube de leur carrière des renégats de l’art, marginaux et conspués, s’organisent pour enrichir leur travail et justifier leurs choix. [...] Une invitation au rêve et au voyage, qui vous emmène de Paris à Barbizon, d’Auvers-sur-Oise à Londres, de l’Estaque aux Marquises, de Moscou à Rome.

Claude Monet ouvre une souscription entre amis pour l'achat de "L'Olympia de Manet" à Madame Manet et l'offrir au Louvre.

Lettre de Camille Pissarro à Paul Gaughin, mai 1885.

C’est, à travers ces écrits, toute l’histoire de l’art qui s’enrichit grâce à la passion, aux quêtes et aux convictions que les artistes manifestent. Ainsi nous découvrons Manet qui dépeint dans une lettre, envoyée par ballon monté, à Eva Gonzales, un Paris assiégé (1870) dont les habitants affamés en viennent à manger chats et chiens ou Renoir qui confie à Mallarmé qu’une rage de dents retarde l’achèvement de son portrait ou encore Dali invitant Eluard à manger du poisson à Arcachon !!!

Du classicisme au 19e siècle, en passant par le cubisme, pour finir avec Gaston Chaissac et l’art brut au 20e, nous revisitons l’histoire de la peinture par un regard plus proche, plus humain. Dans ce livre catalogue, chaque peintre est présenté par une courte biographie qui accompagne une des ses lettres manuscrites (retranscrites), l’ensemble annoté de commentaires, par des spécialistes, les resituant dans le contexte socio-historique de l’époque. Des documents uniques qui relient le « geste » de l’écriture manuscrite au « geste » du peintre. Si certaines lettres sont enrichies de dessins originaux, toutes sont des créations uniques contenant des révélations « surprenantes » à l’image de leurs auteurs…

Vous souhaitez consulter ce document ?

, ,

Pas de commentaire