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Archives de la catégorie patrimoine

Axolotl, salamandrine et autre rareté amphibienne

Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 8 août 2012

Un déclin général des populations dAmphibiens se manifeste dans le monde entier. Par leur mode de vie ces animaux sont exposés aussi bien la pollution de lair qu la pollution des eaux. Leur déclin est attribué la destruction de leurs habitats, lintroduction de prédateurs tels que des poissons ou dautres Amphibiens dans des régions où ils nexistaient pas, aux pesticides, aux pluies acides, laugmentation du rayonnement ultraviolet, lélévation de température due leffet de serre, ou bien un effet synergique de toutes ces causes.Ambystoma tigrinumdes Montagnes Rocheuses décline en raison de lacidification des eaux de même que le crapaudBufo calamitadans les îles Britanniques.

Précis décologie paru chez Dunod en 2003. Certes, les deux espèces citées nont pas complètement disparu si lon se réfère la Liste rouge des animaux ou végétaux en danger dextinction. Mais en matière décologie, il faut avoir une vision plus long terme et aussi considérer lévolution des populations vivantes léchelle du globe. Quoi de mieux pour relativiser que de se pencher sur les enseignements du passé en examinant les catalogues biologiques des siècles précédents… Linventaire de notre fonds ancien ma fait découvrir récemment une somme importante de fascicules du dix-neuvième siècle, regroupés sous le titre Mission scientifique au Mexique et dans lAmérique centralen°G32 bis de notre fonds ancien – dans lesquels apparaissaient de magnifiques planches danimaux, dont celles qui illustrent cet article.

Dans la citation donnée plus haut, il est question dun Ambystoma tigrinum pour lequel les nouvelles sont aujourdhui meilleures daprès les informations de la Liste rouge des espèces menacées. Mais si lon cherche dans la même liste Ambystoma mexicanum qui correspond lanimal représenté sur la première gravure de cet article, on voit que la population de

néoténienest pas unique dans le monde animal, mais laxolotl reste encore lexemple type de cette propriété biologique. La néoténie nest pas irréversible et on a pu observer, en élevage, la métamorphose daxolotls, ce qui rend ce petit amphibien encore plus intéressant…

Dans louvrage Mission scientifique au Mexique et dans lAmérique centrale, on trouve dautres salamandrines cest ainsi quon les appelait lépoque. Pseudoeurycea Bellii, autrefois appelé

Spelerpes Bellii que lon voit ci-contre fait aujourdhui partie des espèces en danger, tout comme la magnifique grenouille multicolore,

, dont lancien nom était

Hyla moreletiet dont nous donnons ici une illustration tirée de notre ouvrage du fonds ancien. Pour certaines espèces étonnantes, je nai pu trouver le nom actuel. Peut-être ces amphibiens ont-ils déj disparu ? En avril 2000, dans la revue

Terre sauvage, Olivier Milhomme soulignait un fait important :

Pour Anne-Marie Olher, du Muséum national dhistoire naturelle, la moitié seulement des espèces damphibiens a été décrite. Dans le monde, deux cents espèces connues sont portées disparues depuis quinze ans. Plus grave, dautres, inconnues, le resteront jamais. On les découvre moins vite quelles ne disparaissent , regrette cette spécialiste.

dextinction pour de multiples raisons. Au milieu de tous les problèmes environnementaux soulevés régulièrement par des sommets internationaux, que représente la disparition annoncée de petits animaux assez lointains des hommes en matière dévolution ? Et pourtant… Les amphibiens sont des carnivores de niveau 1 dans les pyramides écologiques, avant les reptiles et les rapaces. Mais la suppression dun seul maillon de cette chaîne peut avoir des conséquences immenses sur lensemble des écosystèmes. Imaginez une pyramide de cubes dont on enlève une strate de base… Cette comparaison, bien que simpliste a lavantage de parler tous.

Le déclin des amphibiens est inquiétant pour plusieurs raisons. La première, cest que beaucoup despèces […] ont décliné dans des habitats primaires bien protégés. Si les espèces disparaissent dans ces régions, cest de mauvais augure pour notre capacité préserver la diversité biologique globale. […] on peut comparer les amphibiens aux canaris, autrefois utilisés dans les mines de charbon pour détecter des problèmes de qualité de lair : si les canaris mouraient, les mineurs savaient quil fallait sen aller.

Ce texte est extrait dun ouvrage de référence, Biologie, collectif réédité de nombreuses fois chez De Boecke et dont nous possédons la version de 2007. En juin 2012 sest tenu Rio le quatrième sommet de la Terre , une rencontre importante qui, comme la montagne de la fable, na accouché que dune souris. Que dire alors des amphibiens en particulier ? Ne restera-t-il un jour de certaines espèces que de magnifiques gravures dans des livres anciens ?

Alya-Dyn

Animal de légende, la sirène…

Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine, Un peu, beaucoup... le 4 juillet 2012

Les poetes feignent quil y a des Nereides filles de Nerée é Doris, nonobstant Pline estime que ce nest du tout fable. Elles ont, dit-il, le corps tout aspre decailles, la face humaine. On en a veu autrefois sur la plage, on en a oui les plaints dune mourante. On dit que on en a veu une en la Pomeranie en la ville de Edam, aiant face de femme é fort subjette paillardise. Jai oui dire, mais je ne le veux asseurer, quun Hespagnol marinier en a nourri une en un navire, laquelle en fin se jetta en mer, depuis ne fut jamais veüe.[Les poètes laissent croire qu'il y a des Néréides filles de Nérée et Doris, bien que Pline estime que ce ne soit pas du tout une fable. Elles ont, dit-il le corps recouvert d'écailles rugueuses. On en a vu autrefois sur la plage, on a entendu les plaintes d'une mourante. On dit qu'on en a vu en Poméranie, dans la ville d'Edam, ayant face de femme et très encline la luxure. J'ai entendu dire, mais ne veux l'assurer, qu'un marin espagnol en a nourri une sur son navire, laquelle finalement se jeta la mer et ne fut jamais revue.]

On doit ce texte sur les Néréides Guillaume Rondelet, dans Lhistoire entière des poissons, Lyon : M. Bonhome, 1558 – n° 1477 de notre fonds ancien. Lorthographe et le sens de certains mots ayant beaucoup changé, jai utilisé le Dictionnaire du moyen français (1330-1500) pour vous donner une lecture plus contemporaine de ce texte. Bien sûr, les puristes pourront objecter que ce texte est de 1558 et nest donc pas en corrélation parfaite avec lépoque couverte par ce dictionnaire, mais on peut sautoriser une telle approximation pour ces quelques lignes…

LOdyssée. Ces créatures marines, sources dinspiration pour les poètes, les romanciers, les peintres et tant dautres créateurs alimentent encore limaginaire collectif. Sirènes tentatrices qui détournent les marins de leur but par leur chant envoûtant, Lorelei perchée sur son rocher qui provoquait la perte des bateaux dans les courants du Rhin. Les références artistiques ne manquent pas…

À partir du haut Moyen Âge, cest une créature marine, dangereusement séduisante mais impossible capturer, que sapplique désormais, dans la plupart des cas le terme sirène . Simultanément, cette dernière devient, sous la plume des théologiens médiévaux, le symbole du péché de luxure qui conduit en enfer… […] Il existe heureusement, de la fée Mélusine la petite sirène de Copenhague – et leurs sœurs qui décorent, un peu partout dans le monde, bateaux de pêche et bars matelots – une variante plus truculente, en tout cas plus gracieuse et assurément moins redoutable, de lanimal en question […]

Voici ce quon peut lire dans le livre Animaux étranges et fabuleux, dAriane et Christian Delacampagne. On découvre dans cet ouvrage nombre dillustrations sur les animaux de légende tels que les artistes les voient. Difficile de citer ici les multiples œuvres que les sirènes ont fait naître. On ne peut bien sûr passer sous silence le poème de Heine Die Lorelei que des générations détudiants germanophones ont récité. Encore aujourdhui, les premiers vers trottent dans ma tête :

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,Daß ich so traurig bin ;Ein Märchen aus alten Zeiten,Das kommt mir nicht aus dem Sinn.
Je ne sais dire doù me vientLa tristesse que je ressens.Un conte des siècles anciensHante mon esprit et mes sens.

Cette sirène qui inspira Heinrich Heine ne cessa dalimenter les rêveries poétiques dApollinaire, de Gérard de Nerval ou, de façon plus contemporaine, du chanteur Hubert-Félix Thiefaine. Peu importe en somme la façon dont sexpriment les images fabuleuses dont se nourrit notre esprit. Ce qui compte, cest de laisser vagabonder notre inconscient pour sortir des carcans toujours plus nombreux de nos sociétés rigides…

Alya-Dyn

Le bestiaire des élèves

Posté par redacteur dans Fenêtre sur Bib, patrimoine le 24 avril 2012

bestiaires médiévaux aux créatures hautement improbables, hybrides étonnants dont les illustrations se trouvent dans notre fonds ancien. Nous aurons dailleurs loccasion den reparler tant le sujet est riche. Pour le moment, je souhaite vous faire découvrir le fantastique travail réalisé par les élèves dune classe de 5èmedu collège Salinis, guidés par leur enseignante. Avec le même entrain quils avaient eu pour aborder une randonnée décriture en septembre

Guillaume Rondelet : Lhistoire entière des poissons. Lyon : M. Bonhome, 1558. Fonds ancien n°1477

Ulisse Aldrovandi : De piscibus libri V et de cetis lib. Unus. Bologne : Bellagamba, 1613. Fonds ancien n°1899

Conrad Gesner : Historiae animalium. [3 vol.] Francfort : [T.1 Cambierian 1603, T.2 Jean Wechel 1585, T.3 1555]. Fonds ancien n°1916

Sante Pagnino : Hoc est, Thesaurus linguae sanctae… Lyon : Sébastien Gryphe, 1529. Fonds ancien n°3953

Giovanni Nanni : Antiquitatum variarum volumina XVII. Paris : Jehan Petit, 1515. Fonds ancien n°3979

Lorenzo Valla : Laurentii Valle de lingua latina… Paris : Jean Barbierri, 1509. Fonds ancien n°3981

Martyrologium sive Sanctorum Martyrum catalogus… Paris : Jacques Kerver, 1573. Fonds ancien n°4400

Barthélémy de Cologne : Dialogus mythologicus… Paris : Jean Laliseau, [1504]. [Troisième œuvre d'un recueil] Fonds ancien n°4407

Denys le Périégète : Dionysii Alexandrini opus de Situ orbis, cum commentariis Eustathii… Paris : Poncet le Preux, 1556. Fonds ancien n°4697

Olaus Magnus : Historia de gentibus septentrionalibus… Romae : [sans nom], 1555. Fonds ancien n°5871

Robert Gaguin : La mer des croniques et miroir hystorial de France… Paris : Pierre Gaudoul, [sans date]. Fonds ancien n°5885

De cette rencontre entre des élèves et des livres de notre patrimoine, un bestiaire contemporain a pris forme. Vous pouvez le découvrir et le feuilleter sur notre portail. Nul doute que leur travail unique saura vous conquérir…

Alya-Dyn

Le Bucentaure de Venise

Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 28 mars 2012

Histoire du gouvernement de Venise, une des éditions du livre dAbraham-Nicolas Amelot de la Houssaye – nous avons la chance den avoir deux : n°5803 et n°5753 de notre fonds ancien – jai déplié avec précaution les gravures, et la découverte de ces magnifiques illustrations ma instantanément donné envie de vous faire partager ces émotions. Venise est pour tous un lieu de fascination, origine de tant de créations et de rêves… Cet ouvrage, où lauteur expliquait et critiquait ladministration de la république de Venise valut pourtant beaucoup de soucis son auteur : il fut même embastillé. Abraham-Nicolas Amelot de la Houssaye connaissait bien Venise où il fut secrétaire dambassade, mais la dureté de son style lui attira des ennemis. Solemnité du Bucentaure qui se célèbre Venise le jour de lAscension . Pour moi, le terme de Bucentaure étant parfaitement inconnu, jai entamé des investigations pour pallier mon ignorance du sujet. Une nouvelle fois, La grande encyclopédie, dite de Berthelot, est venue répondre mes premières questions, me proposant même un dessin de cette embarcation mythique – pour ceux qui nont pas la possibilité de venir feuilleter La grande encyclopédie dans la bibliothèque la plus proche, il en existe aussi une version numérique sur Gallica. On apprend ainsi que le Bucentaure était une galère dapparat sur laquelle les doges de Venise montaient au jour de lAscension pour célébrer leur mariage mystique avec la mer où ils jetaient un anneau nuptial .
Lorigine de cette cérémonie particulière se situe le 9 mai de lan 1000 (jour de lAscension), lorsque le doge embarqua sur le vaisseau amiral pour aller libérer la Dalmatie, après deux années de lutte. Cest la suite de cette victoire que fut instaurée la fête de la Senza qui prit sa forme définitive en 1176 ou 1177 (suivant les ouvrages, la date diffère quelque peu). La légende a enrichi le fait historique comme nous lexplique John Julius Norwich dans son Histoire de Venise :

Daprès une tradition locale, le pape Alexandre donna […] une nouvelle signification sacramentelle la liturgie célébrée en pleine mer, au large du Lido, depuis lan 1000. Doffice de supplication, il en aurait fait une cérémonie de mariage symbolique avec lAdriatique. Effectivement, un tableau de Vicentino (que lon trouve au-dessus de lune des portes du mur nord de la Salle du Grand Conseil) montre Alexandre tendant au doge Ziani lanneau que celui-ci jettera bientôt dans les flots. Hélas, cette hypothèse ne repose sur rien […]

Lhistoire de Venise par la peinture). Ce magnifique bateau dapparat tenait son nom dun monstre tête de bœuf qui figurait la proue. Comme nous le révèle La grande encyclopédie, le dernier Bucentaure, construit de 1722 1729 fut détruit par les français en 1797. Triste fin pour un fascinant navire de légende lié lhistoire de Venise et son pouvoir sur la mer, qui inspira Canaletto et Francesco Guardi. Sans doute les hommes qui devaient actionner les rames du Bucentaure ont vu cette fin dune autre façon. Reste aujourdhui une fabuleuse histoire de la cité lacustre et de ses mystères que vous pouvez retrouver dans des livres bien réels sur les rayonnages de notre bibliothèque auscitaine…

Alya-Dyn

Papillons au fil du temps

Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 11 janvier 2012

Dictionnaire universel dhistoire naturelle, sous la direction de Charles dOrbigny. Cette œuvre importante – n°2758 de notre fonds ancien – contenait des planches si belles quelles furent rassemblées en 2007 pour une série de portraits danimaux. Parmi ces magnifiques représentations, figurent des papillons que vous avez le plaisir de découvrir en regard de cet article. Si jai choisi de vous parler des lépidoptères, groupe denviron 160 000 sur les 1,7 million despèces animales recensées, ce nest pas pour une évocation lyrique dinsectes parés de splendeur, même si lun des documents dont il sera question ici – Papillonnages, de Nicolas Witkowski – retrace dans ses pages Une histoire culturelle du papillon, superbement documentée et illustrée. Le sujet qui me préoccupe, cest lavenir de ces insectes soumis aux multiples attaques de nos sociétés et particulièrement les modifications climatiques. Bien sûr, objectera-t-on, quelle importance face la multitude des problèmes environnementaux. Et pourtant…

Les animaux ont compris bien avant nous que le climat nétait plus le même. Depuis un siècle et demi et surtout depuis une trentaine dannées, un grand nombre despèces ont modifié leur utilisation de lespace. […] Les entomologistes ont noté les mêmes mouvements [que pour d'autres espèces] chez des papillons et des insectes, qui migrent vers le nord (une dizaine de kilomètres par décennie) et éclosent plus tôt (deux ou trois jours de plus tous les dix ans.

Ces précisions sont données dans lAtlas du réchauffement climatique, de Frédéric Denhez. On voit donc que les hommes ont mis beaucoup trop de temps réagir tous ces signes avant-coureurs de désordres majeurs. Les migrations des papillons ou des insectes semblent encore certainement dérisoires pour beaucoup dentre nous, par rapport des catastrophes écologiques majeures que nous avons déj eu loccasion dévoquer dans ce blog. Et pourtant…

La niche écologique de chaque espèce est définie par des conditions assez strictes de température, de pluviométrie, de durée des saisons, de végétation ou de nourriture. Quand lun de ces paramètres évolue, lespèce sadapte, si elle en a le temps et les capacités physiologiques. Sinon, elle cherche ailleurs une niche écologique identique et disparaît si sa quête reste vaine. Son créneau est alors libre pour une foule despèces peu spécialisées, opportunistes. Or, tout, dans la nature, est interdépendant : quand une espèce modifie son aire de répartition, ajuste son cycle de reproduction ou adapte son éventail de proies, toutes les autres en subissent les conséquences. Cest leffet domino : des petites modifications entraînent parfois des bouleversements considérables petite échelle, qui finiront par se faire sentir grande échelle.

Cet « effet domino » dont il est question dans lAtlas du réchauffement climatique est souvent nommé dune autre façon : leffet papillon. Cette expression trouve son origine dans les recherches du météorologue américain, Edward Lorenz, dans les années 60. Nicolas Witkowski nous explique la naissance de cette notion lorsque Lorenz, évoquant le graphique obtenu lors de ses travaux sur le comportement de latmosphère – « une sorte de huit en trois dimensions où tout le monde vit lévidence un superbe papillon » – donna lune de ses conférences en 1972 le titre suivant : « Le battement dailes dun papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? ». Cette expression eut un succès considérable étant donné la force de la métaphore utilisée, mais elle eut surtout des applications nombreuses en météorologie, climatologie et bien sûr, aujourdhui, en matière denvironnement, elle trouve tout son sens. Nicolas Witkowski résume avec beaucoup de justesse limage utilisée par Edward Lorenz :

De la quantité négligeable quil était, pur symbole immatériel, le papillon est devenu limage de linfluence déterminante du moindre de nos gestes sur un environnement en péril.

Dictionnaire universel dhistoire naturelle. La beauté dissimule parfois beaucoup de laideur…

Alya-Dyn

Ésope, Phèdre, La Fontaine… et les autres

Posté par redacteur dans Lumière sur..., patrimoine le 15 septembre 2011

fabulistes, il ne faut pas simaginer quils sont les seuls. La tradition de la fable est aussi ancienne que lhistoire des hommes et de la parole, comme nous lexplique la définition de Gabriella Parussa dans Le dictionnaire du littéraire :

Par son étymologie (du lat. fari : parler), fable renvoie tout propos oral ou écrit, tout récit fictif. La fabulation est lart dinventer des histoires, et ces histoires elles-mêmes. Cest pourquoi la fable désigne pour une part le vaste corpus des récits produit par lart oral ancien et, dans cette acception, le terme sest spécialisé comme la mise en scène danimaux, dêtres inanimés ou dhommes dans un récit généralement bref qui renferme un enseignement moral, et appelé aussi apologue.

Fables de La Fontaine et des remarquables dessins de Gustave Doré de notre fonds précieux. Il convient aujourdhui dajouter cette référence celle des Fables de Phèdre – n°3716 de notre fonds ancien. Régulièrement, je vous propose de retrouver ces deux ouvrages grâce leur iconographie et aux textes savoureux quelle éclaire. Quil sagisse dÉsope, de Phèdre ou de La Fontaine, pour un titre identique, les fables ont des similitudes, mais les illustrations sont très différentes, dabord par lépoque - dix-septième siècle, pour louvrage de Phèdre et dix-neuvième pour les dessins de Gustave Doré et ensuite par le style.
Afin de débuter notre incursion dans le monde imagé des fables, voici le bref récit qui, chez Ésope, sappelait De laccouchement dune montagne et qui pour Phèdre et La Fontaine est

devenue La Montagne qui accouche. Phèdre, en quatre phrases, dit tout :

Une Montagne en mal denfant poussait des cris effroyables. Tout le monde sattendait un grand événement. Elle accoucha dune souris.Ceci te regarde, toi qui fais de grandes promesses, et ne nous donnes rien de bon.

Ici, la fable est proche du proverbe. La définition donnée par Jean Vignes dans Le dictionnaire du littéraire explicite en effet ce mot comme une « forme populaire brève, qui énonce de façon métaphorique une vérité dexpérience ou un conseil de sagesse ». Quand La Fontaine reprend cette thématique, le texte sétoffe, devient poésie imagée et humoristique :

Une Montagne en mal denfant Jetait une clameur si haute, Que chacun, au bruit accourant, Crut quelle accoucherait, sans faute,Dune cité plus grosse que Paris ; Elle accoucha dune souris. Quand je songe cette fable, Dont le récit est menteur Et le sens est véritable, Je me figure un auteur Qui dit : « Je chanterai la guerreQue firent les Titans au Maître du tonnerre.»Cest promettre beaucoup : mais quen sort-il souvent ? Du vent.

Alya-Dyn